Ivre de femmes et de peinture (취화선) 2002


Fleurs et oiseaux…
5-00
S’il n’y avait que les extérieurs de nature… sublimes et omnipotents, la musique… discrète et divine, les femmes… hypnotiques, les peintures… toutes plus belles les unes que les autres, il s’agirait déjà d’une grande oeuvre esthétique… Bien plus encore, la pureté transperce Ivre de femmes et de peinture de part et d’autre pour ne rien laisser d’ostentatoire et de superficiel.

Le moindre plan y est transcendé en oeuvre toute puissante et le contexte historique semble se dérouler à des années-lumières du monde dans lequel vit ce peintre par excellence. Étant (petit) peintre à mes heures, je ne peux nier que ce film m’a transpercé le coeur tant la justesse du propos, la simplicité et la véracité de chaque parole touche à l’étincelle de vie.

Le vide mélancolique et insaisissable contraste avec extase le nombre incroyable de plans, comme si Im Kwon Taek peignait à son tour la vie au gré de son héros ténébreux tiraillé entre la reconnaissance et la richesse (généralement vite engloutie dans l’alcool) que lui valent son talent et son interminable quête de l’émotion jetée sur le papier.

Le vide et le plein, l’essence même de la peinture sont ici transmis dans toute leur perfection. L’assemblée qui regarde Choi Min Sik peindre pourra être aussi perplexe que le spectateur à la découverte de ces étranges peintures monochromes. Et pourtant toute la force discrète, presque cachée, de la peinture est là, l’équilibre sensoriel entre le plein et le vide, l’intuition d’une tache noire qui remplit un espace que nul ne décide, si ce n’est l’écoute de l’énergie de l’instant. Quelque chose de très difficile à expliquer qui est ici parfaitement catalysé au travers de la moindre parcelle de pellicule.
La mélancolie, la rage et l’extase de l’hypnose ne font qu’un dans la vie de ce peintre hors du commun. La fougue et la folie destructrice d’un Basquiat côtoient la technique incroyable et le bagage culturel des peintres asiatiques de cette époque. Le tout bouillonne comme jamais malgré le calme apparent.

Ivre de femmes et de peinture est un hymne à la beauté, à la culture et à la recherche de l’insaisissable, une oeuvre bouleversante de sincérité. C’est un de ces films qui devrait être connu et vécu par le plus grand nombre tant il respire de toute son âme. Un film qu’il faut voir et SURTOUT revoir.

Plus encore, le DVD Pathé est superbement présenté et le malheureusement trop court reportage sur les manifestations des cinéastes coréens (dont Im Kwon Taek), en 1999, face à la diminution des quotas de diffusion et la main mise des États-Unis sur la programmation cinématographique, termine de nous anéantir de par son engagement profondément primordial.
Il résonne d’autant plus fort que ce combat pour l’épanouissement et simplement la survie de la culture cinématographique coréenne rappelle avec insistance celui qui se mène aujourd’hui dans notre pays. Le sujet n’est pas le même mais l’action de ces artistes est intimement liée aux raisons qui poussent NOS intermittents à se faire entendre. La culture nourrit chaque pays et est universelle, elle est le ciment qui peut tous nous grandir si on sait la reconnaître et la soutenir. Les regards graves et tristes de ce reportage, qui s’arrête malheureusement à l’année 1999, sont les mêmes que ceux des français qui se battent actuellement pour que l’exception culturelle ne soit pas un vain mot.

Aujourd’hui, ce combat pour un quotas de diffusion de films coréens décent est encore et toujours d’actualité puisqu’après les très bons chiffres des années 2000-2001-2002 et l’âpre victoire des cinéastes nationaux en 1999, le problème des quotas est à nouveau mis sur la table en ce mois de juin 2003 avec notamment des pressions toujours plus fortes de la MPAA (Motion Picture Association of America), organisation gestionnaire des intérêts des majors américaines, et un gouvernement coréen fébrile qui réfléchit encore aujourd’hui à la suppression pure et simple de ces quotas vitaux pour la survie d’un vrai cinéma national (rassurés qu’ils sont par les bénéfices plutôt rondelés des grosses machines), et malgré la présence de Lee Chang-Dong (réalisateur d’Oasis et de Peppermint candy) en tant que ministre de la culture de plus en plus esseulé et menacé.
Une raison de plus pour réfléchir à (et même boycotter) l’influence du mode de pensée globale américain, formaté, sans saveur ni odeur, faisant de nous des vaches à lait saturées d’inutile. Célébrons plutôt l’essentiel : fleurs et oiseaux. Et que ceux qui ne comprennent pas ouvrent grand leurs receptacles devant ce film profondément global.


05/08/2003
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/chihwaseon/critiques.html

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