Les Griffes de Jade (鍾馗娘子) 1971


Dernière demi heure recommandée
3-25
Sacré Ho Meng Hua ! Tu nous feras toujours rire. Spécialiste des films de genre sans grande prétention qui tiennent juste honnêtement la route par leur petit festival de scènes abracadabrantes devenues fortement bis avec l’âge, il semble avoir quelques moyens supplémentaires ici pour pondre un wu xia à même de sortir du lot assez énorme dont regorge la Shaw Brothers. Cheng Pei Pei est dans la place déjà, sa dernière prestation avant sa longue pré retraite (à 21 ans !) et son futur mariage aux États-Unis. Elle joue une maîtresse redoutable et redoutée, la Lady Hermit, qui fait tout ce qu’elle peut pour rester discrète le temps de se rétablir de sa dernière confrontation avec son rival de toujours, le maître aux griffes de démon. Elle aime de plus en secret Lo Lieh, jeune écuyer naïf voir assez quelconque. Sur ce, une jeune donzelle armée d’un fouet débarque en ville à la recherche de Lady Hermit, convaincue que la réputation de cette grande maîtresse l’aidera à devenir très forte.

Hsih Szu incarne ici pour la première fois une héroïne martiale, rôle principal qui lui permettra de prendre la relève suite au départ de Cheng Pei Pei. Elle est mignonne la petite Shih Szu avec ses moues de bébé pas content, ses joues potelées, sa peau fraîche et son petit sourire enfantin. Plutôt agréable aux premiers abords pour un premier grand rôle, elle cache difficilement un jeu à l’étendue encore limitée. Le jeune Lo Lieh joue lui un écuyer paisible qui manie à l’occasion le sabre. En gros, son seul vrai mérite est de pouvoir s’attirer les faveurs des deux jolies poupées qui tiennent l’affiche. A côté de ça, rarement on l’aura vu avec aussi peu de relief et de charisme… Les relations entre ce trio à l’affiche sont du reste franchement succinctes.

La première heure de Lady Hermit n’a rien de vraiment mirobolant, et le scénario bien que plus recherché que la traditionnelle vengeance reste dans une norme peu surprenante : la jeune fougueuse qui cherche l’enseignement de la vielle louve expérimentée qui elle tient à se faire discrète. Le trio amoureux constitué avec Lo Lieh est du reste bien pâlot et manque de relief (matez Thundering sword pour voir Cheng Pei pei vraiment amoureuse). Le tout se passe dans un village enclin à des manigances douteuses qui devraient affiner l’ambiance si elles étaient mieux mises en valeur. En effet, un clan venant d’un château lugubre environnant fait payer des charmes à la population pour qu’elle se protège de soit disant attaques de fantômes nocturnes, des pseudo fantômes dont on ne voit à peine la queue d’un ce qui est déjà décevant. Plus décevant encore, pas l’ombre d’un méchant charismatique à l’horizon avant le final.

Que retenir de cette première heure honnête mais loin de casser la baraque alors ? Une jeunette dynamique qui fait tout pour être l’élève de son modèle (mouais, sans surprise). Une petite ambiance western qui pointe par moment avec une carriole qui roule sur une musique bien typique (mouais, anecdotique). Une originalité dans le montage bien nerveux des quelques combats qui la parsèment avec des accélérations pas discrètes et de beaux transpercements de bonzes qui confèrent un dynamisme assez inédit mais somme toute artisanal (mouais, pas assez exploité). L’atout principal reste la fraîcheur naturelle de Cheng Pei Pei (néanmoins moins belle et habitée que dans Come drink with me ou Thundering sword) et de Shih Szu et surtout une dose de quelques idées bis bien montées qui font déjà doucement rigoler. Cheng pei pei qui s’accroche au plafond ou qui expose sa nouvelle technique à Shih Szu par exemple. Elle lance un chat en l’air, celui-ci retombe sur ses pattes et détale vite fait à toutes enjambées, puis Cheng Pei Pei se penche et ramasse à ses pieds le même chat qui ne semble pas avoir bouger d’un iota ! Autre passage qui vaut son pesant, Cheng Pei Pei donne un seul coup de hache dans un arbre, et vlan, « timbeeeer ! » L’arbre entier tombe net, et elle le porte tranquille sur ses épaules !!! Dernier exemple, plutôt que de faire brûler le décor du chateau comme Chang Cheh n’hésite pas à le faire dans Golden Swallow et bien d’autres, Ho Meng Hua utilise juste un peu de fumigènes rouges et noirs pour simuler le gigantesque incendie. Sacré Ho meng Hua !

Cette agréable petite saveur bis est le principal intérêt de cette première heure qui manque honnêtement de rythme, de fond (les personnages notamment) et plus gravement encore de rebondissements dignes de ce nom. A plusieurs reprises, une traîtrise, un retournement de situation quelconque, bref un twist même léger caresse l’espoir d’apparaître… Mais non, c’est Ho Meng Hua ici, pas Chu Yuan, le récit est linéaire au possible, les personnages pas franchement impliquant. De même, la mise en scène est encore loin d’atteindre une quelconque magnificence propre aux grandes œuvres de la Shaw. Ho Meng Hua reste un faiseur honnête et dynamique mais sans génie aucun. Les décors en extérieurs n’ont rien à envier à un wu xia du même genre tel que 12 Gold medallions.

Mais Ho Meng Hua est un gars sympa qui n’hésite pas (même si parfois il hésite trop justement) à aller bien à fond dans le délire, et la dernière demi heure de Lady Hermit va radicalement rattraper le tout tel un chat qui retombe sur ses pattes. Plus question de dialogues insipides, place à l’action non stop et quelle action ! Du set de table qui se plante dans le crâne aux baguettes qui arrachent les yeux en passant par les corps généreusement transpercés, la violence gratuite et la nervosité goûtue du montage prennent place et déjà le spectateur amateur se sent beaucoup mieux. Combat dans une auberge donc, totalement « out » suivi d’une escapade à ne surtout pas manquer, et un autre combat en simultané dans une forêt embrumée, pour finir sur un dernier morceau de bravoure rappelant la tour finale de Have sword will travel en plus improbable encore, où Cheng Pei Pei et Shih Zsu, de plus en plus éreintées, blessées, charcutent comme des lionnes… Je n’en dirais pas plus mais cette dernière demi heure assure la rédemption sans aucun problème. Pour indice, ne cherchez plus d’où vient la scène de Indiana Jones et le temple maudit sur le pont suspendu… Elle vient de Lady Hermit !!

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/ladyhermit/critiques.html

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