La Lame Diabolique (剣鬼) 1965


âme pure, sabre pervers
4-25
A la différence du Sabre du mal, du Passage du grand Bouddha, d’Hara Kiri ou autres chambaras noirs où l’âme perverse du sabreur pervertit le sabre pour en faire un objet de mort, ici c’est le sabre lui-même qui pervertit son porteur (bretteur), le consume et le conduit vers la mort (des autres…). Hanpei (immense Ichikawa), anti héros par excellence, petit homme sans rang aux origines troubles surnommé fils de chien, est un autodidacte accompli qui regorge de talents multiples, portrait qui correspond exactement à celui de Misumi lui-même, autodidacte, observateur, véritable éponge qui puise aussi sa force dans ses origines déracinées.

Hanpei donc, sorte de Forest Gump du japon féodal, est un homme simple et pur qui se découvre des talents innés pour tous les domaines qui le captivent. Au départ, humble jardinier qui « connaît la terre pour faire pousser les fleurs », il se voit engager pour apaiser la folie de son seigneur grâce à son talent qui n’est du reste pas unique. Il se révèle aussi un coureur hors du commun capable de dépasser un cheval au galop ! Sa rencontre, véritable déclic mystique, avec un samouraï ronin le conduit vers la voie du sabre qu’il maîtrisera bientôt comme personne, et ce par la seule observation de ce maître qui l’éduque en secret. Son talent l’amène à tuer pour son clan et plus tard, sa découverte d’un sabre réputé maléfique, au passé de carnages, scellera son destin. Et pourtant, son âme reste pure jusqu’au bout. Il s’agit du sabre, prolongement de lui-même, qui assouvit son talent à tuer et l’hypnotise pour mieux le perdre. Si proche du bonheur qu’il soit, grâce à celle qu’il aime et sa passion pour la douceur et les fleurs en particulier, les troubles engendrés par ses meurtres ne pourront que l’obliger à reprendre le sabre. Il l’accepte d’ailleurs avec force et tient à sceller son destin, en toute honnêteté, avec la même pureté qui le caractérise depuis toujours.

Plus viscéral que la future série Baby Cart, La lame diabolique est aussi plus contemplatif mais s’éloigne déjà du tout classique chambara, aussi noir soit-il, et du précédent Tuer en particulier, pour afficher quelques envies de spectacle à même de divertir le public. Un jardinier soit disant né de l’union d’un chien et d’une femme qui court aussi vite qu’un cheval et apprend le sabre en observant un maître ronin s’entraîner à couper des papillons en deux… Voilà déjà une bonne dose d’originalités qui tranchent net avec le très noir et respectueux « Tuer ». En excellent artisan, Misumi offre encore de beaux moments photographiques et quelques superbes travellings, comme cette forêt dense et verdoyante aux troncs infinis et ce ronin solitaire qui se découpe sur l’horizon flamboyant de la brume lumineuse et matinale, ou ce combat passionnel au milieu des fleurs où le cœur du sabreur émerge en force malgré le sang qui doit être versée et la mort qui doit être dispensée.

Sans atteindre l’intensité magistrale et la quintessence de Tuer, la lame diabolique résonne très fort avec celui-ci et est à coup sure une belle réussite autant visuelle que thématique. Plus accessible que « Tuer » et « Le sabre », il se place en bonne alternative entre l’outrance et la dynamique (pas encore tout à fait maîtrisée) d’un Baby cart et le chambara noir et contemplatif toujours très pointilleux et inventif dans son traitement visuel.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/lamediabolique/critiques.html

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