The Witch with flying head (飛頭魔女) 1982


Culte. Note d’estime puisque impossible de tout bien saisir.
3-75
Ce film est vraiment tout à fait particulier et il est vraiment regrettable qu’aucun sous titres ni aucune copie honorable n’existent hormis un rip quasi introuvable d’une vieille vhs chinoise à l’agonie. A elle seule, l’histoire semble loin de n’être qu’un accessoire au fantastique. Witch with flying head est indépendant, dirigé par un parfait inconnu et son budget est des plus limité. Pourtant, le côté bis involontaire, mais appuyé, est supplanté par une ambiance moite, obscure, crue et des effets gore particulièrement sanguinolents, le tout sur fond de mythologie asiatique. Le sang généreusement déversé n’est d’ailleurs pas pour une fois de la peinture rouge peu crédible mais un liquide fortement rougeâtre beaucoup plus convaincant.

Au coeur d’un cadre féodal classique, quelques décors typiques réalisés avec les moyens du bord et de petits acteurs au jeu théâtral prononcé de rigueur, surgit en total décalage une tête de sorcière volante aux dents de serpents proéminentes montées sur la mâchoire inférieure, qui surmonte une colonne vertébrale recouverte d’entrailles à l’air libre, coeur, poumons reins, tout y est. Ce monstre mythologique bien connu des pays d’extrême orient, dénommé Penanggalan, qui signifie littéralement « tête aux intestins dansants », est une sorte de vampires qui sévit la nuit et suce le sang de ses victimes pour survivre, en particulier celui des enfants dont elle raffole. Le jour, la tête revient se poser sur ses épaules. La jeune femme, la belle derrière le monstre, réapparaît alors et ne garde aucun souvenir de sa nuit. C’est le plus souvent un maléfice qui lancé sur la belle fait naître le monstre, ici un serpent jeté par un sorcier qui hante les entrailles de la jeune femme et réveille le monstre lors de fortes émotions un peu à la manière de Hulk. Ce personnage pour le moins singulier circule principalement en Indonésie et en Malaisie et se retrouve dans un nombre très important de films comme Penanggalan (1967), Queen of Black Magic (1979) ou encore Mystic in Bali (1982) mais cette tête volante Taïwanaise semble bien être la première dans son genre.

Le traitement choisi pour ce film comporte plusieurs points remarquables. En premier lieu, il s’agit davantage d’une lutte entre les deux côtés qui tiraillent la jeune femme. Elle se retourne contre son créateur à la manière de Frankenstein et n’accepte en aucun cas sa condition à la différence des monstres HK extrêmement basiques de l’époque qui sont aussi méchants qu’un méchant de Sentaï. Witch with flying head va beaucoup plus loin que cela et c’est véritablement le tiraillement constant entre la jeune femme et le monstre qui fait une grande partie de sa saveur. Se greffent deux soeurs qui la soutiennent, son enfant qui va naître, qu’elle aime mais doit protéger d’elle même, un sorcier et deux sorcières insidieux, deux exorcistes shaolin et un maître barbu venu de loin, ainsi qu’un jeune homme protégé par un sceau du serpent qui aide notre maudite. Bref, il y a matière.

Plus encore, l’anatomie du monstre lui-même, sorte de serpent humain volant tripes à l’air, a quelque chose de très troublant, comme si le bas nu, sanglant et affamé contrôlait le haut, la tête d’une jeune et jolie jeune femme déformée par la soif de sang et la bête qui l’envahit. Ses apparitions, Ses exactions, son attitude zombiesque, son regard vitreux qui contraste avec la douce peau blanche de la belle et sa fragilité diurne, ont ce quelque chose de fascinant qui fournit un décalage brutal avec le conte féodal d’un classicisme kitch usuel. A coups de zooms Chehiens, de translations rapides, de gros plans au ras du visage toutes canines devant, de tremblements de caméra, de vues subjectives, de cuts brutaux, de passages de la tête hors cadre, de contre plongées et de nombreux moments de sanglance étonnamment probant, la tête volante fait réellement figure de mythe vivant au milieu du film, d’intrus tenace qui revient chaque nuit et disparaît à l’aube, un monstre que l’on a beaucoup de mal à déloger malgré les puissants exorcismes placés à son encontre. Le rythme de l’ensemble est aussi élevé et mélange les fragrances de la magie chinoise vieillotte extrêmement kitchs et datés il faut bien le dire, et une voie toute autre plus proche du gore italien. D’autres effets eux aussi rudimentaires sont régulièrement utilisés avec soin pour que chaque passage laisse une empreinte aussi pittoresque que marquante et malsaine. On notera donc plusieurs effets réellement crades comme des coups de haches dans le coup, des corps déchiquetés de serpents vivants, des entrailles d’animaux forcément réalistes, le serpent source du mal qui erre sur un tapis de boyaux lorsque la métamorphose approche. Là aussi, il y a matière. La jeune actrice qui joue le Penanggalan est de plus assez troublante, tantôt gentille limite niaise, tantôt possédée armée d’un regard sanguinaire limite effrayant.

La bande son n’est pas en reste et participe largement à l’ambiance, elle est excellente et parfaite pour transmettre la terreur. Battements de coeur, souffles démoniaques et grincements au synthé vintage flippant se mélange à une musique étonnamment moderne, sombre et adéquate. La musique du générique n’est autre que le thème principal de Conan le Barbare écrit par le grand Poledouris en 1982 et d’autres musiques de Conan ou de Star Wars, ainsi que des musiques de The Black Hole (1978) et Star Treck 2 (1982) terminent l’habillage.

NB : Non utilisés dans ce film, le Penanggalan possède d’autres pouvoirs plus « bis » utilisés dans des films tel que Mystic in Bali, comme un liquide mortel qu’il éjecte de ses intestins où l’utilisation de ceux-ci comme des tentacules, caractéristique largement utilisée par la suite au Japon.

Pour les hardcore, le film, pourri et sans sous-titre :

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/witchwithflyinghead/critiques.html

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