Dead End (死角) 1969


Un grand Chang Cheh ………………………. même si perso.
3-50
Oeuvre de début de carrière, Dead End est un peu la « Fureur de Vivre » de la Shaw où le jeune premier Ti Lung incarne le James Dean local, dirigé par un Chang Cheh déjà au sommet, ici dénonciateur du système cloisonné de l’époque.

C’est le premier grand rôle de Ti Lung après sa brève apparition dans Le bras de la vengeance où Chang Cheh a repéré sa belle gueule. Il se révèle assurément un choix très judicieux. Dead End peut même légitimement nous interroger sur la place proéminente que David Chiang prendra aux yeux du public local devant Ti Lung tant ce dernier crève ici l’écran par sa présence et son charisme.

La scène d’ouverture de Dead End est superbe * : une présentation dénuée de dialogues qui met parfaitement en exergue la situation à Hong Kong en cette fin des années 60, exposant en parallèle la vie des riches et de leurs enfants dans des villas luxueuses d’une part, où parties de pétanques sur une pelouse digne d’un terrain de golf et jeux dans la piscine, le tout avec un très beau ralenti suspendu, sont entrelacés avec Ti Lung d’autre part, perdu dans ses rêves de liberté, qui regarde par la fenêtre de l’immeuble d’assurance dans lequel il travaille et observe à distance une activité frénétique et une circulation inarrêtable accentuée par un accéléré très bien senti. Le pauvre jeune employé de bureau bien incapable de se concentrer sur son travail de dactylographie se perd vite dans ses pensées, là encore avec un très beau ralenti qui le montre s’étirer de lassitude.

Le film en lui-même est une romance et un drame social bien connu du cinéma et donc un film non martial, ce qui est assez singulier dans la filmo de Chang Cheh pour être noté. Le jeune et fougueux Ti Lung et son ami mécanicien David Chiang, tous deux issus de la classe moyenne, tombent par hasard sur une jeune et jolie demoiselle (Li Ching) et c’est le coup de foudre immédiat entre elle et Ti Lung. Évidemment, celle-ci vient d’une famille très riche et respectée et vit seule avec son frère et sa horde de gardes du corps dans une villa luxueuse surprotégée d’où ne sort de temps en temps qu’une Rolls dont toute la ville parle.

Se greffe là dessus l’amie de Zhang Chun (Ti Lung), une jeune hôtesse de bar finement interprétée par Angela Yu qui préfère acquiescer l’amour de son amant pour sa jeune et belle fleur plutôt que de perdre son homme à jamais en s’interposant. Une attitude qui lui revient bien vite en pleine face lors dune belle scène où elle se regarde dans son miroir et prend conscience de l’insoutenable situation dans laquelle elle croyait pouvoir vivre.

Zhang Chun n’est pas foncièrement malheureux puisqu’il vit dans une sorte de doux cocon rêveur renforcé par sa mère qui tient un magasin de jouet chez qui il peut se reposer tranquillement et profiter de son jeune frère. Sa mère ne lui demande même pas de trouver un travail et avoue elle-même pouvoir subvenir à ses besoins. Confondant ouvertement réalité et cinéma dont il semble grand amateur, Zhang Chun n’a donc pas la moindre envie de s’intégrer à une société naissante de salary men sans personnalité qui croulent sous le travail et préfère de loin partir en escapade avec la superbe décapotable de son ami David ou fumer deux clopes à la fois pour, comme il le dit lui-même, « doubler le plaisir », ou plus implicitement brûler la vie par les deux bouts.

Tout cela serait donc pour le meilleur si le frère aîné (le machiavélique Chen Hung Lieh) de son amour Wen Rou (littéralement « gentille, douce ») ne voyait pas d’un très mauvais oeil leur relation. Ti Lung, honnête, incapable de mentir, intègre mais rebelle dans l’âme et très impulsif n’apprécie pas du tout le regard que ce frère porte sur lui et c’est évidemment là que les ennuis vont commencer.

