La Shaw Brothers

Plus de 100 Shaw Brothers chroniqués sur la Queue du Chien


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Introduction

Run Run, Runje et Runde Shaw :

Studio légendaire dont l’âge d’Or s’étend de 1957 à 1983, la Shaw Brothers fut avant tout une gigantesque catapulte du cinéma Hong-Kongais contemporain et un vaste vivier de talents, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, scénaristes, producteurs ou chorégraphes. Dirigé principalement par les frères Tan Sri Runme et Run Run Shaw (noms malais acquis à titre honorifique), le studio restera à jamais un formidable vecteur démonstratif d’un cinéma de divertissement haut en couleurs qui touche à tous les genres avec une facilité qui n’a d’égal que son unité.

Des comédies, musicales ou non, aux films épiques en costumes, films martiaux au sabre ou à mains nues en passant par les films érotisants, les films déviants, de mafia, les drames et les comédies nonsensiques, la Shaw Brothers et son catalogue de plus de 800 films rayonne autant aujourd’hui dans le monde qu’elle a pu le faire à son époque en Asie, poussée par des éditeurs prêts à réhabiliter avec talent le mythe et des fans qui puisent en elle une source intarissable de rêveries et de fantaisies. Sa réussite financière acquise avec le temps lui a donné les moyens d’installer une certaine idée d’un kitsch luxueux foisonnant d’idées créatives au service d’un cinéma spectacle avec un grand S rarement égalé.

Fondation

Fondée en 1924 à Shanghai par Tan Sri Runme Shaw (1901-1985), troisième fils d’une famille de sept enfants, rejoint en 1926 par son sixième frère Run Run Shaw et soutenue par leur aîné Runje Shaw déjà familier du théâtre et brillant avocat, la Unique Film Company, prémisses balbutiants de la future grande « Shaw Brothers », débuta par la distribution de films muets et développa petit à petit l’industrie cinématographique naissante incorporant la compagnie Hai Seng basée à Singapour bientôt dirigée par Run Run. Pas à pas, ils créèrent des salles de cinéma à travers tout le pays, Malaisie et Singapour tout d’abord, dans les grandes villes principalement, mais aussi dans les plus reculées des campagnes grâce à des cinémas ambulants.

En 1929 à Singapour, les frères Shaw distribuèrent le premier film parlant « The jazz singer » avec Al Jolson. Ce film américain fut bientôt suivi par les films de Laurel & Hardy et ceux des Marx Brothers. Puis les frères Shaw produirent avec l’aide de Runje le premier film parlant chinois « The Nightclub Colours », suivi de « White Dragon », premier film musical cantonais exploité avec succès à Canton en 1934.

Avec la grande dépression des années 30, les frères Shaw continuèrent non sans difficulté à produire des films malaisiens à Singapour. A partir du milieu des années 30, et ce jusqu’aux années 80, la compagnie se diversifia aussi avec la création de parcs d’attractions à Shanghai, énorme succès où les familles se retrouvaient en masse pour se divertir dans les manèges et les salles de danse spécialement créées à cet effet.

Après la grande dépression, la compagnie s’étendit monopolisant l’extension du cinéma du sud-est asiatique en général. En 1939, elle possédait 139 cinémas à travers Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie et l’Indochine. Pendant cette période, 70% des films projetés dans ces cinémas étaient américains, 16% étaient britanniques et 13% seulement chinois. Les plus grandes salles pouvaient accueillir de 500 à 800 personnes.

Période de guerre
Avec l’invasion japonaise et la seconde guerre mondiale, tous ces cinémas furent réquisitionnés pour la propagande et les frères Shaw furent forcés de travailler pour les japonais. Les parcs d’attraction tout d’abord fermés furent réouverts par la suite au public sous la bannière japonaise. Les frères Shaw étaient payés une misère par les japonais pour avoir le « privilège » de passer des films de propagande et quelques films indiens. Les films hollywoodiens, tout d’abord acceptés au début de l’occupation, furent naturellement rapidement interdits de diffusion. Avec l’invasion de Shanghai par les japonais en 1937, les studios Shaw furent détruits. Heureusement forts prévoyants, les frères Shaw s’étaient déjà implantés à Hong-Kong depuis 1934 grâce à un autre frère, Runde Shaw, responsable du studio Nanyang, qui privilégia alors les objectifs commerciaux plutôt qu’idéalistes ou revendicatives. Ainsi, en 1935, la majorité des productions Shaw étaient des opéras musicaux cantonais créés uniquement pour divertir. De tous les films produits par Hong Kong entre 1938 et 1940, seuls 13 étaient mandarins, tous les autres étaient cantonais.

