L’ombre du fouet (影子神鞭) 1970


Cheng Pei Pei dans la neige avec un fouet

2-25
Voilà un film culte de la Shaw qui déçoit. Avec son histoire ultra classique qui n’a pour seule originalité le flashback qui mène au twist final permettant de découvrir le traître et de rigoler un bon coup du ridicule de la situation, il ne reste plus que la mise en scène, les acteurs et les chorégraphies pour sortir du lot et proposer une ambiance attractive. Côté chorégraphies, le bilan est des plus mitigé. Malgré un nombre conséquent d’affrontements à 1 contre 1 ou 2 contre 100, les combats restent patauds, vieillots, agrémentés de quelques rares montées en puissance notamment lors des affrontements en masse. Pire encore, de nombreuses accélérations viennent gâcher la grâce déjà absente. Ces accélérations s’opèrent en plan large (genre Benny Hill pour être clair) et au final, accroissent encore le ridicule. De plus Tien Feng, le maître du fouet, a un niveau martial proche du néant. C’est d’ailleurs l’un des seuls films où il se bat et ce n’est pas par hasard. Cheng pei Pei est aussi assez faible martialement mais possède une grâce unique due à sa formation de danseuse chorégraphe. Une grâce qui est ici très peu mise en valeur comme elle peut l’être dans Come drink with me. Il faut dire que le fouet n’est pas très bien exploité même si l’idée pouvait sembler originale. Yueh Hua et Ku Feng, pourtant plus aguerris, peinent aussi à voir tant leurs prouesses sont trop souvent accélérées avec beaucoup de maladresse. Leurs rôles sont aussi assez plats et peu charismatiques (surtout Yueh Hua) comparés à tant d’autres chefs d’œuvre où ils brilleront. En guise d’unité, le montage reste lui aussi rugueux et les sauts câblés assez nombreux ont rarement été aussi risibles. 1966, ça date aussi. Bref, c’est pas la joie dans l’ensemble à part quelques passages ou les morts pleuvent. La mise en scène elle-même demeure assez raide tout comme l’intrigue des plus rigide. Tout est clair une bonne demi-heure à l’avance voire plus. On est très loin de la subtilité et du lyrisme de L’hirondelle d’or réalisé la même année.
Restent les tenues moumoutées, les extérieurs enneigés qui rafraîchissent et la présence de Cheng Pei Pei toujours aussi belle et vive. En même temps, c’est un film de Lo Wei ce qui explique beaucoup de choses voir tout… Le bonhomme reste le roi de la médiocrité et le prouve encore ici malgré un cast alléchant.

Le cri du gars qui meurt : j’en profite pour mettre le doigt sur un point récurrent dans les wu xia de la Shaw largement utilisé ici : le cri du gars qui meurt. Dans ces films de la Shaw des années 60-70, le gars qui meurt bénéficie d’une post-synchronisation bien à lui. Elle est presque toujours identique et obéit à un code bien précis. Les affrontements étant souvent dignes du carnage en masse, il est parfois difficile de repérer celui qui vient de se faire simplement toucher de celui qui vient de mourir pour de bon. La solution première est une bonne giclée de sang au moment où le fantassin se prend le coup vu de dos et se retourne subitement pour faire face à la caméra et ainsi faire péter sa bonbonne de peinture en la pressant fermement comme pour simuler la douleur. Mais il existe une autre solution complémentaire tout aussi particulière et récurrente, un cri caractéristique toujours éructé avec le même timbre qui donne une onomatopée cinglante et typique qui va de « Waiaaaa ! » à « Waiéééé ! » en passant par le « Wayiiiii ! ». Pris sur le vif pendant le tournage de la chorégraphie ou ajouté ensuite tel un cri de wilhelm chinois, la question peut se poser puisque le timbre est rigoureusement identique d’un film à l’autre et ajoute à la puissance mortelle du coup porté. Je vous laisse méditer sur cette réflexion hautement philosophique et capitale qui fait suite au gars qui meurt développé précédemment.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/shadowwhip/critiques.html

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