La Rage du Tigre (新獨臂刀) 1971


Un grand wu xia pian baroque et violent de Chang Cheh
4-25
Que tous les amateurs se lèvent en l’honneur du maître du bain de peinture rouge. Chang Cheh marque définitivement son époque dans le monde entier et particulièrement les français, chanceux d’avoir enfin découverts en son temps un wu xia si fantastique et violent qu’il est devenu instantanément légendaire. A l’apogée de son style, l’héroïsme sanglant et enragé, Chang Cheh termine la saga du sabreur manchot par un épisode outrancier, tant du côté du drame héroïque dans toute son essence, de la grande kitscherie désinvolte et naïve dispensée, que par son record absolu de mâles râlants se précipitant irrémédiablement vers leur mort avec ce courage qui tient de la pure folie suicidaire.

La rage du tigre est simplement le plus culte des wu xia de Chang Cheh. Il se place largement au delà de Have sword, will travel et Blood brothers car il aborde le héros de façon mystique, être seul sans attache qui porte le sabre et donc affronte le danger. Les bons sentiments classiques et romantiques sont toujours là mais ne surchargent jamais la rage et l’énergie primordiales à ce genre de film, typique de l’ogre de la Shaw. La ligne directrice vengeresse et la violence y sont plus directes et plus tranchées, tout comme dans la perle ultime de Cheh : Vengeance.

Les thèmes développés sont les mêmes que dans les autres wu xia de Chang Cheh mais sont ici bien plus exacerbés encore. L’amitié virile à tendance homosexuelle (va savoir) entre David Chiang et Ti Lung n’a jamais été aussi directe et presque explicite. Les massacres mettent en jeu un nombre inégalé d’adversaires mis à terre ou découpés en charpie. Le thème du bras coupé par pur honneur de combattant est à lui seul une image radicale qui marque profondément le film de son empreinte, bien plus encore que dans les multiples précédents films traitant la chose. L’adresse de David Chiang à utiliser son unique bras est un délice de chaque instant. Superbement sûr de lui avant de se trancher son bras, son handicap, cette fatalité qui le rend enfin vulnérable se transforme peu à peu en super héroïsme. Seul Chang Cheh pouvait extraire si brutalement la puissance décuplée d’un homme avant tout rabaissé dans son orgueil. La souffrance qui suit le drame n’est là que pour gonfler la légende où seul compte le héros et sa place dans le monde impitoyable des arts martiaux.

Ti Lung et David Chiang sont deux personnages presque jumeaux, présentés de la même manière, intervenant pour les mêmes raisons. Chacun est la définition même du héros solitaire, être à part dans la société qui va seul et ne peut s’attacher à personne, en particulier une femme. En reprenant l’épée, David Chiang assume à nouveau son statut, quitte la normalité pour revenir à sa vraie identité. Ti Lung et David se respectent infiniment. Leur différence vient du fait que le premier admire outre mesure le second d’avoir eu le courage de trancher son bras. Il avoue même que son propre courage ne le pousserait pas à cet acte à situation identique. Alors que Ti Lung appartient à la race des héros, Lei Li (David) de par son handicap franchit un pas supplémentaire et devient un super héros. Les humiliations subies par son handicap accroissent sa valeur et forgent sa rage et celle du spectateur afin d’amplifier ce sentiment baroque et cathartique qui explose totalement pendant le final.

La déception, si il y a, viendra avant tout des combats qui sont ultra sanglants mais ont tout de même énormément vieilli, et de cette ambiance rêveuse, enfantine, naïve, kitsch et finalement assez datée propre au cinéma de la Shaw. David Chiang est à nouveau loin d’un grand athlète tout comme Ti Lung est encore loin de son meilleur niveau. Mais cela n’a finalement que peu d’importance. « La Rage du tigre » se place en parfait compromis entre le drame sanglant approfondi à la « Have sword, will travel » et la violence baroque de « Vengeance ». Et ça, c’est l’important.

« La rage du tigre » est une perle d’anthologie où le talent dramatique, l’intensité à dépeindre de grands héros tourmentés, l’imagination et l’accuité visuelles de Chang Cheh font encore des miracles. Il parvient même à rendre dramatique une touffe d’herbe plantée au milieu d’un studio.

02/03/2004
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/newonearmedswordsman/critiques.html

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