La reprise
La guerre terminée et avec le retour des britanniques à Singapour et en Malaisie, le public a faim de divertissement ce qui permet à la Shaw de s’accroître à nouveau de manière exponentielle. En 1950, Runde fonde la Shaw and Sons Ltd dont la principale activité est de produire des films en mandarin pour tout le sud-est asiatique. D’autres membres de la famille intègreront la compagnie comme Shaw Vee Kong en 1960, troisième fils de Runje, puis Harold Shaw, fils de Run Run et Shaw Vee King, fils de Tan Sri Runme qui serviront notamment de promoteurs dans les festivals internationaux. La publicité a toujours été une grande force de la Shaw et ce depuis l’âge du muet, par les affiches notamment, puis par des moyens plus sophistiqués, des évènements par exemple comme des élections de Miss, des exhibitions d’arts martiaux et même des galas de voyance et autres joyeusetés. Plus sérieusement, Sir Run Run Shaw fut un ardent collaborateur de Masaichi Nagata, président de la compagnie Daiei au japon, lorsqu’il créa l’Asian film festival en 1953 comme vitrine du cinéma asiatique, qui devint un formidable puit de récompenses pour les studios Shaw.

Les années 60 : l’empire Shaw

En terme de production internationale de films chinois, même les films de qualité venus de Chine, Hong-Kong et Taiwan ne pouvaient rivaliser face aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne, à l’Europe et même au Japon.

En cette fin des années 50, la firme a forte à faire avec sa concurrente directe, la Motion Picture & General Industry. Runde Shaw, en brillant légiste et fin stratège, insuffle de nouvelles directions capitales. Il crée une nouvelle compagnie de production, la Shaw Brothers, en 1958. Puis, c’est l’ouverture officielle de 46 hectares de studios de tournage inaugurés le 6 décembre 1961 à l’est de Kowloon situés dans la Clearwater Bay. Les studios Shaw sont nés. En 1962, il engage un certain Raymond Chow, ancien journaliste promu chef de production qui sait aussi bien communiquer qu’oser. Il permet la coproduction de films avec le géant japonais Daiei et engage même des techniciens expérimentés de cette compagnie afin de bénéficier de leur savoir faire. La Shaw devient le plus grand studio du monde. Toutes les étapes de la création sont réunis en un seul lieu composé de 25 départements et plus de 1500 techniciens, des dortoirs pour les équipes de tournage, les ouvriers et les acteurs, la création des décors en dur par des artisans, la réalisation, l’édition, l’enregistrement, la sonorisation, la post-synchronisation. Tous les films Shaw vont pouvoir être tournés en couleurs (Eastman color) et projetés en cinémascope (Shawscope). Le premier film en couleurs estampillé « Shaw Brothers » sera The Kingdom & the beauty (1958) de Li Han-Siang et un premier succès immédiat.

« The kingdom & the beauty »

« The bride napping ».

En 1962, le succès de 4 films en couleurs, Madam White Snake (1956) coproduit avec la Toho, The Magnificent Concubine (1960), Dream of the Red Chamber (1961) et Bride Napping (1962), confirme l’entrée en force de l’ère de la couleur à Hong-Kong et le succès de son pionnier, la Shaw Brothers, qui s’engage alors dans la production à grande échelle passant de 13 à plus de 40 films par an.

En 1965, la Shaw possède 35 compagnies sous sa coupe, 9 parcs d’attraction, 3 studios de production, à Hong Kong, Singapour et Kuala Lumpur, 130 cinémas à travers tout le sud est asiatique dont 70 salles en Malaisie et 19 à Singapour où 30 salles indépendantes ne passent que des films Shaw. De plus, les films américains de Universal, Warner et United Artists sont exclusivement distribués par la Shaw. A partir de 1967 et la sortie de Dragon gate Inn de King Hu, les productions Shaw dépassent systématiquement les films étrangers. L’anniversaire de la Shaw est d’ailleurs fêté avec une grande ferveur populaire, et ce jusqu’en 1980.

L’âge d’Or

1957 – 1983 fut l’âge d’or de la Shaw avec de nombreuses récompenses et l’émergence des premières grandes stars.

Des stars féminines tout d’abord avec la première « Reine des films asiatiques » Lin Dai (1953 – 1967), qui, avec plus de 50 films à son actif, trois titres de meilleur actrice à l’Asian Film Festival (Kingdom and the beauty (1958), Les belles (1960) et Love without end (1960)) et de nombreuses acclamations pour ses prestations dans The lotus lamp et Last woman of Shang en 1963, toucha à tous les genres en vogue comme les films épiques, les comédies, les histoires d’amour et les comédies musicales. Malheureusement, dépressive, elle se suicide en 1964, cinq mois avant son trentième anniversaire.

