Soul of the sword (殺絕) 1978


Chef d’oeuvre du wu xia pian Shaw Brothers bien trop méconnu.
4-50
Hua Shan, déjà (et surtout) réalisateur du cultissime et déjanté super Inframan, change totalement de sujet, plonge dans le drame à l’épée mais conserve son audace brillante à ne jamais se limiter. Osons ! semble-t-il crier derrière la caméra. Osons les plans graphiques composés et la maîtrise d’un Chu Yuan. Osons les duels sanglants et la rage d’un Chang Cheh. Osons les très nombreuses chorégraphies fraîches, délurées et électriques concoctées par l’expérimenté Tang Chia. Osons le rythme trépidant, la poésie et les mystères de l’amour, les corps dénudés et même le baiser langoureux en gros plan. Osons ! Osons ! Allez Zoom, Zoom mon frère ! Mmmh.. Mmmmh… Je me calme. Il est vrai que Hua Shan est tellement dedans que certains passages peuvent faire tourner la tête tant les zooms radicaux sont nombreux. Mais quel détail ! Incroyable qu’il n’ait pas pondu d’autres chefs d’oeuvre avec un tel film.

Fleuri, intense, compact, esthétique, frénétique, romantique, fantastique, Soul of the sword est une véritable synthèse brute du wu xia noir et sans concession, porté par un Ti Lung magistral en swordsman autodidacte, imbattable et bien décidé à devenir le grand maître des épéistes, seul et contre tous. Ku Feng et Norman Chu sont eux aussi excellents mais littéralement écrasés sous le poids de Ti Lung, autant à l’aise au combat que dans son rôle, celui qu’il incarne définitivement le mieux, l’épéiste solitaire.

Dès son enfance, il est le témoin à distance de la mort d’un brillant sabreur (en blanc immaculé) et de sa femme qui se suicide alors spontanément par amour. Le jeune rebelle orphelin, admiratif, n’aura dès lors qu’un seul objectif : apprivoiser l’épée pour défier et vaincre les meilleurs et asseoir sa réputation pour terminer par le mystérieux et à priori maléfique maître d’armes (tout de noir), pourfendeur de ce couple idéal qu’il assimile visiblement à ses parents. Un guerrier réputé invincible qui dissimule son visage sous un large chapeau.

De retour 10 ans plus tard pour exiger son duel, il gagne rapidement le respect des armes mais devra patienter avant le retour du mystérieux maître masqué parti en voyage. Il découvre alors la ville pleine de vie, ses couleurs, ses charmes, ses histoires contées en public et y fait la rencontre d’un médecin avec lequel il sympathise. Son manque de maturité s’exprime alors pleinement. Il cache tant bien que mal ses grandes difficultés à se socialiser, à partager une vie dite « dans la norme » alors qu’il préfère rester le plus solitaire possible. Pour ajouter à l’ambiance, une apparition spectrale récurrente de la jeune femme qui s’est suicidée hante ses moments de peur. Plus troublant encore, il rencontre une incarnation parfaite de cette femme, désir suprême, qu’il doit dès lors posséder. Pour se faire, il n’hésite pas à la dérober à son fiancé attitré (Norman Chu) qu’il humilie à plusieurs reprises sans vergogne.

Pris en tenaille entre son amour fort, mais ambigu, pour la jeune femme et la voie immuable de l’épée, il devra choisir, ou non, qui des deux fera son plus grand bonheur.

Plus puissant (à mes yeux) que The Magic Blade, toujours avec Ti Lung, « Soul of the sword » propose déjà un scénario qui bien que simple se révèle très riche, parfaitement représentatif de l’esprit de l’épée, dramatique et profondément psychanalytique, où l’amour, déviation d’une image cristallisée d’une femme, est une parfaite représentation de la mère qu’il n’a pas eu, et où la voie de l’épée, énorme métaphore phallique dont il est impossible de se séparer, n’a qu’un seul message : tuer pour être le meilleur.

Mais ce qui fait définitivement de « Soul of the sword » un chef d’oeuvre en bloc est sa mise en scène, créative, belle, inspirée, poétique, désespérée, soutenue par des chorégraphies à l’épée et à mains nus frénétiques, précises, prenantes, nombreuses et un rythme général remarquable et trépidant. Extrêmement en avance sur son temps, Soul of the Sword annonce déjà la noirceur des néo wu xia à venir avec une classe unique.

Rares sont les wu xia pian qui réunissent autant de qualités et de cohérence.

nb : à noter, une brève apparition de la bande originale de « mad max 2 », traditon HK tout comme « la planète des singes » de Schafftner.

castsoulofthesword

02/04/2004
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/soulofthesword/critiques.html

04/10/2013
http://sens.sc/175n14E

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s