House (ハウス) 1977


Inclassable.
4-00
Film culte réellement étrange, House est une oeuvre particulièrement inclassable du fait de son mélange improbable. Réalisé par Obayashi, faiseur de clips vidéo et de films expérimentaux reconnu du public, Hausu est à l’origine et dans son fondement un film pour enfants qui se révèle progressivement un faux vrai film pour enfants. Le métrage a pour base une ambiance rose bonbon de collégiennes neuneu qui vont partir en escapade chez la grande tante de l’une d’elle, la plus jolie et la plus secrète. Les filles jouent très mal et sont clairement une caricature digne d’un manga puisque chacune a sa spécialité bien à elle. L’une est intello, l’autre experte en kung fu, une troisième rondelette mange sans arrêt, une quatrième est musicienne, une autre est malade de la photo, et l’avant dernière joue la meilleure amie de l’héroïne, princesse timide et envoûtante. Une musique pralinée accompagne la première partie typique du film romantique adolescent avec une dose supplémentaire et volontaire de niaiserie affichée. Les actrices semblent elles aussi persuadées de jouer dans une série télé digne du « Miel et les abeilles » (sans les abeilles) ce qui est d’autant plus surprenant au vu de la suite.

Car déjà un traitement graphique diamétralement opposé s’installe. Obayashi a comme une envie de dynamiter le moindre plan par des procédés clipesques qui sembleraient tape à l’oeil s’ils n’étaient pas aussi nombreux, parfaitement adéquats et diablement singuliers. L’écran se splittent, des inserts sautent au nez, petits dessins, décor d’appartement surchargé, matpainting bucoliques, montage étrangement disparate, tout est déjà embrumé, mélangé à l’extrême pour emmener le spectateur dans un livre de conte cinétique aussi poétique que surréaliste.

Tout cela semble définitivement cul-cul de prime abord mais c’est sans compter sur la suite et l’arrivée de nos jeunes copines dans cette étrange maison de la grande tante qui se révèle une parfaite sorcière mangeuse d’âme. House accélère dès lors son lot de bizarreries pour un crescendo qui n’arrêtera qu’au générique final. Minuscule exemple révélateur, le film fait mine de se terminer sur la « princesse » et son prince qui l’emmène sur un fier destrier avec un générique dédié, et repart de plus belle pour une éruption volcanique de pitreries horrifiques, expression qui convient parfaitement à House.

La maison s’anime peu à peu, truffée d’objets qui semblent prendre vie, les filles disparaissent une à une dans des situations improbables et reviennent un peu plus tard pour une sensation de perplexité optimale. Bien difficile de décrire alors tout ce qui se passe dans ce rush débridé où le film innocent côtoie toujours l’horreur à l’italienne et le fantastique le plus saugrenu. Un piano mange la musicienne qui se retrouve insérée dans son instrument tel un Tetsuo, la mangeuse de pastèque n’est plus qu’une tête volante, la comtoise avance et recule dans le temps, un chat démoniaque fait des siennes, l’héroïne est possédée et erre à travers les miroirs après s’être désintégrée dans un effet qui annonce Legend of Zu avec 25 ans d’avance, etc, etc. Avec sa musique toute aussi bizarre, ses innombrables effets constitués d’images découpées sur la pellicule tel un puzzle chaotique, et ses décors peints dignes d’ « Hansel et Grettel » baignés d’une lumière blanche, mouate et diffuse, House démontre un festival d’inventivité dont le goût artistique se révèle aussi poussé et vertigineux que kitch et nauséeux.

Tout pourrait sembler typique d’un certain genre si cette ambiance légère et enfantine n’était pas solidement ancrée et constamment contrebalancée par l’horreur et le surréalisme. Le mélange bien que poussé à l’extrême ne se veut pas évident et parvient ainsi à perdre le spectateur dans cet univers à part autant que ces jeunes ados se perdent dans les dédales de cette maison folle. Et même si au final, le scénario ne raconte pas grand chose d’intéressant, House se veut un ovni graphique à l’ambiance unique et réussit pleinement sa mission au point de s’afficher définitivement comme un film culte qui plaira ou non, mais qui a de fortes chances de laisser des images fortes gravées dans le cerveau du spectateur.

En bref, House est un peu au film pour enfants ce que « Meet the feebles » est aux films de Muppets avec une dilution accrue entre le genre qu’il aborde et le trash qu’il expose ce qui le rend plus subtil tout en restant très naïf. Avis aux amateurs de bizarreries filmiques nippones.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/hausu/critiques.html

http://eigagogo.free.fr/Critiques/house.htm

05/10/2010
http://www.senscritique.com/film/house/1011288375208038/critique/drelium/

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