Le justicier de Shanghaï (馬永貞) 1972


Grand chang cheh, final d’anthologie mais petit kung fu
4-00

Grand Chang cheh

Impossible de ne pas comparer boxer from shantung à son prédécesseur Vengeance. Même ambiance urbaine, même époque quasiment, même attirance vers une scène finale saignante, héroïque et dramatique, même violence, enjeux proches. La grande différence vient du coeur du film qui développe une histoire plus complète avec un personnage principal qui est un champion de kung fu et non un tueur ivre de vengeance. On y trouve de nombreux échos avec Scarface, la montée puis la chute d’un homme trop sûr de lui, mais avec un fond bien meilleur que Tony Montana. La contradiction bien/mal du personnage et ses aspirations matérielles mais aussi spirituelles font tout le sel de l’affaire. Le scénario reste tout de même dans le tout classique avec son lot d’attraction / répulsions bien solide, mais le casting assure le divertissement et la réalisation reste toujours nerveuse et maîtrisée aidé par un budget très confortable. Scénarisé par Chang Cheh mais réalisé en grande partie par Pao Hsieh Li, ce cœur de métrage est tout de même plus conventionnel que les Chang Cheh les plus libérés. Néanmoins, Pao Hsieh Li colle parfaitement au scénario voulu par l’ogre et garde la bonne touche nerveuse de ses films de genre.

Côté acteurs, Chen Kwan Tai tient son plus grand rôle, son plus important aussi, et il le prend manifestement à cœur. David Chiang bien que peu présent assure toujours son effet « branleur blanc bec ». D’autres encore, méchants bien connus comme Ku Feng, apportent la touche détestable indispensable, et Ching Li est encore une fois excellente, forte, sensible, peut-être la plus convaincante des femmes présentes dans les films de Chang Cheh. Notons aussi une des premières apparitions furtives de Yen shi Kwan (qui affronte le catcheur russe), ainsi que Fung Hak On en conducteur de la carriole de David Chiang.

Final d’anthologie

Depuis le temps que j’entends parler de ce final et même après avoir dégusté celui de Vengeance !, il reste indéniablement le plus furibond, le plus dramatique et le plus sanglant de tous (quoique…). Un véritable morceau de bravoure. Même configuration que Vengeance là encore : une montée en tension sublime dans un salon de thé à deux étages (pour les sauts bien sûr) avec un grand escalier, accessoire d’une importance spatiale capitale, un héros avec une hache dans le bide (c’était un couteau dans Vengeance et dans Blood brothers aussi d’ailleurs) contre une cinquantaine d’énervés. Ajoutons un autre combat en masse à l’extérieur au même moment et tout aussi sanglant. Un grand final à mort définitivement légendaire.

Mais petit kung fu malgré tout

Ce qui n’était pas gênant dans Vengeance le devient beaucoup plus dans Boxer. Vengeance tablait avant tout sur le combat sans règle ni technique à coups de tatanes et de couteaux. Or ici, Chen Kwan tai est un maître dans le style « conquête du tigre », un style assez bourrin, pas élégant pour deux sous, à base de gros coups de poings secs et sans amplitude. Liu Chia Liang, Tong Gaai, Lau Kar Wing et Chan Chuen sont aux chorégraphies, autant dire la crème de l’époque, et Chang Cheh est derrière la caméra assisté de Pao Hsie Li et du tout jeune John Woo. Les chorégraphies sont donc très bien mises en place et superbement violentes mais le niveau martial reste assez décevant surtout si on le compare au concurrent direct, Bruce Lee. Sans vouloir jeter la pierre à Chen Kwan Tai qui est un véritable champion de boxe chinoise et se déchire littéralement dans le final, le hung fist n’est pas ce qu’il y a de plus cinématographique et l’envie évidente de coller au style expéditif de Bruce Lee n’est pas des plus heureuse. Heureusement sont ajoutées des lames et des machettes bien tranchantes qui permettent aussi au final d’exploser. Hypothèse très personnelle, ce film montre peut-être que ces immenses chorégraphes étaient tout de même bien plus créatifs en kung fu martial qu’en hung fist expéditif, c’est à dire simples techniques de poings qui font rapidement valser l’adversaire et limitent forcément un peu le champ lexical martial. Le temps passé laisse pas mal voir son ouvrage. De plus, David Chiang n’a jamais semblé aussi mauvais. Bref, déception sur ce point alors qu’il constitue un atout important puisque c’est tout de même l’histoire d’un roi du kung fu.

26/01/2004
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/boxerfromshantung/critiques.html

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