Lost Souls (打蛇) 1980


Ami(e) du mauvais goût, c’est par ici.
3-75
Peu nombreux sont les cat III Hongkongais qui ont su sortir de la masse grouillante pour obtenir une vraie notoriété et une réputation méritée de film culte et déviant. Les plus cités au palmarès sont sans conteste les deux films d’Herman Yau, The Untold Story et sa séquelle Ebola Syndrome, suivi du fameux Camp 731 d’un certain T.F. Mou. Encore plus rares sont les films de la Shaw Brothers qui peuvent prétendre approcher de tel films tant le fameux studio est souvent loin de ces excès où rien ne compte plus que repousser les limites du mauvais goût.

Un pan de cinéma d’exploitation déviant existe bien à la Shaw avec quelques perles qui ont gagné leur rang dans la Cat III à posteriori puisque le « label » prend effet à partir de 1988. Généralement, ces Cat III Shaw restent plutôt risible (Bamboo House of Dolls par exemple) et encore trop propre dans leur traitement et leur fond pour rivaliser avec un Anthony Wong en rut et contaminé.
Cependant, il était légitime pour l’amateur d’espérer beaucoup de la sortie de ce Lost Souls, pourtant passé complètement inaperçu. Film de prison survival à l’affiche tout à fait équivoque réalisé justement par T.F. Mou, réalisateur sadique qui ne recule en général devant aucun effet scabreux pour atteindre les sommets de la déviance. Qu’en est-il donc au final ? Malgré son fond dénonciateur trop caricatural et propre au réalisateur, le cadre du studio Shaw qui le produit et le bride peut-être encore un peu plus sur certains points bien précis, et l’empêchent d’être porteur et crédible pris au premier degré, Lost Souls est bel et bien un ovni infâme de l’exploitation qui mérite que tout fan de cinéma déviant s’y intéresse.

Tout comme le futur Camp 731, l’histoire de Lost Souls utilise un fait historique, les difficiles conditions, voir les abus rencontrés par les chinois clandestins qui cherchent à entrer à Hong Kong espérant la richesse instantanée. A partir de cette base, nous allons suivre un groupe d’une vingtaine de réfugiés ainsi que trois personnages centraux qui vont tous et plus ou moins facilement se faire capturer puis séquestrer par une bande de cambrousards qui les vendront au plus offrant quand ça les chantera.

A la vue du premier vcd, j’ai eu très envie de lister tout ce qui faisait que Lost Souls ne tient pas debout une seconde, tout ce qui fait que son scénario pourtant traité le plus sérieusement du monde est troué comme le sol lunaire, par exemple que l’un des mâles du trio cherche à sauver ses deux compagnons, sa soeur et un ami, puis la seconde d’après se taille en courant les laissant dans la mouise la plus totale… Mais finalement non, à la vue du deuxième vcd, la liste de détails complètement illogiques serait trop gigantesque pour tout relever, par exemple (vcd 1 toujours) que le groupe de clandestins est enfermé dans une baraque qui a une fenêtre sans volet (!), une baraque presque en ruines dont personne ne tente de s’échapper (!!), ou que les méchants sont 6 et eux 30 (!!!), ou que les hommes même battus à mort trouvent toujours le moyen de cacher pudiquement leur sexe avec de la paille ou du papier journal (!!!!), ou que l’un des prisonniers échappe au courroux des tortionnaires depuis 4 mois parce qu’il a une grenade avec lui (!!!!!!). Balance la gars, ça ira plus vite…

Enfin bref, ce film est complètement décérébré, malade et surtout pas un manifeste pour ces pauvres immigrés qui malgré leurs (faibles) efforts d’en réchapper n’obtiennent qu’à être constamment frappés, violés, torturés, brûlés, tabassés, pendus par les pieds et j’en passe. En somme, un film uniquement voué à montrer des jeunes chinois(ses) rabaissés au rang de bêtes, nus comme des vers, entassés dans une étable puante et utilisés comme des jouets, de dangereux insectes nuisibles que l’on vend comme du bétail marqué selon la qualité.

On est encore très loin, à des années lumières même, du choc psychologique que constitue « Salo ou les 120 jours de Sodom » dont Lost Souls tente de suivre la trace. Simplement parce que Lost Souls ne tient pas debout, n’a aucune portée philosophique ou politique qui le rendrait vraiment choquant, si ce n’est sa conclusion qui tenterait presque à prouver paradoxalement que les chinois sont des abrutis. Les geôliers quant à eux n’ont rien dans la tête et les excès les plus terribles soient-ils, restent toujours plutôt propres sur eux, paradoxalement là encore, et au final assez rigolos (150ème degré minimum requis), dans le pur style exploitation de la cat III. Oui, ces pauvres chinois en prennent plein la tête mais il n’y aura pas de scènes qui les définissent vraiment ni de véritables plans horrifiant pour qui attend de la bonne tripaille, des pratiques hérétiques, bref du cradingue en force à l’image de certaines scènes de Camp 731. Du coup, ce qui semblait très douteux dans ce dernier l’est moins ici. La distanciation nécessaire du spectateur avec cette terrible réalité historique utilisée comme pur ressort spectaculaire y est plus aisée.

Quoiqu’il en soit, la soupe est déjà très relevée et les concurrents rares à atteindre cette bonne grosse quiche. Bamboo House of Dolls par exemple est véritablement un film de Mickey à côté de Lost Souls. La caméra de T.F. Mou est dynamique et très nerveuse avec sa manie de coller au plus près des corps et des visages horrifiés s’écriant au ras de l’objectif. Le rythme y est très bon, tout en crescendo, l’ensemble varié et relevé de pas mal de scènes vraiment mémorables (le coup de la tente notamment) et de plus en plus hystériques, avec un bon gros lot de tortures et de jeunes effarouchées ballottées dans tous les coins. Lost Souls se place finalement en pur film spectacle dans la grande tradition de la Shaw, et évite avec un certain brio le morbide claustrophobique, notamment grâce à son action le plus souvent en extérieur. Reste aussi une poignée d’idées qui véhiculent un minimum de relief, notamment le fait que les cambrousards soient en concurrence avec d’autres et n’hésitent pas à s’en prendre aussi à leurs compatriotes pour obtenir de la chair fraîche, ou cette idée que le seul véritable écho du « paradis » Hongkongais parvient aux immigrés par les journaux qui leur servent de vêtements et de couverture.

Malgré ce quelque chose qui montre que c’est bien du T.F. Mou crétin et non du Pasolini intelligent, cette légère impression de voir subrepticement des acteurs en colonie de vacances qui ne tentent finalement pas grand chose pour échapper à leur sort, ce quelque chose bien Shaw au milieu aussi, ce manque d’excès purement hardcore qui mettrait vraiment mal à l’aise, Lost Souls reste un sacré morceau de Beuuuaaarrrh primate et décomplexé que tout esprit tordu se doit de voir et qui mérite bien son tampon Cat III acquis avec honneur.

Un film crétin et abusé qui en révoltera plus d’un, c’est certain.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/lostsouls1980/critiques.html

26/02/2011
http://www.senscritique.com/film/lost-souls/3231298747725490/critique/drelium/

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