Zatoichi : le masseur aveugle (座頭市) 1962

Zatoichi, un sabreur aveugle à la technique exceptionnelle, se retrouve mêlé à la lutte sanglante entre deux gangs rivaux dans la province of Shimosa. Chacun recherche la suprématie, notamment le chef de gang Sukegoro d’Iioka, qui cherche absolument à s’attacher les services de Zatoichi. Sentant qu’un bain de sang peut arriver à tout moment, le chef du gang rival, Shigezo of Sasagawa a embauché un sabreur du nom de Hirate…

Loin du firmament du Chambara mais tout de même plaisant et très solide.
3-50
Énorme classique du Chambara nippon de plein pied dans la veine des Matatabi No Mono (les histoires de sabreurs invincibles qui se baladent seuls dans la campagne, débarquent de nul part et défendent l’opprimé avec une certaine distance), ce Zatoichi original est intéressant en premier lieu pour la prestation de Katsu Shintaro, incarnation unique et irremplaçable du personnage pour les japonais, qui jouera dans les 25 suites et même dans la série TV de 100 épisodes. Frère de Wakayama Tomisaburo, le sabreur de Baby Cart, leur ressemblance physique est assez impressionnante. On croirait souvent voir Tomisaburo rasé et aveugle. Mais au delà de leur lien de parenté, de leur flegme commun et de leur visage assez similaire, Katsu use de petites expressions faciales bien à lui, d’un humour discret fait de cabotinages qui ne font rire que lui, d’une politesse, d’une humilité, d’un goût pour l’honnêteté, bref d’une profondeur très particulière à ce sabreur mythique.

Zatoichi partage de nombreux points communs avec son prédécesseur Yojimbo, hormis le handicap du héros. Le contexte est à peu près le même hors mis le sabreur loyal et respecté qui travaille pour le camp adverse et qui est malade, concept que l’on retrouvera dans Baby Cart III.

Cependant Yojimbo est beaucoup plus cadencé, rythmé et humoristique. Zatoichi reste sombre et critique vis à vis de ces guerres de clans sans fondement, malgré l’humour du sabreur tout personnel. L’ensemble est moins porteur et les personnages secondaires sont très loin d’être aussi croustillants mais le plaisir est là et bien là grâce à Shintaro Katsu avant tout. Les points communs entre ces deux films sont tellement nombreux qu’ils donneront même naissance à un crossover nommé Zatoichi meets Yojimbo, mais il faut bien avouer que ce premier Zatoichi n’est pas à la hauteur du chef d’oeuvre de Kurosawa.

Film phare du thème récurrent des guerriers handicapés, ce Zatoichi se suit bien malgré tout pour peu que l’on soit un minimum familiarisé avec l’ambiance des chambaras traditionnels. La mise en scène est assez belle avec de beaux instants fixes (plans rapprochés de Zatoichi à l’écoute…) mais encore trop peu expérimentale. Très peu de plans nourrissent une beauté comme il peu y en avoir dans Le sabre du mal ou même le bien plus vieux Légende du grand Judo.

Passons à la vision du fan d’action et ce qui l’intéresse, les combats. Évidemment, sabreurs japonais obligent, il faut attendre le final pour découvrir le seul un peu plus développé. Il n’y a que 2 combats au total et le premier ne durent que deux secondes le temps de sortir le sabre et de le ranger. Là encore Yojimbo est un étalon parfait pour se donner une idée. Pas de sons de tranchade, le bruit du mouvement est le seul présent, point pas très gênant. La chorégraphie est quant à elle plus dur à avaler. Même avec l’indulgence des premières scènes d’action de chambara, il est indéniable que les mouvements des corps dans Yojimbo sont plus naturels et plaisants. Par contre au niveau sabre, Katsu est doué, très rapide, le mouvement est gracieux mais le côté pataud apparaît en force dans la scène finale, les adversaires en premier lieu. Les positions post-frappe ne sont pas impeccables et semblent même parfois maladroites. Katsu améliorera grandement sa technique par la suite.

La bataille finale entre les deux clans de yakusas ennemis est là encore très comparable à Yojimbo mais ce qui était humoristique dans ce dernier devient assez ridicule ici. Les combattants sautillent, se préparent et soudain tapent frénétiquement en criant comme des enfants qui jouent à la guerre… ça ne colle pas avec la noirceur supposée de la scène. Les décors du premier plan (poutre, porte, murs…) qui cachent consciencieusement l’action sont plus gênants que graphiques au final.
Mais finalement, toutes ces approximations n’entament pas réellement l’ambiance et le plaisir de cette histoire classique mais attachante et de ce personnage mythique merveilleusement interprété par l’immense Shintaro Katsu qui transcende de magnifique manière le handicap du héros, et où l’on retrouve déjà un peu du style de Kenji Misumi, futur réalisateur de Baby Cart.

NB : Le dvd wild side propose un mini-sujet de 12 minutes sur le thème des guerriers handicapés plutôt intéressant puisqu’on y retrouve pas moins d’une vingtaine de films nippons et de la vague Hong Kongaise qui découlera de Zatoichi qui vont des sabreur manchot, boxeur manchot aux nullissimes crippled master et Master of the flying guillotine en passant par l’alter ego féminin nippon de Zatoichi et d’autres références japonaises comme le précurseur entre tous, le manchot et borgne Tange Sazen. Un bon petit moment qui prouve une nouvelle fois le savoir-faire de Wild Side.

17/06/2004
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/taleofzatoichi/critiques.html

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