Calamity of snakes (人蛇大戰) 1983


Une horde de serpents apparait dans une fosse de chantier qui forme les fondations d’un hôtel chic désiré par un promoteur sans scrupule (Ko Yuen). Cette première menace de la meute n’est que le prélude à une invasion plus conséquente. Après quelques attaques éparses sur les ouvriers, le promoteur décide de faire appel à un spécialiste des serpents pour l’aider à éradiquer la menace. Celui-ci découvre que les reptiles sont dirigés par un specimen mâle énorme particulièrement agressif. Il se débarrasse non sans mal de la bête mais attise du même coup et sans s’en rendre compte la colère de la femelle, specimen encore plus gigantesque et destructeur. Le jour même de l’inauguration de l’hôtel, alors que la salle de réception et les chambres sont pleines à craquer d’invités et que la fête bat son plein, les serpents décident d’attaquer en force menés par la femelle remontée à bloc.

Anti frime
4-25
Quintessence de l’improbable dans toute sa splendeur dont il est assez inutile de s’attarder sur le scénario, ne serait-ce que parce qu’il n’existe pas de sous titres à cette chose venue d’un autre monde, Calamity of snakes est un film de serpents (sans blague !!), et sûrement même un film contre les serpents, ou encore le film de serpents des films de serpents. Le message du réalisateur, qui n’est autre que William Cheung Kei, tambouilleur de l’obscur sur des kung fus bisseux dont le merveilleux Ninja vs shaolin guards, est clair et exclusif : « Boouhouu ! Ils sont méchants les serpents, ce sont de sales bêtes qu’il faut exterminer par tous les moyens ».
Aucun intérêt donc, à tenter d’expliquer ce qui se passe en dehors des scènes où les bestioles sévissent. Mise en scène passe partout ou non mise en scène, dialogues visiblement bouche trous ou non dialogues, cinéma dans toute son menfoutisme ou non cinéma tout court, et acteurs inconnus ou au mieux sur le retour. En même temps, allez convaincre une grande star de se faire recouvrir d’une montagne de serpents…
Restent donc LES scènes, uniques, impossibles, hallucinantes d’inconscience pure, véritable ode à un cinéma prêt à tous les sacrifices pour en mettre plein la figure. En gros, des serpents sortis de terre attaquent et ça va faire mal.

[MODE TOTAL SPOILER ON]

Pour mettre dans le bain en guise d’intro suite à un générique déjà extra-terrestre reprenant l’idée de l’image en bichromie angoissante de Killer Snakes, les ouvriers d’un chantier découvrent que la fosse qu’ils creusent est infestée de reptiles. C’est le début du grand étripage en direct et sans trucage. Les ouvriers tapent à coups de pelles pour exterminer les bestioles et une sorte de héros (Kao Yuan) s’empare d’un bulldozer pour préparer une bouillie de serpents mijotant dans la fosse, à coups de pelles mécaniques, avant de mettre le feu au tout. Aucun trucage, aucun subterfuge, tel un documentaire animalier dont le film se rapproche à plusieurs moments, la caméra, sadique, s’attarde sans vergogne sur le massacre. La scène est longue à l’excès et insiste sur les gros plans de spécimens en pleine agonie. Les têtes éclatent sous les coups de pelles ou s’aplatissent comme des crêpes, les bouts de corps frétillent au sol dans un ultime sursaut nerveux, un foi ou un cœur mis à jour sont longuement observés dans le seul but d’obtenir un « beeeurk ! », bref, c’est très fin. La fosse devient rouge sang, jonchée de morceaux difficilement identifiables, et quelques gros plans de jeunes effarouchés ajoutent l’indispensable couche de dégoût de bon aloi. C’est gratuit, c’est infâme, c’est unique, ça rappelle les tortures animales des films d’horreur italiens, ça commence fort. S’en suit de manière totalement gratuite encore une fois, le cours de cuisine d’un spécialiste en mijotage de serpents, scène elle aussi particulièrement insistante où l’étripage en règle est de mise.

Petite attaque prometteuse d’ouvriers en pause majhong, puis débarque un maître en serpents qui ne rigole pas. Le monsieur se laisse mordre la langue par les crocs d’un spécimen et termine par bouffer sa tête à pleines dents, on sent le professionnel en action. Puis, c’est le moment d’un petit passage pédagogique typique du documentaire animalier, où une mangouste est lâchée sur un gros rampant. Combat aux chorégraphies époustouflantes où la mangouste brille d’efficacité. « Laisse bien la caméra observer la mangouste déguster sa proie, ça fait plus crade, c’est mieux ».

Bon jusque là, rien d’extrêmement mirobolant exception faite d’un sadisme prononcé et d’un montage de l’action déjà furieux. Mais Calamity of snake n’a pas encore tout montré, loin de là, sort la carte « surprise Z » pour faire monter la sauce et se réserve un final dantesque de plus d’une demi heure. La meute de serpents sortie des entrailles de l’enfer est dirigée par un « UBER » faux serpent en plastique qui se sert de sa tête tel un bélier, vole dans les airs à grands renforts de sons supersoniques et de câbles à peine cachés. La bête rugissante va donner du fil à retordre. Passons rapidement sur le très sympathique combat maître en serpents / roi des serpents, belle démonstration de plans nerveux raccordés au scotch, où le spécialiste évite de justesse les charges aériennes et termine le travail en écartelant la bête étirée du sol au plafond. Mais, c’est sans compter sur la reine des serpents, specimen encore plus gigantesque et destructeur qui rumine déjà une vengeance à la hauteur de la perte de son roi.