Ivy Ling-Po rejoint la Shaw en 1962 et éclate un an plus tard dans The Love Eterne. Elle conquit à son tour le titre de « Reine des films asiatiques » en 1964 au 11ème Asian Film Festival pour son rôle dans Lady General Hua Mulan puis est récompensée à nouveau en 1975 dans Empress dowager.

Li LiHua de son côté joue dans plus de 100 films dans des rôles allant du personnage le plus pauvre à celui de reine. Elle est récompensée à de nombreuses reprises notamment dans Empress Wu et The grand Substitution en 1963.

« Hong Kong Rhapsody »

« Temple of the red lotus »

Éclipsée un temps par ses premières grandes dames, Li Ching prend bientôt la relève, tout d’abord remarquée et récompensée dans The mermaid (1964) et Susanna (1966), elle se révèle elle aussi dans tous les genres, notamment la comédie musicale Hong Kong Rhapsody (1968), l’horreur dans Mission Impossible (1970) et le film épique en costumes dans The New One Armed Swordsman aka « La Rage du Tigre (1971) et The 14 Amazons (1972). Elle est reconnue comme l’une des membres du « Super trio » des stars féminines complété par Ivy Ling-Po et la petite dernière, et pas des moindres, l’éclectique Lily Ho, récompensée pour son rôle masculin dans The 14 Amazons de Cheng Kang, et qu’on peut découvrir également dans The Silver Fox (1967), dans des thrillers comme The Lady Professional (1971), des comédies comme The Warlord (1972), et des films plus érotisants comme Intimate Confession of a Chinese Courtesan (1972) et Sex, Love and Hate (1974).

Tous les acteurs de la Shaw sont issus soit du ballet, de l’opéra, de la danse ou du chant, formations adéquates pour réussir dans des films de pur divertissement qui ont pour public majoritaire, les habitants des quartiers pauvres des grandes villes, au taux de population parmi les plus élevé du monde, qui recherchent avant tout à s’évader du quotidien. Run Run Shaw s’intéressera d’ailleurs à l’immobilier vers la fin des années 70 et sera à l’origine de la construction de nombreux immeubles où logeront des milliers de familles peu aisées, notamment à Hong Kong.

Le cinéma martial : les femmes à l’honneur
Les films d’arts martiaux, films de sabre (wu xia pian) ou films de kung-fu représentent plus du quart des du catalogue Shaw. Dans ce domaine, les femmes sont aussi les premières à détenir le monopole de l’affiche. deux en particulier, Cheng Pei Pei et Shih Szu, deviennent des légendes, façonnant une image resplendissante de sabreuses invincibles avec des films comme Lady of Steel (1970), The Shadow Whip (1970) et The Lady Hermit (1971).


Cheng Pei Pei, élevée dans la tradition du ballet, débute comme chorégraphe de danse. Dans son premier film « The Lotus lamp » qu’elle a chorégraphié, elle joue un homme, chose fréquente dans les films chinois, opposée à la légendaire Lin Dai. Le film qui la révéla pour de bon comme une grande star de l’action reste « Come drink with me » (1966) de King Hu, véritable révolution du style martial de l’époque. En 1971, après « The lady Hermit », elle fait une pause dans sa carrière et se marie. L’énorme succès de ce film propulse alors le second rôle du film, Shih Szu, sur le devant de la scène. Taïwanaise élevée comme beaucoup d’autres dans le ballet et la danse, elle rejoint le studio en 1969 et jouent dans de nombreux succès parmi lesquels Thunderbolt Fist (1972), The Shadow Boxers (1974), The Young Avenger (1976) et Jade Tiger (1977) où elle excelle en femme de poigne mystérieuse.

D’autres femmes se distingueront encore, notamment Chin Ping toujours dans le domaine du film de sabre. Arrivée en 1962 à la Shaw, elle a notamment perfectionné son jeu à l’académie des arts de la Toho et se fait remarquer dans de nombreux films tels que « The Crimson Palm », « Temple of the Red Lotus » (1965), « The Twin Swords » (1968) et « The Killer Dart » (1968). Pour terminer ce rapide panoramique, citons la talentueuse Ching Li, Lily Li-Lili, protégée de Liu Chia Liang, tout comme Kara Hui plus tard, et brillante combattante dans ses films de kung-fu, Betty Loh Ti, Kara Hui donc ou encore Cecilia Wong.

