Le Maître d’armes (霍元甲) 2006


Plante du riz, t’auras tout compris.
4-00

Ronny Yu et Jet Li reviennent aux pays après un enchaînement de films occidentaux loin d’avoir fait l’unanimité et pas mal de questions quant à la réussite de cette grosse machine martiale. Le réalisateur souhaite revenir aux sources des récits d’époque du cinéma hk et emprunte à l’histoire chinoise un personnage principal prometteur pourtant peu traité au cinéma, Huo Yunjia, redoutable maître qui sévissait à Tianjin en 1895 et n’avait pour seul idéal que dominer ses adversaires, l’un des plus célèbres descendant de l’enseignement du temple shaolin originel s’il en est, est aussi le créateur de l’institut Jinwu, école résolument progressiste qui dérangeait sensiblement les Japonais alors en pleine conquête politique. Le personnage dépeint ici comme arrogant et dominateur et l’orientation martiale sans concession accompagnée de Yuen Woo Ping aux chorégraphies laissaient entrevoir une possible réussite se démarquant des clips esthétiques en vogue, accentuée par le soit disant dernier rôle martial annoncé de Jet.

Et en effet, à partir d’une histoire on ne peut plus primaire, Ronny Yu propose un kung fu noble et hargneux comme on en a pas vu depuis un bail (Fist of Legend dont le récit fait suite à cette histoire puisque Chen Zen n’est autre que le disciple de Huo Yunjia). Le plaisir de découvrir Jet Li en particulier, dans un rôle de maître arrogant et irrespectueux, est indéniable. Capable ici de restituer une palette de sentiments primaires mais justes qu’il avait expérimenté dans Danny The Dog, le plus connu des fighters HK impose enfin un charisme ou du moins une vraie présence comme la conséquence de sa dure expérience occidentale qui semble finalement payer. De l’arrogance à la naïveté en passant par la rage et le dépit, autant de sentiments basiques certes, mais que Jet maîtrise désormais au point de crédibiliser un vrai anti-héros qui l’éloigne enfin du trop lisse et gentil Wong Fei Hong qui lui a longtemps collé à la peau.

Débutant par trois combats apéritif en flashback qui laisse déjà leur petite impression, puis glissant généreusement vers une violence qui rappelle de bons souvenirs (Bruce Lee), Fearless offre à l’amateur de quoi se rassasier avec un joli nombre de combats divers de plus en plus violent jusqu’au passage dans la maison de thé furibond qui rappelle les meilleurs moments des perles wushu 90’s. Autour d’un fil rouge on ne peut plus basique mais correctement huilé et clairement destructeur qui fait la part belle à Huo Yunjia plutôt qu’à son école, la mise en scène claire et travaillée de Ronny Yu, une très jolie photo, des athlètes au top et un Jet Li indéniablement habité et motivé font de cette première partie un vrai plaisir déjà incontournable pour l’amateur. Côté Yuen Woo Ping, les retrouvailles avec Jet Li sont une vraie réussite, les chorégraphies wushu fluides et nombreuses proposent deux gros morceaux (la tour pour l’aérien et la maison de thé pour la destruction sauvage) étonnamment bien accompagnés d’une dose conséquente d’affrontements secondaires et de seconds rôles physiquement très solides. A part quelques rares inserts, les sfx virtuels restent discrets et efficaces et c’est tant mieux. Les chorégraphies se démarquent clairement des classiques précédents aussi bien que des mixtures esthétisantes récentes, moins de speed bourrin 90’s, plus d’espace, de composition graphique et de sfx modernes, mais la technique martiale, la violence des coups, et la qualité, l’éclectisme des adversaires est là et bien là.

Après ces 50 minutes intenses en action sèche qui se terminent sur une dramatique brutale, Le Maître d’arme se poursuit de manière beaucoup plus conventionnelle en proposant un noeud scénaristique pré mâché extrêmement proche du Dernier Samouraï puisque Jet Li atterrit en pleine campagne reculée pour une petite demi heure typiquement rédemptrice où domine le calme, la nature omnipotente et une jeune femme plus qu’accueillante et débordante de beauté, superbe Betty Sun. Cette partie bien dégoulinante heureusement assez courte expose à peu près tous les clichés inhérents au repos salvateur du guerrier en bout de course mais garde une belle noblesse avant tout par la beauté du lieu. Frappé par une révélation mystico-spirituelle en pleine culture des champs de riz au milieu des autochtones, Huo Yunjia se ressource alors que cette retraite aplanit à grande vitesse tout relief de fond que Ronny Yu compense avec de superbes panoramas extérieurs filmés dans la province de Zhejiang et rappelant par instant le paradis d’un certain village Hobbit (sauf qu’ici, tout est 100% naturel).

La dernière partie referme assez adroitement le tout avec tout d’abord l’australien Nathan Jones (2,10 m, 160 kilos), bestiau toujours aussi ravageur repéré dans l’Honneur du Dragon, puis s’achève sur un très beau pré-final avec un impeccable karatéka japonais qui termine joliment le petit hommage respectueux à Liu Chia Liang et son légendaire tournoi dans Heroes of the East.

S’il ne se centre pas sur la vengeance pure ou l’apprentissage martial façon old school, Fearless suit tout de même un scénario typique des classiques HK, une réflexion primaire et tourmentée sur la voie martiale plus ou moins malaxé avec le Jet Li de Danny the dog pour la rage aveugle et Le Dernier Samouraï pour la partie rédemption où Ronny Yu parvient à un résultat aussi simple qu’efficace. Il me semble donc légitime de passer outre la mièvrerie de certains passages et le basique de l’histoire tant le récit fluide, la prestation de Jet, les chorés nombreuses d’un Yuen en forme, la magnifique photo, le contexte historique appétissant et pas mal d’autres choses en font le meilleur gros machin HK depuis des lustres.

Largement moins audacieux qu’un Seven Swords que ce soit sur le fond ou la forme, Ronny Yu reste prudemment dans un récit rabâché de ficelles du cinéma US et de l’action classique HK mais il le fait bien et propose un spectacle beaucoup plus violent au final qu’un 7 swords qui s’annonçait à tort barbare. Il ne passe pas à côté du principal pour un film martial, un héros tiraillé un minimum consistant, une philosophie martiale noble et des combats nombreux et percutants, joliment équilibrés entre le terrestre âpre et l’aérien discret, entre la technique martiale pure et la technologie moderne avide d’apesanteur et d’angles impossibles. Un kung fu pian résolument moderne qui fait du bien.


http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/fearless/critiques.html

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