Le vagabond de Tokyo (東京流れ者) 1966


Un Yakuza a décidé de se ranger. Malheureusement, ses anciens rivaux ne l’entendent pas de cette manière et dédicent de le faire chanter pour le ramener dans le « droit chemin » (le leur)…

Un chef d’oeuvre étrangement froid

3-75

Le Vagabond de Tokyo est un polar, certes, mais il se cache plutôt bien derrière cette dénomination pour mieux se révéler un champ d’expression Pop Art pur et simple.

Ni montée de suspense, ni tension progressive ne viennent apporter de relief, l’esthétisme lui-même s’en charge et c’est bien là où l’étrangeté de Suzuki se retrouve. Scénario de commande, je veux bien, mais quand même, pour un polar, de la tension, du suspense, ça aide.

L’histoire est tout ce qu’il y a de classique, violence, gangsters, suprématie, complots, honneur, amour impossible, et les acteurs ne sont pas particulièrement charismatiques, limite figés tels les mannequins de Kraftwerk (« Nous sommes les ma-nneu-quins ! »). A vrai dire, Jo Shishido est irremplaçable et bien plus imprévisible et énigmatique que Tetsuya Watari. Il manque cruellement au casting mais de toute façon, il ne s’agit pas ici d’un rôle pour lui, ici on veut des ma-nneu-quins !. La vipère, ennemi mortel, est très fin dans le sens où il ne prend pas beaucoup de place, la chanteuse… est belle et le vieux caïd yakuza… est vieux.

Seijun Suzuki semble plus s’intéresser à son travail d’esthète qu’au reste, sans pour autant l’abandonner totalement. Il se paie même le luxe de chansonnettes. 2 en fait, « Tokyo Nagaremono » et « Blue night in Akasaka », qui sont un peu trop souvent revenus. Un tueur qui chante, c’est fou non…

Que ce soit en extérieur ou en intérieur, la liberté visuelle de Suzuki respire à pleins poumons. Il utilise déjà toute la panoplie qu’il débridera plus encore et plus tard dans La marque du tueur : lunettes noires, chaussures rutilantes, ambiance swinging Tokyo, dancing room 60’s, minimalisme, sols et murs laqués ou transparents, rose bonbon, blanc, vert pistache, spots flashy, rouge, pourpre, jaune, orange, espace organisé exclusivement pour un rendu 2D, gunfights tirés directement des vignettes de mangas : poses stylées, costumes tirés à 4 épingles, montage anti-conformiste bourré de raccourcis, découpages multiples et pourtant très peu de mouvements, lignes droites et obliques à profusion…… C’est de la photographie avant tout. Tout est organisé pour et par la 2D sous l’influence énorme du Pop Art.

C’est beau, léché, gominé, presque kitsch et aussi un peu fou, par moment. C’est un objet d’art filmique où chaque ligne est scrupuleusement installée dans le cadre, chaque objet habille formellement et symboliquement dans un souci prononcé de minimalisme métaphorique. Les couleurs vives jaillissent et révèlent l’humeur ambiante. Elles font le travail que nous cache les acteurs (« Nous sommes les ma-nne-quins ! »). Un mort, le rouge apparaît…. pureté, force, le blanc débarque… Mais c’est un peu trop froid et rigide à mon goût. Faut dire que le Pop Art, c’est pas ce qu’il y a de plus chaleureux.

L’intérêt principal du film reste le traitement visuel phénoménal, le style Suzuki, qui écrase l’intérêt plus que relatif de l’histoire et les personnages qui trouvent leur consistance dans leurs chansons tristounettes malheureusement répétitives. Le côté polar est à la traîne contrairement à La jeunesse de la bête par exemple. L’ambiance est intéressante et unique mais distante et froide.

10/11/2003
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/tokyodrifter/critiques.html

17/06/2011
http://www.senscritique.com/film/le-vagabond-de-tokyo/3591229661034117/critique/drelium/

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