Le cinéma martial : les hommes renouvellent le genre

Chang Cheh et Run Run Shaw.
Il faut attendre la fin des années 60 et des films comme Chinese boxer aka « Le boxeur manchot » (1970) avec Jimmy Wang Yu et « King boxer » aka Five fingers of death aka « La Main de fer » (1971) avec Lo Lieh pour que les films martiaux, dans un élan de renouvellement nécessaire, misent sur les talents masculins. C’est le début de l’ère des grands combattants héroïques qui consacre principalement David Chiang, Ti Lung, Lo Lieh, Jimmy Wang Yu, Gordon Liu et Alexander Fu Sheng dans les films de Chang Cheh et ceux de Liu Chia Liang. Les deux plus grands réalisateurs du genre suivent pourtant une trajectoire bien distincte. Liu Chia Liang débute comme chorégraphe de Chang Cheh mais se désolidarise bientôt de la vision violente des arts martiaux que l’ogre distille invariablement tout au long de sa centaine de films montrant le plus souvent des mutilations fertiles en héroïsme. Élève d’un maître formé par un descendant direct de Wong Fei Hong, Liu chia Liang de son côté forge son propre style, plus léger, puisant dans les véritables valeurs des arts martiaux, la paix du corps et de l’esprit, notamment dans sa fameuse trilogie 36th chamber avec Gordon Liu en vedette, son demi-frère adoptif.

Les années 80 : le déclin

Séances de postsynchronisation :

Séance de sonorisation :

Le renouvellement des talents, acteurs et réalisateurs est le point capital auquel la Shaw n’a pas su faire face à partir de 1979 où la nouvelle vague Hongkongaise voit le jour. Raymond Chow l’avait déjà compris en 1971 où il quitta la Shaw pour créer la Golden Harvest. Il décrochera ensuite le « contrat du siècle » avec Bruce lee et enchaînera les succès avec le savoir-faire d’un grand dénicheur de talents. Les kung-fus comédies de Jackie Chan et de Sammo hung, et bientôt les films de Tsui Hark et d’autres encore prennent la relève dans le cœur du public alors qu’il ne reste bientôt plus que Liu Chia Liang et le vieux Chang Cheh en têtes de proue de la Shaw, et que les grands noms comme Lo Lieh, Ku Feng, King Hu ou Jimmy Wang Yu sont partis trouver le succès ailleurs. Submergée par la nouvelle vague Hong-Kongaise, la Shaw produit difficilement une vingtaine de films par an et vend progressivement certaines de ses salles de cinéma. La production de films Shaw s’arrête en 1983 et les énormes studios de tournage ferment finalement leurs portes en 1985 après un dernier rush de productions « bis » et folles dont Holy flame of the martial world ou Buddha’s palm par exemple, qui utilisent les forces des concurrents, une audace sans limite, tout en gardant la patte Shaw, en particulier sa fantaisie, ses décors inimitables et son amour de la peinture rouge. Le temps des grands drames épiques des années 60-70 est bel et bien révolu.

Néanmoins, la Shaw produit encore à cette époque des films en Inde, au Pakistan, aux Philippines, à Taïwan, au Japon, en Indonésie, en Thaïlande, au Vietnam, aux USA et en Europe, la plaçant au premier rang des producteurs internationaux. La Shaw développe aussi avec succès d’autres activités comme la création de grands magasins et d’une chaîne de télévision, la TVB (Television Broadcasts Limited), lancée par Run Run en 1973 et encore active et compétitive aujourd’hui sur le satellite.

Aujourd’hui la Shaw produit surtout des séries télévisés, coproduit plutôt des films étrangers et distribuent avant tout de gros films, européens et américains entre autres, dans tout le sud-est asiatique. Elle a aussi recentré ses activités vers la fructification de salles de cinéma géantes (plusieurs milliers de places), et l’immobilier avec la construction de complexes ultra modernes. Mais son immense catalogue rempli de pépites est ravivé par des prescripteurs tels que Quentin Tarantino et présenté de nouveau sous son meilleur jour grâce à des éditeurs comme Celestial à Hong Kong (250 titres réhabilités à ce jour) et Wild Side en France pour le plus grand plaisir des fans qui n’ont pas fini de faire vivre son nom.

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PARTIE 2 : LES INCONTOURNABLES DE LA SHAW BROTHERS
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http://www.cinemasie.com/fr/fiche/dossier/127/

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4 réflexions sur “La Shaw Brothers

  1. Des dossiers qui faisaient la gloire de feu Cinémasie. Je me souviens l’avoir lu y a un p’tit bout de temps. Très intéressante mise en lumière et mise en bouche. Il y a tellement à dire notamment sur les interactions, implantations dans des bleds comme Singapour et ailleurs en Asie. Bonne idée sinon de balancer les « 10 … incontournables ». Pour ceux qui voudraient prioriser et s’ouvrir plus amplement par la suite.

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