Death Warrior (Ölüm Savasçisi) 1984


Cuneyt Arkin. Tout est dit… Ou presque.
4-00
Quiconque n’a jamais vu un film turc avec Cüneyt Arkin ne peut imaginer ne serait-ce qu’une once du niveau Z de ces films. C’est simplement le champion du monde toute catégorie, du 250% pur jus de nanar, et ce même chez les spécialistes les plus érudits en la matière. Tellement incroyable de nanardise que tout esprit normalement constitué se doit d’être extrêmement bien préparé mentalement afin d’affronter une telle avalanche de…. Y a pas de mot.

Maintenant, pour qui a déjà découvert le fameux Star wars turc, il est aussi ardu d’imaginer que Cüneyt Arkin est une mégastar dans son pays qui a joué dans plus de 300 films d’action / aventure de toute sorte à priori tous plus ou moins du même acabit. Death Warrior est une autre « perle » sortie d’outre tombe qui atteint pourtant sans mal le niveau du Star Wars turc, avec un léger bémol quant au caractère science fictionesque qui pousse toujours le nanar dans ses ultimes retranchements. Death Warrior se déroule de nos jours (enfin 80’s) mais, bien heureusement, l’ennemi est le ninja turc. Et le ninja turc, croyez-moi, c’est quelque chose. Plus que cela encore, Death Warrior est réalisé par LE psychopathe de la tronçonneuse-monteuse turque, Çetin Inanç, déjà responsable du « Star Wars Turc » et de En Büyük Yumruk (autre cinglerie turc notoire toujours avec Cüneyt),

Afin de tenter une nouvelle fois d’approcher la substantifique moelle du cinéma d’action turc option Çetin + Cüneyt, et de Death Warrior en particulier, listons par thème :

L’image : pourrie de chez pourrie, choppée sur la télé turque et rippée d’une vhs agonisante.

Le héros : Cüneyt Arkin, invincible, indicible, inébranlable, connaisseur des meilleures prises de catch WWF, imitateur diplômé d’expert en arts martiaux, maître du trampoline filmé en contre plongée, du saut de tête, de la roulade, de la carpette, de la planchette, des clefs de bras, de jambes, du plan facial héroïque dans toutes les positions imaginables, charmeur au physique d’Alain Delon la cinquantaine frémissante, enragé notoire, capable d’arrêter 15 flèches avec une planche de 10cm de large en un clin d’oeil mais aussi de décocher 10 flèches en un autre clin d’oeil pour mettre à terre 15 ninjas, etc. Bref, martialement, Bruce Lee est une lopette à côté des kicks, des sauts, du jeu de jambes et des atémis de Cüneyt, tout comme Sonny Chiba est un pauvre oisillon à côté des mimiques, des grimaces, des poses, bref du charisme de Cüneyt.

La musique : mix à la machette qui pille une fois de plus sans vergogne, sans limite, sans technique et sans logique dans : New York 1997 (les katas de Cüneyt sur la musique de Snake Plissken, du grand art), Psychose, la Planète des singes, James Bond, Rambo, etc, et cerise sur le gateau : quelques secondes du thème de Wong Fei Hong !!

Les effets sonores : un art qui prend une dimension autre dans Death Warrior qui respire le manque de thune : les combats très nombreux ne peuvent être synchronisés normalement, comment faire ? Pas de problème, les turcs ont des solutions pour tout. Prenez un passage d’un film de Bruce Lee où il miaule et frappe à tout rompre, découpez et posez ça à l’arrache par dessus un combat Cüneyt Versus Ninjas, ajoutez quelques cris supplémentaires venus de IK+ (jeu de karaté sur Atari / Amiga), resserrez à bloc les intervalles, superposez même, et le tour est joué. En plus des cris de Bruce Lee omniprésents, les turcs aiment barder la bande sonore histoire d’ajouter à l’intensité de ce qui se passe. De ce fait, deux voitures de police paraissent une horde lorsque 30 sons de girophares beuglent en même temps. De même, qu’il n’y ait qu’une seule moto ou une dizaine, immanquablement, nous avons droit au même son, une course de motos cross inaudible qui peine à s’interrompre lorsque Cüneyt s’arrête seul au milieu d’un champ.

Le montage : on touche ici à la substance même du nanar turc et en particulier de Çetin Inanç, c’est n’importe quoi et le mot faible, tellement n’importe quoi que l’impression se dégageant d’un tel film ne peut être palpée qu’en imaginant son montage. La logique y est plus que secondaire, une scène passe à l’autre totalement différente d’un coup de hachoir, tout ce qui est action est accéléré à mort, Cüneyt poursuivi en moto descend une colline, puis la remonte tout de suite après, puis la redescend, et la remonte, le tout 6 ou 7 fois, et on a une poursuite à motos. Une ombre, un homme qui crie, un couloir, en quelques secondes, un meurtre vient d’avoir lieu en plein milieu de l’action que l’on croyait presque suivre. La répétition rapide d’un même plan dans un intervalle des plus court est aussi une des marques de fabrique turc comme peut le montrer 10 plans identiques très serrés de tir à l’arc qui ajoutent merveilleusement aux capacités surhumaines de nos combattants.