Aaaaah, mais voilà la scène finale, commencez donc par celle-ci histoire d’aller à l’essentiel ! Sommet quasi indescriptible de bis ravageur au montage aussi psychotique qu’un Star Wars Turc. Les serpents ont morflé jusque là, il est donc temps aux hommes de rendre la monnaie : la revanche a sonné !
Petit à petit, lentement mais sûrement, l’invasion d’un hôtel va s’étaler, s’insinuer, entrecoupée de scènes de disco de la salle des fêtes où l’on se bâfre en se marrant. Tout commence par un pauvre vieux seul dans le parking souterrain de l’hôtel qui sort de sa voiture et marche sur un tapis de serpents. Réflexe immédiat, il en piétine généreusement quelques uns et s’enferme à double tour dans sa voiture, accélère ensuite pour nettoyer les grumeaux et se prend un poteau dans la panique. Il se croit en sécurité mais c’est mal connaître la force des bêtes et leur motivation. Elles cassent les vitres tel un bâton qui frappe (d’ailleurs c’est exactement ce qui se passe) et notre innocent se fait totalement recouvrir par la horde visqueuse.

Et, c’est parti !!
La musique psycho 70’s Carpenter s’élance : plans fixes de couloirs dignes de Shining se recouvrant petit à petit d’une nuée sifflante, le tout légèrement accéléré pour abréger la lente reptation et accroître le malaise des tortillements et autres enchevêtrements d’espèces diverses et variées, jeune femme téméraire dans son bain attaquée puis recouverte par au moins dix espèces différentes, du gros ventripotent au petit agile en passant par le tout vert à tête d’iguane, vieux couple assailli dans leur appartement, petite famille décimée, ascenseur destination « je me jette au sol et me roule dans le tas en prenant soin de me recouvrir un maximum de serpents », découpage en règle et au sabre de serpents jetés par dizaines à la figure du héros (scène déjà présente dans Killer Snakes) qui tente de sauver sa fille submergée à l’autre bout de la pièce…
Et boom ! Salle de disco envahie, panique générale, ouverture de la grande porte, déferlement de milliers de serpents entassés comme dans un placard mal rangé qui se vautrent sur la foule réellement en panique (tu m’étonnes), tentative d’évasion par l’escalier, que nenni, attaque en masse de rampants dans l’escalier, sauts échappatoires désespérés pour atterrir sur… encore plus de serpents à terre, bonne dizaine de jeunes femmes en jupes et pieds nus terrifiées, sautillant puis s’ébattant à terre comme elles peuvent au milieu de l’enfer alors que les techniciens leur balancent encore plus de serpents à la figure….
Et reboom !! Les pompiers débarquent, haches, fumigènes, lances neige, lances flammes, on crame et on découpe gaiement en s’attardant de temps à autres sur des cadavres (bien vivants pourtant) d’invités recouverts des méchantes bébêtes, la victoire semble proche, et vlan !!! La reine des serpents remontée à bloc (cf résumé) sort de son couloir et c’est la scène finale où la bête hurle, vole, tue, balance une batterie d’un coup de queue (!!) et finit enflammée et entortillée autour du chef de chantier (le premier à avoir martyrisé les bêtes), ralenti bien long et image fixe finale de rigueur….

[MODE TOTAL SPOILER OFF]

Pour accompagner cette horde déferlante, la musique aussi crispante que criarde est accompagnée de bruitages assourdissants de plus en plus cataclysmiques. Le montage de l’action est très rapide et les plans innombrables de personnes recouvertes, d’abord assez courts, sont ensuite bien plus insistants, comme si tout ce petit monde avait plus de courage au fur et à mesure pour se rouler plus encore dans le bain de reptiles. Les spots de la fête ajoutent encore à l’ambiance colorée et le tout sent très bon l’angoisse pure.

Pièce maîtresse du genre dont les scènes jamais osées depuis ont même été reprises et compilées dans un certain « Serpent’s warrior » américain (1985), Calamity of Snakes reste assez quelconque hors action, mais ses scènes maîtresses et surtout son interminable final de plus d’une demi heure sont tellement uniques et tarées qu’elles valent de l’or chez l’amateur de films déviants de pure exploitation. La note très subjective ne prend d’ailleurs (presque) compte que de ces scènes et de leur caractère unique, extrême, montées à l’arrache pure, transmettant à merveille la folie ambiante. Le reste ne vaut sans conteste pas grand chose mais ce film est décidément trop hallucinant pour être ignoré. Garanted Real snakes inside.

ps : vous ai-je dit que le chorégraphe de cet ovni n’est autre que Robert Tai ?
… What else.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/calamityofsnakes/critiques.html

11/01/2011
http://www.senscritique.com/film/calamity-of-snakes/8931294773130759/critique/drelium/

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