The Assassin (大刺客) 1967


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4-25
Avis aux amateurs de grands classiques à l’épée. Pour l’un de ses premiers films, Chang Cheh développe déjà tous ses thèmes favoris et même plus, dans une histoire basée sur des faits historiques, l’assassinat d’Han Kwei et de son fils, empereur et successeur du tyrannique empire Qin, par un pauvre inconnu qui n’a qu’un seul rêve : laisser une trace dans l’histoire.

Film qui appelle déjà le future One armed swordsman avec le même couple vedette Jimmy Wang Yu / Lisa Chiao Chiao, voici donc l’histoire de Nie Cheng, un homme sans fortune ni gloire qui annonce dès le début son désir ultime d’un destin glorieux quitte à mourir jeune. Il perd son maître d’arme et tous ses compagnons lors d’un massacre conspiré par le pouvoir qui voit en cette école de sabre un obstacle possible et un nid de rebelles qu’il faut éradiquer. Wang Yu y est déjà au maximum, à l’image de Golden Swallow, un combattant leader à l’aura quasi divine qui écarte les bras face à l’ennemi et que les autres élèves entourent naturellement comme pour signifier son « imposante » stature. Une prestation qui manque encore une fois d’un charisme à toute épreuve et de subtilité, mais Wang Yu y croit à mort, c’est déjà ça.

Il finit par échapper au piège et se sépare dés lors de son compagnon d’arme rescapé (Feng Lei), tout comme de son amour indéfectible, la belle Lisa Chiao Chiao, qu’il préfère écarter de tout danger. Commence alors une longue période d’anonymat où le héros se morfond en travaillant comme boucher, accompagné de sa vieille mère et de sa sœur. Jusqu’au jour où un riche notable (Tien Feng) vient lui apporter sur un plateau le destin dont il a toujours rêvé. Son unique fils et son maître d’arme (en l’occurrence Feng Lei) ont été eux aussi assassinés par le pouvoir en place. Voilà enfin la quête mystique, autant vengeance personnelle que libération du peuple de son tyran, que Nie Cheng attendait depuis toujours pour sortir de sa condition et mourir jeune mais dans une gloire gravée à jamais dans l’histoire.

Pour l’un de ses premiers films, Chang Cheh, scénariste et réalisateur, fait déjà preuve d’une maîtrise classique remarquable. A la manière des péplums bibliques, The assassin s’étale sur une longue période en dépit de son sujet simple mais riche en thèmes universels. Après un début plutôt rythmé, l’ogre s’attarde longuement sur les différentes étapes spirituelles de Nie Cheng plus que sur les détails de sa vie. Il est dès le début prêt à accepter la mission suicidaire de Tien Feng même si celui-ci lui explique sa requête après de longues années seulement. En effet, Nie Cheng veut d’abord se libérer de toute attache et donc attendre la mort de sa mère et le mariage de sa sœur pour accepter la mission du notable qu’il a pourtant deviné depuis longtemps.

Dépeint comme un personnage invincible et intelligent, Nie Cheng n’en reste pas moins un rustre qui s’égare même un instant lorsque son richissime commanditaire lui offre le luxe, la richesse et les concubines à foison. A ce propos, lorsqu’il s’installe dans une auberge peu avant sa mission, il ne résiste pas à commander des musiciennes et choisit bien sa chambre pour profiter une dernière fois des avantages de la vie des grands dont les charmes le bercent dans une sorte d’insouciance rêveuse et lui confère un statut qui est loin de lui déplaire. Un dilemme de plus entre la richesse et la gloire qui porte plus loin encore ce décidément grand Chang Cheh. Son coeur reste pourtant fidèle à son amour de toujours. Une scène montre d’ailleurs une hallucination du héros qui voit sa belle prendre le visage de toutes ses concubines.

The Assassin s’attarde donc longuement (peut-être trop) sur les étapes psychologiques de Nie Cheng, sa pauvreté puis sa richesse matérielle soudaine et absolue malgré qu’il n’ait encore rien fait pour la mériter, les sentiments qui en découlent, les passages à vide du héros et de son essentiel entourage, ses racines qu’il ne veut pas oublier dans sa quête de gloire. Il captive par sa mise en scène, ses décors très classieux, et le talent de Chang Cheh à développer des personnages tourmentés et complexes, plus que par la prestation des acteurs, comme toujours à la Shaw, impliqués mais assez théâtraux. Il offre du kitch à foison certes, des temps morts indéniables, mais aussi du grand cinéma, avec une réalisation qui s’étire, expose un très beau relief psychologique, aborde successivement de nombreux thèmes primordiaux au genre, présente des intérieurs luxueux (notamment chez le notable) à l’espace extrêmement maîtrisé tels les chambaras dont il s’inspire indéniablement. Quelques rares grands espaces sont eux aussi parfaitement rendus (cavalier sur fond de crépuscule), et de belles scènes romanesques (clair de lune au dessus d’un petit pont de pierre, rideaux soyeux et pudique, …) terminent l’ambiance très rigoureuse qui fera souvent défaut à l’ogre par la suite. De beaux travellings tout en douceur, des plans travaillés, des accessoires qui fourmillent et attestent du budget conséquent, des scènes romantiques bien mielleuses (un roulé boulé dans les hautes herbes comme métaphore de l’acte d’amour), et enfin des scènes d’action typiques de cette période, très loin des références chorégraphiques, peu nombreuses mais dantesques, notamment ce final à un contre 100, voir plus ***spoiler***, où Wang Yu bondit en « reverse » et finit par s’ouvrir littéralement le ventre, laisse dégouliner ses intestins et se tranche les yeux à l’épée.***spoiler*** Un ultime combat qui marque déjà une pierre de taille dans la longue série des finals bestiaux à la Chang Cheh. Et pour une fois, le film ne s’arrête pas net sur ce dernier.

Moi qui ne suis pas un fervent adepte des grands classiques qui datent du wu xia trop penché vers le romanesque, j’avoue avoir été totalement entraîné dans ce mælström qui annonce avec brio les autres grands Chang Cheh à venir. Je le préfère même à « Un seul bras les tua tous »…

A noter, la présence des deux plus grands chorégraphes de la Shaw, Tang Chia et Liu Chia Liang, dans l’un de leur tout premier rôle de duo d’assassins à l’écran, et une musique qui reprend déjà des bouts des James Bond de l’époque, passages à la mandoline notamment, aussi réutilisés dans la Rage du tigre entre autres.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/assassin/critiques.html

casttheassassin

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