La main de fer (天下第一拳) 1972


Un très grand kung fu d’époque qui débute l’âge d’or du genre
4-25
Violent et baroque à sa manière, La main de fer a l’énorme avantage de développer une intensité dramatique toute personnelle en misant sur une hargne brutale et sèche qui le place très haut dans ce genre de production en vogue à l’époque et le singularise des futurs centaines de kung fus qui sortiront ensuite. L’ère des films de sabre vire progressivement vers celle des films de kung fu, avec d’un côté la première grande réussite du genre, pas technique pour un sous mais excessive à souhait, The Chinese boxer de 1970, et de l’autre, l’indépendance imminente de vrais chorégraphes qualifiés tels Liu Chia Liang et Tong Gaai.
La Main de Fer pioche allègrement et sans conteste du côté de son prédécesseur « Chinese Boxer », notamment avec le thème très en vogue du guerrier handicapé, la violence comme moyen de survie, l’ennemi japonais et le spectacle outrancier propre au « super héros » Jimmy Wang Yu, comme le concept du tournoi martial déjà présent dans le Roi du Kung Fu. La Main de Fer utilise aussi le thème de l’amour fortement compromis des grandes romances dramatiques qui ont précédés, transposé dans le monde impitoyable des arts martiaux, et se hisse ainsi dans les toutes premières grandes réussites internationales de l’ère kung fu qui s’annonce, juste avant la gloire mondiale du grand technicien parmi les grands, Bruce Lee.

Alors que le petit dragon et sa véritable maîtrise martiale vient d’exploser à la Golden Harvest avec Big Boss, la Shaw Brothers se mord les doigts d’être passé à côté du « contrat du siècle » et riposte avec ses gros moyens et un panel de kung fus moins techniques mais tout aussi rageurs et plus sanglants comme Vengeance ! ou Boxer from Shantung réalisés par le spécialiste maison du bain de sang, Chang Cheh. Avec une ambition et des moyens bien moindres de la part de la Shaw, le réalisateur coréen quasi inconnu Chung Chang Hwa pond de son côté son petit kung fu de série B qui n’a pour seul star le très prolifique Lo Lieh. Ce dernier tient pourtant là l’un de ses plus grand rôle en même temps que l’un de ses trop rare personnage de héros. Tout de même reconnu pour ses qualités en son pays, Chung Chang Hwa s’attache à développer très efficacement sa trame dramatique, teintée d’une double romance, et introduit en parallèle de nombreux protagonistes, ayant tous une forte implication dans l’histoire et présentés avec une conviction qui fera énormément défaut aux camions de kung fus d’exploitation à venir. S’y ajoute l’inévitable trio de japonais assimilé à des mercenaires sans foi ni loi qui compose des méchants charismatiques supplémentaires typiquement excessifs et caricaturaux aux accents Léoniens alléchants.

Chung Chang Hwa, ami de King Hu, partage ses goûts intellectuels et se défend de vouloir utiliser la basesse et le style sanglant de Chang Cheh, qu’il n’apprécie pas du reste, et pourtant là où il frappe fort, c’est bien avec sa propre vision du combat. Loin de lui l’idée de filmer de vraies joutes techniques, sa mise en scène se veut graphique avant tout. Chorégraphiés par les émergeants Lau Kar Wing et Chan Chuen, les combats datés ne côtoient certainement pas les cimes techniques et dynamiques, mais délivrent une nervosité et une violence omniprésente, particulièrement frappante lors du final, qui décuple l’intensité avec brio. L’entraînement éprouvant de rigueur est lui aussi très proche de la dureté des films de Chang Cheh (Lo Lieh frappant sur un tronc d’arbre), mais n’oublie pas la pédagogie chère à Liu Chia Liang grâce à la présence de deux maîtres se succédant à la formation de Lo Lieh. Autre gros point fort, les percussions y sont phénoménales, surtout pour un film de 1972. Elles n’ont même rien de ridicule face au niveau de Ong bak, et ce 30 ans avant ce qui n’est pas rien. L’énergie des coups portés y est remarquable. Le niveau martial n’est pourtant pas sans égal et les saltos vus en contre plongée un peu trop souvent revenus sont encore très loin de la complexité spatiale d’un genre qui n’en est ici qu’à ses débuts, mais La main de fer ne se veut pas un kung fu à tendance technique, plutôt une ôde rageuse, directe et débridée qui annonce avec une audace terrassante le style comics des films de Tarantino. Ce dernier utilisera d’ailleurs la fameuse scène des yeux arrachés ainsi que le cultissime son de sirène qui annonce le moment où Lo Lieh va utiliser sa technique, lorsque ses mains se mettent à rougir et que l’ennemi se voit projeter contre les murs voir littéralement balancé à travers, le dos brisé par l’impact.

Complété par sa trame simple mais bougrement efficace et rondement menée qui prend une ampleur baroque unique lors du final, voilà donc assurément un énorme classique, modestement financé et qui n’aura pas eu de succès à Hong Kong, écrasé par l’explosion de Bruce, et pourtant de la trempe de L’hirondelle d’or ou de La rage du Tigre, cette fois-ci 100% kung fu et dans un style excessif tout à fait particulier et intense, ce qui est assez rare pour être souligné, apprécié, aimé, voir même adoré. Et dire que Bruce Lee en personne aurait joué le rôle titre de Lo Lieh si il n’avait pas été chez le concurrent… ça laisse rêveur tant l’on imagine sa technique au service d’une telle débauche d’énergie.


http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/fivefingersofdeath/critiques.html

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