Chungking Express (重慶森林) 1994

La magie ne marche pas à tous les coups
3-00
Quel étrange engouement pour un film si parcellé au goût si pastel. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à digérer ce puzzle si ordinaire malgré toutes ses qualités indéniables. En particulier, le passage soudain d’une histoire à l’autre m’a semblé plus que douteux, surtout que cette première relation plutôt pimentée s’arrête net au premier quart du film pour ne jamais réapparaître ni même être évoquée et passe la main à une histoire parallèle d’une banalité quasi somnifère (oui je sais, ç’est pas somnifère, c’est la beauté du quotidien et de la vie… mais là, c’est non).

C’est donc la relation entre Tony Leung et Faye Wong qui terminera le film sans que jamais Wong Kar Wai ne revienne sur la mystérieuse Brigitte Lin. Certes sa (non) relation avec le petit jeunot Kaneshiro n’avait (peut-être) aucun avenir vu le contraste entre cette businesswomen peu ordinaire et ce pauvre petit policier bien incapable de dompter la bête. Certes la vénéneuse Brigitte Lin et son naïf jeune policier paumé répondent bien au couple Tony / Faye Wong bien plus à même de développer une réalité sensible, tout comme le reggae roots de la première partie répond au bien popeux California dreaming. Certes, plus que dans tout autre Wong Kar Wai, inutile de trop attendre une histoire mais qu’en est-il au final ?

Au final, Faye Wong glande ou s’amuse toute seule le plus souvent, est heureuse de s’imaginer chez elle à mettre le souk (ooouuu, c’est y pas mignon), se repasse inlassablement « California dreamin’ » (vraiment gonflant à force surtout qu’elle pousse le volume comme personne). Impossible de nier que Wong Kar Wai a tourné Chungking express à l’arrache au milieu du tournage des Cendres du temps avec un scénario trop long à l’origine qui englobait les personnages des Anges déchus, et qui se retrouve amputer d’une certaine cohésion propre à tous ses autres films.

Tony parle avec une serviette ou un savon (!?) et est tout aussi soupe au lait que Kaneshiro finalement. Le passage où il apprécie enfin « California dreamin’ » fait éclater son manque flagrant de personnalité à la manière de Max Cherry dans Jackie Brown (normal, Tarantino est un grand fan) mais ne le rend pas pour autant sympathique. Au contraire, il en devient encore plus commun.

Le parallèle bien préparé entre la fiction rebelle auquel Kaneshiro croit un instant et la réalité bien plus ordinaire tendance pop teenager est bien vu. Les personnages sont d’une beauté simple et familière indéniable : Faye Wong, le quatuor majeur bien sûre mais aussi les seconds rôles comme le cuisinier qui est excellent. Les petits instants collés bout à bout sont beaux eux aussi dans leur candeur et leur fraîcheur. La réalisation est extrêmement sensible. Bref, oui c’est sans aucun doute très beau mais en même temps tellement vain.

La simplicité n’est plus le mot d’ordre au final. C’est plutôt l’effet qui prend le dessus, le simple effet pop même. Ce goût de liberté à l’odeur de gros bonbon qui s’étale dans la mise en scène et les personnages et enterre tout relief trop longtemps attendu. Le plus gros défaut de Wong Kar Wai prend le dessus : ça n’avance à rien. Il n’est même pas question de personnages qui font l’histoire comme dans les sublimes Nos Années Sauvages ou Happy together, mais simplement de personnages parfaitement ordinaires qui font des choses supra ordinaires et n’interagissent que très rarement finalement. Et encore, même pas personnages mais personnage car à côté de Faye Wong qui monopolise largement l’écran (oui, elle est rayonnante mais quand même), Tony Leung n’a plus qu’un rôle de flic passif très joliment interprété mais désespérément attentiste.

Bref, ç’est beau mais sacrément pas motivant. Les petits instants futiles restent pourtant un bon souvenir de liberté et de fraîcheur mais ce Wong Kar Wai ne m’a pas captivé, loin de là, largement vain en effet.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/chungkingexpress/critiques.html

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