Chang Cheh a déjà montré son goût pour l’expérimentation cinématographique dans ses premières réalisations comme Golden Swallow, Vengeance ! ou The Assassin et cherche encore ici de nouvelles idées de mises en scène qui brillent par leur cohérence, leur originalité et leurs origines qui vont bien au delà du style Hong Kongais. On y retrouve en premier lieu son goût pour les travellings subtils et les ralentis chers à Sam Peckinpah dont Cheh est un fervent admirateur, son goût de début de carrière pour les ambiances suspendues presque japonaises ensuite, l’organisation géométrique du plan, les lampes et autres lampadaires qui viennent habiller le premier plan fixe, ainsi que d’autres idées minimalistes comme les gros plans sur des objets clefs (le 13 de l’étage où habite Ti Lung) tel un léger parfum de giallo (Les Frissons de l’Angoisse), ou ce passage typiquement romantique en succession de scènettes où le couple vedette se pause sur un banc au milieu d’un décor vide blanc immaculé, comme le ferait Suzuki, le tout lié par un dialogue d’amoureux en voix off pour renforcer la force de leurs sentiments secrets. D’autres idées de mise en scène pullulent. Ainsi, lors des courts moments que Ti Lung et Li Ching passent ensemble, une grille, un grillage ou un mur font presque toujours office de barrière entre les deux amants signifiant plus encore la distance et l’impossibilité de concrétiser leur amour. De même, l’image de la voiture, objet de liberté par excellence, est capitale et distillée tout au long du film. La décapotable de David en est la parfaite incarnation, la rolls un autre élément qui creuse le fossé entre les deux amoureux, et le cimetière de voitures de la scène finale est lui aussi on ne peut plus explicite. Notons pour finir l’utilisation d’une sorte d’épanchement du cadre avec la montée de la dramatique, une trouvaille unique en son genre. Autant d’idées qui attestent du soin extrême apporté par Chang Cheh dans ses premiers films, lorsqu’il prenait vraiment son temps pour bien réaliser. Et Dead End de prouver une nouvelle fois que cette première partie de carrière est bien la plus aboutie de l’ogre de la Shaw.

Le portrait de cette jeunesse un peu perdue mais libre, volontaire et énergique, apporte un écho culte immédiat à Dead End magnifiquement catalysé par un Ti Lung impérial, véritable James Dean HK. Son athéisme revendiqué très osé à l’époque, ajoute encore au charme du personnage et l’escalade vers un final tragique ne fait pas l’ombre d’un doute. D’un autre côté, sa relation intéressante avec David Chiang ne semble pas assez développée, Chang Cheh se concentrant quasi exclusivement sur son héros. Wen Rou quant à elle n’a finalement que très peu de dialogues, comme souvent pour les femmes dans les films de Cheh qui relèvent plus d’une idée de l’amour et de la féminité que d’un véritable personnage incarné. Le nom de son amoureux est ce qui revient le plus souvent dans sa bouche comme un appel lointain sans réponse. Ajoutons la scène clef où Ti Lung attire Wen Rou dans une maison de passe en la déguisant en homme ; une idée pour la moins saugrenue qu’il semble difficile de justifier.

Dead End se pause sans nul doute en grand classique de début de règne de Chang Cheh, maîtrisé et poétique à souhait.
En attendant, son pitch ultra connu d’amour impossible, sa linéarité, son côté désuet et ses moments kitchs poids lourds (le rebelle aime courir au ralenti dans les champs en riant avec sa belle) ne sont pas franchement ma tasse de thé, tout comme le premier One armed swordsman attestait d’un penchant romantique daté qui ne m’avait pas non plus pleinement emporté. Toujours est-il que pour découvrir un autre grand Chang Cheh et peut-être le meilleur rôle de Ti Lung avec Frères de Sang, Dead End est une valeur sûre que l’amateur se doit de visionner.

* Hormis un premier zoom sur Ti Lung étonnamment maladroit.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/deadend/critiques.html

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