Man on the brink (邊緣人) 1981

Street to hell
3-75
Polar d’infiltration précédé d’une réputation élogieuse en dépit de sa rareté, classé un temps dans les 10 plus grands films HK même, ce qui n’est pas rien, Man on the brink suit l’infiltration dans les triades Hongkongaises de seconde zone d’un jeune flic fraichement promu qui va progressivement perdre pied malgré sa droiture et sa situation familiale presque stable.
Les triades n’y sont pas dépeintes comme un monde parallèle magique fait de grands caïds charismatiques classieux. L’infiltration se fait difficilement et par le bas et notre flic intègre, jeune héros de la nation, est parachuté dans les bas fonds de la ville d’où il ne ressortira pas indemne, s’il en ressort. Sa foi en sa mission, en son métier, et son inextinguible ferveur à obéir aux ordres de son chef confiant l’aveuglent bientôt et l’empêchent de réaliser qu’il s’enfonce lentement dans un mode de vie parallèle dont il semble bien difficile de se libérer.

Le fort intéressant mais totalement oublié Alex Cheung choisit un traitement réaliste typiquement Nouvelle Vague HK : social, sec, râpeux et brut de décoffrage. La photo y est inexistante et la caméra, souvent à l’épaule, remuante comme il faut, ne cache pas le manque de moyens flagrants. Sa violence brutale et surtout sa noirceur pesante s’insinuent dans un quotidien pourtant plein d’espoir. Même si la femme du héros et sa famille apportent un peu de douceur, le film s’en va tout droit vers le pessimisme total et le réalisme cru le plus perturbant.

Pour son deuxième film après le bon aussi et presque similaire Cops and Robbers, Alex Cheung ne rigole toujours pas et installe avant tout une ambiance dramatique cuisinée maison. On suit la petite bande de délinquants dans ce que leur vie a de plus simple, vivre dans des cages à lapins, faire la fête, lever des poulettes, s’énerver pour un rien, préparer des casses très impulsifs. De l’arrivée du flic aux brouilles internes de la bande en passant par sa copine qui s’interroge, crise de ne plus être considérée par son mari métamorphosé, revient chez ses parents puis décide de changer totalement d’air alors que son mari semble perdre les pédales, le principal est le choc relationnel et social entre les protagonistes qui sont tous très tourmentés ou le deviennent au fil de la mission.

La mise en scène efficace et sans aucun chichi saisit bien l’urgence des vies à l’écran et sait être dynamique dans l’action. Les acteurs sont impliqués jusqu’au cou, intenses et nuancés, surprenants comparés à une avalanche de film HK hors Nouvelle Vague tellement caricaturaux. Eddie CHAN en particulier, l’interprète principal, maîtrise de belle manière le lent glissement de son personnage vers une certaine anarchie de l’esprit et sa transformation physique tout au long du film ajoute encore à sa crédibilité.
Pour autant, le personnage n’oublie jamais ses vraies origines. Il sait qu’il n’est pas fait pour cette vie et c’est toute cette dualité qui rend son interprétation et le film crédibles. Et finalement l’histoire au relief dramatique indéniable se place dans la même lignée qu’un “Enfer des armes” (director’s cut), c’est à dire en avance sur son temps et presque revendicatif. Quoique tente le jeune policier, au lieu de gravir les échelons des triades et par extension gravir les grades de police et accéder à un statut social privilégié, tout l’amène, le tire inconsciemment vers le bas alors qu’il semble très conscient de sa situation mais qu’elle lui échappe néanmoins irrémédiablement.

Plus subjectivement maintenant, j’avoue ne pas avoir totalement accroché la première fois, certainement avant tout parce que je suis très difficile en polar. Il manque encore une dose de scènes tranchantes, à l’image de son final et de quelques autres (une scène à la Reservoir Dogs bien puissante notamment), pour que Man on the brink explose son carcan de film social et noir à l’histoire bien connue. L’ensemble est aussi volontairement assez désorganisé et saute parfois d’une scène à l’autre pour des raisons chaotiques qui collent au parcours du héros mais véhiculent une errance assez déstabilisante.

Man on the brink n’est donc pas forcément facilement abordable mais reste important et marquant au sein de la Nouvelle Vague HK. De beaux moments tendus, notamment son excellent final, son drame étoffé et ses thématiques radicales raviront l’amateur de polar social sombre et réaliste.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/manonthebrink/critiques.html

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