Les trucs typiquement turcs : des trucs bizarres qui surgissent un peu partout, un truc vert en plastique avec un oeil au milieu qui saute à la gorge de Cüneyt (apparemment une femme possédée qui se transforme en cookie de caméléon volant), un zombie en papier mâché encore plus moche que ceux du Star Wars qui attaque sans qu’on sache pourquoi ni comment, une faucheuse sur fond jaune juste là pour faire peur 2 secondes, des flashs blancs et crades qui simulent la violence, …

Les références : Death Warrior pointe nettement vers Evil Dead à plusieurs reprises, caméra à l’épaule pour des travelings dans les fourrés ou dans le couloir d’une maison, gros plans terrifiés qui bougent dans tous les sens, attaque de branches tueuses. Sam Raimi n’est pas loin et en même temps tellement, tellement loin. Les Guerriers du Bronx, Jimmy Wang Yu et Sonny Chiba sont aussi de grosses références, plus que les films de ninjas au final.

Les ninjas : tout au long du film, un barbu gourou ninja briffe ses troupes, montre sa puissance, esquive et torgnole à tour de bras, tue même ses propres hommes dans un festival de karaté improbable avec voix off intraitable. De même, des notables friqués parfaitement inconnus se font expressément assassinés par moments, manière unique de transmettre l’oppression du gang qui ressemble bien plus au final à un amical du KKK anti capitaliste adepte du karaté et de quelques techniques lévitatoires qui leur permettent de prendre le contrôle mental de lierres ou d’un caillou. Peu au fait des vrais techniques ninjas, ces gars là font pourtant peur, réellement.

Les purs instants nanars : en plus de tout cela, il reste encore d’autres moments, une tonne, où l’instant nanar se superpose. Cüneyt dérape à moto (gros plan de Cüneyt qui tourne la tête façon Star wars turc), prend l’avion (incrustation d’un ciel derrière la tête de Cüneyt et stock shot d’avion s’envolant et rentrant son train d’atterrissage), enlève son casque (et se tape la mâchoire oubliant la sangle), … Cüneyt peut prendre à de rares instants l’air un brin gêné, mais juste 1/4 de millième de seconde, le temps de se retourner d’un seul coup d’un seul fixant la caméra avec son regard de braise inimitable, les jambes en position agressive, les bras et doigts écartés tendus vers le bas, eux aussi inimitables…

Les combats : minables comme c’est pas permis dans tous les compartiments et en même temps terriblement nerveux, dynamiques et familiers avec d’authentiques prises de catch. Indescriptible, il faudrait un livre entier. ça se rapproche au mieux du karaté-lutte des films d’action Bollywood de troisième zone, en dix fois pire et sous acide.

L’ambiance : sérieuse, imperturbablement sérieuse, 100% premier degré, ce qui fait toute la différence entre le vrai nanar parfaitement involontaire, et le faux nanar, la parodie volontairement minable qui ne peut et ne pourra jamais atteindre la quintessence d’une équipe qui veut sans relâche aller au bout de son « oeuvre ».

Bref, la liste pourrait durer des heures tant c’est plein à craquer jusqu’à plus soif. Du reste, aucun mot ne saurait correctement retranscrire la vision d’un film d’action de Çetin Inanç avec Cüneyt Arkin.

Malheureusement, il n’existe pas de sous titres à Death Warrior au contraire du Star Wars turc (qui a même ses sous titres français) ce qui est fort dommage vu son milieu de métrage assez généreux en dialogues qui ont clairement l’air aussi mastodontes que le reste. En entendant la post synchro du chef ninja déclamer les sources de sa force à ses troupes de karatékas ninjas turcs, le potentiel semble se décupler encore et encore.

Pour finir, notons que, comme dans le Star Wars turc, le premier et le dernier quart d’heure se placent à un niveau encore plus inatteignable que le reste. L’envie du réalisateur de pousser l’action et le suspense dans ses derniers retranchements apporte encore et toujours une dose supplémentaire de montage sous acide, de trucs indescriptibles et inexplicables, notamment un tabassage de mannequin en paille enflammé qui a de quoi retourner la tête du plus aguerri des bisseux.

Même, si Death Warrior comporte moins de bestioles bizarres, peu de stock-shots ovnis, et un milieu un brin plus calme que le Star Wars, il a d’autres atouts, ses combats, son penchant Raimien, ses motos, ses ninjas et plein d’autres surprises, qui le place très haut au firmament du Z. Mais jusqu’où peut aller Cüneyt Arkin ? Seul un fou au fait de toute sa filmo pléthorique peut y répondre mais sachez que Death Warrior fait d’ores et déjà office d’autre diamant brut, surréaliste et naïf jusqu’à en faire le bonheur de la jeunesse turque, et sans aucun doute celui de l’amateur.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/deathwarrior/critiques.html

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