Vivre (生きる) 1952


« Bouiner » ou vivre, telle est la question

5-00
2h20 en noir et blanc avec une image d’outre-tombe et un son exécrable couronnés par une lenteur extrême, ça demande de la motivation pour ma part, et pourtant… Pourtant, quel chef d’oeuvre monumental.
J’aurais pu vous raconter une troisième fois l’histoire, sa construction exemplaire, ou encore vous parler de l’humanisme, du silence magnifiant le souci du détail et du geste, du style du maître qui nous vaut encore une fois une fantastique scène de réunion où les langues se délient, de la performance magistrale de Takashi Shimura, des personnages profondément humains car bourrés de défauts…

Ne lisez pas les critiques, elles ne peuvent que gâcher l’envie.

Ne lisez pas ce qui suit…

Tao est un homme bon mais il est endormi, aveuglé par la monotonie de son travail (haut fonctionnaire / tamponneur exemplaire depuis 30 ans déjà), il a oublié que la vie est courte, mais peut-être pas qu’il peut encore la saisir tant qu’il est encore temps. Il apprend qu’un cancer de l’estomac ne lui laisse plus qu’un an à vivre, peut-être moins. Un flot de questions et de flashbacks le hantent alors sur ses 30 longues années de passivité où il a méthodiquement délaissé son fils alors qu’ils vivent sous le même toit. Ces questions le conduiront à vivre 4 jours non stop de nouba accompagné d’un écrivain porté sur la bouteille qui lui dit : « profites-en avant de mourir ! Viens avec moi, je vais te montrer la vraie liberté de la vie… Ce soir, je serais ton diable». Il ne trouvera aucune réponse ici à part une bonne envie de vomir.

Son souffle de vie naîtra par le sourire et l’énergie d’une jeune femme espiègle qui connaît sans le savoir et mieux que quiconque ce que signifie vivre. Elle travaillait pourtant sous son autorité mais il avait plutôt tendance à l’ignorer jusqu’à présent, comme tous les autres du reste. Il finit par entendre son bonheur, car vivre, ce n’est pas faire tout ce qu’on veut comme ça nous le chante pour trouver la liberté ailleurs, vivre c’est agir et construire grâce à la liberté qu’on a en soi. Tao ouvre les yeux, retrouve la liberté du coeur. La force nécessaire pour entreprendre et réaliser une ultime action voit enfin le jour. Agir pour vivre. Agir pour réaliser enfin quelque chose avant de mourir. Et « crack ! », une voix monocorde nous annonce que le personnage de cette histoire est maintenant mort…

La première partie du film est centrée sur Tao, Takashi Shimura magistral. Il est donc très perturbant d’assister à ses obsèques brutalement, avant même qu’il n’ait agi, comme si l’énergie du personnage nous manquait alors qu’il était sensé n’en avoir aucune. Pourtant, cette longue scène des obsèques entrecoupée de flashbacks est une merveille typique du style de Kurosawa où tout le monde est réuni dans la même pièce et où chacun prend la parole, s’interroge sur ce qui s’est passé et essaie de comprendre et de nous éclairer par la même occasion. C’est une galerie de personnages auxquels on avait même pas prêté attention durant la première partie qui s’ouvre du même coup. Un peu d’alcool et à manger ne peuvent qu’aider à délier les langues de ces fonctionnaires austères et faire naître les passions les plus folles.

Mais soyons réalistes. Peu d’entre eux auront vraiment compris Tao et sa brutale envie d’agir. Même pour le spectateur, quelle surprise de découvrir la simplicité de l’acte vital entrepris par Tao.

Et pourtant, quel plus bel acte de permettre la construction d’un parc à jeux dans un quartier pauvre. Un acte qu’il entreprend simplement au sein de son administration au lieu de rester vissé sur sa chaise. Un acte que peu connaîtront mais que tous les habitants du quartier louent chaque jour. Car vivre, ce n’est pas agir pour grandir ou chercher un absolu. Vivre, c’est agir pour le plaisir d’aimer et de partager. On ne cherche pas la liberté et l’amour. Ils vivent en nous.

… Car tout ce qui vient d’être dit ne peut que tuer l’envie.

26/11/2003
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/tolive/critiques.html

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