Opium and the Kung-fu Master (洪拳大師) 1984


Terminal Tang Chia
4-00
Tang Chia, éternel second chorégraphe de la Shaw, réalise ici son troisième et dernier film en 1984, soit un an avant la fermeture des studios. A l’image des 8 diagrammes de Wu Lang de Liu Chia Liang, Opium and the kung fu master est lui aussi un film en bout de course baigné dans une dramatique très poussée, une noirceur plus forte que dans ses précédents spectacles qui respiraient davantage l’allégresse, même si le chorégraphe réalisateur aime toujours la comédie accompagnée de quelques passages brutaux menant à de violents combats de groupe. « Opium… » utilise de surcroît la fameuse drogue comme catalyseur de tous les malheurs ce qui fait sa singularité mais ne va pas sans dérapage et témoigne une nouvelle fois et inconsciemment de l’état d’urgence de la Shaw à cette époque.

L’équipe présente réunit une bien belle brochette très expérimentée parmi lesquels Chen Kuan Tai, Lee Hoi San, Philip Ko Fei, Robert Mak et un Ti Lung une dernière fois impérial, d’une classe évidente, rongé peu à peu par la drogue clairement établie comme le diable insidieux. Comme de coutume avec Tang Chia, les combats kung fu pian sont très bons, bien que l’on pourra s’interroger sur l’accélération outrancière de la première scène et le final bon mais assez vite expédié. A la différence de ses deux précédents énormes show spectaculaires que sont Shaolin prince et Shaolin intruders, Opium…, pourtant clairement dans la même lignée, propose un peu moins de combats et tend à davantage à renforcer la dramatique par l’opium qui dévaste la motivation et transforme les élèves en faiblards impotents.

Ti Lung lui aussi accro sans se l’avouer traverse alors plusieurs étapes intéressantes face à ses élèves et à lui-même pour finalement affronter ses responsabilités. Plus encore, la mort frappe brusquement où on ne l’attend pas. L’ennemi belliqueux à souhait utilise quant à lui la drogue comme arme plutôt que de la subir ce qui ajoute à l’antihéroïsme du camp du bien. La comédie avec le duo habituel Ma Chao / Alan Chan est aussi bien présente dans la première partie histoire de contrebalancer. La fureur de Opium n’est donc pas du tout la même que celle de 8 diagram. C’est plutôt la rage de l’impuissance qui témoigne de son caractère terminal. Le maître drogué du kung fu se meurt comme la Shaw Brothers, aveugles face à leurs faiblesses. Le récit reste parfaitement construit, bien soutenu par Robert Mak qui campe avec brio l’élève de Ti Lung, actif défenseur du droit chemin et témoin de la déchéance de son maître. Une déchéance lente et insidieuse qui permet d’éviter au film de tomber dans la caricature en ajoutant au style Tang Chia une indéniable noirceur.

Toutefois, la finalité du scénario assez primaire et prévisible ne cache pas ses faiblesses, Tang Chia préférant montrer de bon gros face à face ou un Ti Lung gymnaste rouler par terre frénétiquement comme témoin de sa difficile désintoxication plutôt que de proposer un jeu plus subtile dont il est pourtant fort capable. Le spectacle semble primer au final devant le thème de la dépendance abordé en surface et propose un très haut niveau martial avec notamment un combat sur les toits, une belle danse du lion, une confrontation dans un entrepôt tout à fait excellente et un beau final malheureusement un peu court.


Heroes among heroes
avec Donnie Yen sent fort la reprise de ce film avec le même thème de l’opium et un comique supplémentaire et une chanson ou deux pour brouiller davantage les pistes. Pas facile d’aborder un sujet comme les ravages de la drogue quand on est un spécialiste des shows martiaux, Tang Chia s’y colle avec son panache unique, sans réserve, et interprète lui-même le maître shaolin aveugle limite cabotin, très proche de Zatoïchi, qui vient en aide à Ti Lung, une nouvelle fois orné de superbes cernes comme dans le très antérieur Black Magic où il était aussi drogué.

Opium and the kung fu master n’est pas vraiment au niveau du chef d’oeuvre ultime et crépusculaire que j’attendais de Tang Chia au final. Il est davantage un bon kung fu old school spectaculaire et violent dans la droite lignée de ses deux précédentes réalisations, qui aborde dans le même temps le thème difficile de la drogue par des chemins assez gros sabots tout de même, un peu trop pour convaincre totalement mais indéniablement osés. Le dernier film de Tang Chia reste tout de même et clairement l’un des derniers incontournables de la Shaw et mérite plus que le détour ne serait-ce que pour apprécier le grand Ti Lung dans un rôle atypique de maître anti-héro.

ps : quelques passages de la BO de Retour vers l’enfer avec Gene Hackman font aussi très bonne figure.


http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/opiumandthekungfumaster/critiques.html

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