Le Prêteur sur gages (The Pawnbroker) 1964

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3-75

Encore un excellent Sidney Lumet (qui en douterait ?) très casse-gueule et déjà très noir, qui mérite amplement sa place dans ses plus belles œuvres, porté par une prestation colossale de Rod Steiger habité par son personnage solitaire de rescapé d’Auschwitz devenu prêteur sur gages en plein ghettos de New York. Le film est aussi l’un des premiers à traiter frontalement des exactions nazis. Le sujet est donc à haut risque.

A première vue, stéréotype parfait du juif doué pour faire de l’argent, discret et gestionnaire en silence, Sol Nazerman est un homme aigri qui ne croit plus en rien et surtout ne croit plus en l’Homme. En proie à des résurgences de sa terrible période de persécution sous forme de flashbacks caléidoscopiques, il échappe à ses souvenirs en gérant méthodiquement son échoppe pour faire fructifier son argent, la seule chose à laquelle il donne encore de la valeur. Il est accompagné d’un Mexicain magouilleur qui a soif de sortir de la rue et de faire du bon business bien propre à la mode juive. Le jeune fougueux délaisse ses mauvaises relations et demande bientôt au vieux bonhomme de lui apprendre les bonnes ficelles.

Sidney Lumet voit heureusement beaucoup plus large que le simple portrait du rescapé marqué par son expérience et traite non seulement des conflits internes liés à la mémoire bafouée mais surtout de la persistance de l’injustice dans ce qu’elle recèle de plus fragile et d’inéluctable. Et le réalisateur est à nouveau brillant. Malgré le thème des plus épineux du juif rescapé d’Auschwitz, il explore la place des victimes de la société à travers le prisme d’une victime des camps, plutôt antipathique, mis en parallèle avec le prisme de la population du ghetto New-yorkais, pauvre mais bien vivante elle, qui vient toute la journée tenter de vendre quelques babioles au meilleur prix à cet irascible avare enfermé dans ses souvenirs cauchemardesques, lui et son puissant rejet de toute forme de relations sociales.

Rob Steiger apporte une grande puissance à son personnage défaitiste et toute la distribution est encore une fois choisie au millimètre et offre des moments précieux par les portraits d’anonymes de la rue plein de sagesse et de simplicité, que Sol n’écoute pas, préférant se murer dans sa tête.

Une ambiance un peut trop survolée vient enlever un peu de force aux images du camp de concentration (surtout qu’on en a mangé depuis) et c’est un peu moins fort et porteur au milieu à mon goût (le sujet n’est vraiment pas évident à recevoir aussi, d’autant plus avec un regard actuel) mais encore une fois, c’est un film fort et profond, comme presque tous les Sidney Lumet, au final bien scotchant, à la manière de The Hill. La ville en noir et blanc est magnifique, chargée d’authenticité 60’s, et en prime la BO de Quincy Jones ne gâche rien. On n’est pas au niveau des chefs d’oeuvre de Lumet malgré tout.

http://www.senscritique.com/film/Le_Preteur_sur_gages/critique/6408781
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