La Colline des hommes perdus (The Hill) 1965

thehill

Full Metal Spirit

4-00

Libye, seconde guerre mondiale, cinq soldats britanniques, un noir, un gros, un costaud, un faible et un gradé teigneux (Sean Connery), débarquent dans une prison militaire menée de main de fer par l’adjudant chef Wilson, modèle impartial de discipline à l’ancienne, dont l’autorité incontestée passe presque devant celle du commandant, plus enclin lui à signer la paperasse et se taper des fesses. Quelques minutes avant leur arrivée, le tout frais démoulé adjudant Williams débarque aussi et se voit nommé responsable des cinq rebelles avec pour mission d’en refaire de bons militaires. La discipline de Wilson ne peut qu’encourager la hargne de Williams et celui-ci va s’en donner à coeur joie.

La souffrance mentale reste bien plus importante à attaquer pour Lumet que la souffrance physique qu’il semble d’abord vouloir dénoncer. Le premier plan nous plonge directement dans les 45 minutes à suivre. La fameuse colline, monticule sablonneux court mais pentu sous le soleil rageur Africain, devient l’objet d’aliénation central de toute la première partie. Elle attire la caméra comme si son culte justifiait à lui seul le manège des sévices. Ses allures un peu ridicules sont mises en avant comme pour déstabiliser le spectateur par un spectacle grotesque qui pourrait ne jamais s’arrêter. Un huis-clos sur la colline dont on aimerait bien s’échapper si l’adjudant voulait bien nous lâcher la grappe deux secondes.

Film de guerre sans arme ni coups de feu, ni ennemi, ni guerre, Lumet se fait un malin plaisir à démonter le système militaire de l’intérieur. Plutôt que de pointer l’absurdité du conflit entre camps opposés, il préfère pointer l’absurdité même d’une armée capable de mettre en conflit ses propres hommes par des méthodes disciplinaires périmées.

L’écriture est assez brute de décoffrage et fonctionne très bien autant qu’elle peut parfois sembler un brin aléatoire. Lumet tient pourtant une deuxième partie très belle et minimale qui fait royalement exploser la cocotte-minute avec toute la hargne grincheuse et l’esprit de contradiction dévastateur qu’on lui connait. Sean Connery très humain et donc totalement à contre emploi, s’en prend plein la figure comme si Lumet voulait détruire le serviteur de sa majesté en personne. Point très malin du film, ce n’est pas le vieillissant Wilson, excellent Harry Andrews, mais bien Williams le jeune adjudant aux dents longues, excellent Ian Hendry, qui devient le Nemesis de Roberts, très bon Sean Connery, et permet une dénonciation de l’autorité hiérarchisée bien plus en profondeur. Les seconds rôles ont une place au moins aussi importante que les acteurs principaux ce qui fait de l’individu Sean Connery une pièce importante mais pas pour autant principale du récit.

Le temps a cependant laissé au film une patte un peu trop généreuse, surtout dans sa première partie qui ne parvient pas logiquement au niveau d’aliénation sans pitié d’un Full Metal Jacket, Dear Hunter et autre Apocalypse Now. Mais le talent original de Lumet, déjà doué pour le casting impeccable, est bien là, ne serait-ce que dans la mise en scène. Ironique et surprenant, il finit par faire exploser la deuxième heure de haute volée que la première partie aura soigneusement mise en place.

http://www.senscritique.com/film/La_Colline_des_hommes_perdus/critique/6079730
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Iconographie : le site officiel de Ian Hendry !

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