Le Justicier contre la Reine des Crocodiles (Golok setan) 1984

justiciercontrelareinedescrocodiles
Du grand nanar d’action fantasy quoiqu’il en soit.
2-50
Cet étalon du nanar Indonésien dans la droite lignée de La revanche de Samson se révèle aussi décomplexé que routinier pour le connaisseur. Il y a pourtant un bon gros paquet de machins osés et débiles, un premier degré en béton armé, un rythme presque sans faille, des décors naturels exotiques grâce aux paysages très « fantasy » de l’Indonésie. Il y a aussi Barry Prima le justicier mégastar de l’action indonésienne (ce qui n’est clairement pas un gage de qualité), une musique « vintage » sous Carpenter et une VF savoureuse pour tout DJ en quête d’échantillons et de répliques métaphysiques du lourd. Mais en même temps, Le justicier contre la reine des crocodiles (même le titre est unique) reprend tout ce que l’initié peut connaître du cinéma martial et de la fantasy dans un mixe Z glissant dangereusement vers tout nanar qui n’est drôle que parce qu’il est extrêmement mauvais, et uniquement sympa par son look aventurier du pauvre exotique. En bref, c’est très nanar indonésien, forcément me direz-vous.

Ainsi « Le justicier… » est un pur mélange sauce indonésienne de fantasy typique Conan le barbare (ou L’épée sauvage, nanar heroic fantasy US d’un autre pro du genre, Albert Pyun), des clefs de l’action du Bras armé contre la guillotine volante avec en bonus un lot d’excentricités supplémentaires venues des kung-fus taiwanais (Robert Tai 4 ever) et par bribes d’un sous sous sous… sous Ching Siu Tung.

Côté Bras armé… et kung fu taiwanais, on y trouve de la bonne décapitation et autres découpages en règle de mannequins en mousse avec gerbe de sauce tomate, des attaques souterraines et autres déplacements par disparitions successives ninjalogiques, une galerie de méchants spécialistes en leur domaine (une sorcière très moche (en fait une jolie maquillée au lance-bouse) qui n’a pas peur de se faire couper en deux, un gars avec un bâton serpent, un autre avec une guillotine volante (justement), des câbles brièvement, des coups de trampoline et du reverse en pagaille ainsi qu’un montage qui glisse plus ou moins vers le Star wars turc, en restant plus lisible évidemment… Impossible d’atteindre le star wars turc à ce niveau.

Côté Conan le barbare / Heroic Fantasy, toute la trame et les héros viennent de là. Les deux guerriers au torses bombés, barbares à vestes poilues et bandanas pas discrets armés d’épées bien balèzes histoire de contrebalancer leur niveau martial plus que risible, sont spécialistes des punchlines de 4 mots qui se résument en une phrase : viens par là mon coco, tu vas dérouiller. Pour ce qui est de l’histoire hautement mystique, pardon typique, un maître confie à son élève le soin de trouver une épée sacrée pour réduire à néant la reine des crocodiles ; le valeureux jeune guerrier part sur son destrier (à peine dressé d’ailleurs) accompagné d’une combattante amazone hargneuse qui veut elle délivrer son époux enlevé et hypnotisé. Petite originalité shakespearienne, l’ancien second élève et camarade de Mandala (le héros) est passé à l’ennemi pour d’obscures raisons, ou simplement le côté obscure… Tout ce que l’on sait, c’est qu’il n’est pas insensible aux charmes vénéneux de la reine des crocos à qui il demande une petite gâterie avant de partir lui aussi en quête de l’épée… Du coup, ils se retrouvent un instant tous les deux sous l’eau en train de batifoler, une coutume locale pour la métaphore sexuelle sans doute, ou ils ont vu ça dans un film US… Reste que contrairement à Conan, le gentil Barry reste 100% chaste. Le sexe étant un pêcher capital avant le mariage, seuls les deux méchants montrent un chouilla de luxure, mais alors vraiment un chouilla.

La sauce indonésienne quant à elle se caractérise par des décors naturels exotiques qui permettent une bonne variété (vrais lacs, montagne, jungle, grotte, plaine luxuriante, etc), des hommes crocodiles propres au film et assez tordant tant ils ont l’air empêtré dans leurs costumes, des dialogues eux aussi très « exotiques » qui n’ont rien à offrir si ce n’est le rire. La VF est d’ailleurs parfaitement représentative de ces doublages dont l’équipe ne comprend pas un traître mot de l’original mais parvient les doigts dans le nez à inventer sur le tas ce qui se raconte. En bonus, on a aussi droit à un cyclope en carton caché dans la grotte et gardien de l’épée, juste là le temps de gueuler une ou deux fois tel Godzilla en remuant son popotin… Ah oui, on a aussi le vieux maître empoisonné on ne sait comment ni par qui (le mec au bâton serpent sans doute, m’enfin on s’en fiche), sauvé par une mixture de champignons explosifs et à qui Barry devra quand même couper les jambes avec son épée chauffée à blanc histoire d’ajouter une autre scène bien : c’est barbare là, ça rigole pas. Ah, notons aussi le radeau fumant conduit par la mort (un squelette vêtu à la mode grande faucheuse) lors d’une sympathique traversée où le duo héroïque est attaqué par les hommes croco (hopla, paie des sauts en reverse).

Voilà, voilà, ça fait déjà pas mal de friandises, surtout et en particulier la première scène qui est bien tripante et assez longue (la meilleure du film en ce qui me concerne), un massacre au village psyché avec des câbles, de l’amputation latex, le méchant qui arrive sur un rocher volant qu’il a kické juste avant à la Tao Pai Pai, parti du haut de la montagne dont il jaillit d’une explosion genre méchant C-rex, la guerrière et son ombrelle ouragan genre Brigitte Lin du pauvre. Et puis le final contre la reine des crocos dont je laisse la surprise est aussi huilé.

Autant de choses et d’autres qui s’amoncellent généreusement en pure insouciance, avec pour seul objectif de remplir à max le métrage d’action Z et de fantasy Y.

Malgré l’opulente et sympathique adaptation libre aux références taiwanaises, Ching Siu Tungesques et Schwarzenegerriennes mélangées au shaker, le résultat final reste assez routinier du nanar et s’approche plus d’un Star wars turc, en plus à l’aise niveau budget, photo et surtout montage, que d’un décidément intouchable Ninja Final duel… ça y est je l’ai dit. Sans doute parce que très personnellement, le justicier contre la reine des crocodiles, comme tout une montagne d’autres nanars d’action, a beau être le plus rythmé du monde, gore cheap, brièvement câblé, coloré, excentrique et crétin, son action est tout de même bien trop foireuse, et les athlètes bien trop bibendum, tant et si bien que tout ce foutoir reste mou envers et contre tout. Les nombreux trips cheaps c’est sympa mais les kicks mous du genou de Barry Prima, les chorégraphies éléphantesques et les sauts sur trampoline en contre plongée bien nazes qui existaient déjà dans les années 60 à la Shaw, ça va un peu m’enfin bon…. Dommage, il y a un peu d’overcranking pour dynamiser certains combats mais ils sont tellement mauvais, ça change rien, c’est même encore pire. <– (fight addict en roue libre)

Mais bon ok, c'est du gros nanar d'action fantasy, pas de doute là dessus. Une séance en bande avec le pack de binouzes au côté est indispensable. A peine besoin de la télécommande en plus, ça lui donne un certain charme.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/justicierreinecrocodile/critiques.html

04/06/2011
http://www.senscritique.com/film/le-justicer-contre-la-reine-des-crocodiles/1061290190371621/critique/drelium/

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