La Vengeance de l’aigle de shaolin (冷血十三鷹) 1978

avengingeagle
Faut se calmer
3-50
Depuis qu’Avenging Eagle est ressorti en édition Célestial, c’est quasiment une avalanche de critiques dithyrambiques qui s’est abattue sur le film de Sun Chung, jusque là spécialiste du polar plutôt que du kung fu. Ce kung fu pian sort du lot de l’époque, est certes bien sympathique, mais de là à le taxer de chef d’oeuvre passionnant, il y a un gouffre que je ne franchirais certainement pas.

Sun Chung tranche avec les gros calibres de l’époque que sont Liu Chia Liang et Chang Cheh et apporte une touche personnelle agréable, s’attache à présenter deux héros loin d’être irréprochables et une mise en scène légère et aérée qui utilise un long flashback de départ pour Ti Lung puis un second pour éclairer les desseins de Fu Sheng, plutôt bien senti. Le scénario a aussi son petit mot à faire passer.
Ti Lung erre dans le désert tentant d’échapper à son sombre passé. Il vient de quitter la bande de pillards des « 13 aigles » dont il était l’un des leaders il y a peu. Après une jeunesse impitoyable élevé à tuer et à piller, il est un jour recueilli par une gentille famille qui lui remet un peu l’esprit du bien en place. Obligé de fuir ses anciens frères pour avoir refuser de tuer, il traverse donc le désert où il rencontre un guerrier solitaire à qui il racontera toute son histoire (d’où flashback sur ce qui vient d’être décrit) et qui va l’aider à se débarrasser un à un de ses anciens frères d’armes pour terminer par son mentor, le maître des aigles, l’excellent Ku Feng. Mais ce guerrier solitaire (Fu Sheng convaincant tantôt moqueur, tantôt dramatique) a aussi un passé plutôt chargé et n’est peut-être pas si innocent, gentil et limpide qu’il n’y paraît.

Sympathique concept de présenter deux héros pas foncièrement manichéens, le scénario d’avenging eagle ne cache pas très longtemps son suspense couru d’avance et ses profils psychologiques vite tartinés. Désolé de refroidir les convaincus mais pas un instant, je ne suis vraiment rentré dans cette histoire où le peu qu’il y a à découvrir se devine bien longtemps à l’avance. Ti Lung surprend pourtant au départ. Lorsqu’il est sauvé par Fu Sheng (le second héros), il pique son cheval et s’enfuit plutôt que de remercier son sauveur. Malgré cette dualité entre son passé sanglant et ses nouvelles résolutions, on ne peut pas dire que l’ambiance aide vraiment à prendre le film pour autre chose qu’une petite aventure divertissante. Il n’y a pas de caractéristiques propres aux souffles épiques des grands Shaw dans Avenging Eagle. Il n’y a pas la magie fantastique d’un Chu Yuan ou la colère sanglante et porteuse d’un Chang Cheh. La mise en scène est du reste assez étrange, tantôt réussie, inspirée et dynamique, tantôt très maladroite, tant dans l’exposition que dans les chorégraphies. Le passage du mal vers le bien de Ti Lung est vite emballé et Fu Sheng n’a pour seul relief psychologique son lourd secret bien vite deviné. Heureusement que ces deux là sont de grandes figures de la Shaw qui savent porter leur personnage avec force.

Tong Gaai offre à nouveau de bons moments techniques et dynamiques (au sol à 99%) et une juste sympathique petite panoplie d’armes (les griffes de Ku Feng, les doubles sabres cachés dans les semelles de Fu Sheng ou le sansetsukon (bâton à trois sections) de Ti Lung). La bande des 13 aigles tente de se la jouer 13 guerriers charismatiques différents avec une arme spécifique et un costume coloré pour chacun, mais on est très loin de la clique de Return of the one armed swordsman par exemple. Deux aigles (Johnny Wang et Eddy Ko) sortent un peu du lot mais le reste passe vraiment loin du mémorable (Dick Wei et ses petites haches à la limite, et encore, on le voit peu), et pas mal des 13 aigles sont à peine aperçus. Du reste, même Johnny Wang et son crâne rasé d’acier n’utilise quasiment pas sa tête pour frapper et fait plutôt pitié avec son petit cercle shaolin (arme dérisoire comparée à sa masse). Quant à la garde personnelle de Ku Feng composée de deux manchots armés d’un bouclier pour l’un et d’une lame circulaire pour l’autre, ils n’ont rien de mieux à faire que de sautiller un moment pour une petite scène comique en plein final, détail, mais totalement malvenu. De plus, certains passages de combats sont vraiment approximatifs. Des combattants restent en position dans l’attente de se faire frapper (oui, c’est évident à la Shaw, mais ça m’a gêné ici :p), des pauses (carrément) de l’image soulignent l’impact d’un coup, original mais pas vraiment convaincant. Des ralentis sympas ajoutent de la tension mais sont trop envahissants et trop systématiques.

A côté de ces bémols auquel je m’attache ici en priorité, Avenging eagle est sympa, sans aucun doute. Ses chorégraphies sont nombreuses, par moments excellentes de dynamisme et montées avec originalité (nombreux gros plans rapides). Ti Lung et Fu Sheng sont convaincants dans leurs personnages tourmentés. Le film a l’avantage d’être bien plus frais que nombre de kung fu pian Shaw et présente deux héros sombres moitié ennemis, moitié amis, qui font face à un excellent Ku Feng, gueulard et charismatique en maître des 13 aigles. Le final a une bonne dose de rage et de réactions impromptues convaincantes, le coup des flashbacks est assez probant et bien utilisé. Bref, c’est un bon Shaw martial mais le chef d’oeuvre, ce sera pour une autre fois en ce qui me concerne.

AVENGINGEAGLECAST

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