Le mont Fuji et la lance ensanglantée (血槍富士) 1955

3-50
Sur la route d’Edo, plusieurs voyageurs tissent des liens impromptus au fil des haltes. Parmi eux, une musicienne et sa toute jeune fille qui dansent et chantent pour vivre, un vieil homme et sa fille à l’air triste, un homme qui dit être mineur et qu’on dit voleur, qui transporterait de l’or, un policier mystérieux, un enfant errant braillard mais sympathiquement supportable et un jeune maître samouraï accompagné de ses deux gardes dont un lancier.

En pleine période de chefs d’oeuvre colossaux du cinéma classique japonais, Tomu Uchida revient au Japon et au cinéma et son goût pour la fresque collective et l’humanisme est toujours bien prégnant. Pour ce qui est du charme des petits instants, ils sont assez réussis et font la saveur de ces rencontres largement portées sur la drôlerie. Derrière les apparences anodines de ce mélange des classes, chacun apprend sur l’autre et tous armés de courage et de bonté apprennent par les autres à mieux se comprendre, par l’écoute tout simplement. La première partie assez champêtre est donc agréable. Les haltes qui favorisent la promiscuité fissurent alors la hiérarchie étouffante. Ensuite, ça se gâte et tourne un peu beaucoup autour des problèmes de saké du jeune maître et des coliques de l’enfant errant qui s’est trop goinfré. Mais la route se présente prometteuse et honneur et alcoolisme font bon ménage.

Le problème, c’est qu’au lieu de glisser harmonieusement d’un personnage à l’autre au fil du métrage, ils nous sont présentés les uns à la suite des autres. Ce procédé utilisé plus tard dans « Barberousse » qui marchera aussi à merveille dans le superbe « Détroit de la faim » à venir permet aux caractérisations de se suivre sans liens toujours apparents pour mieux se rejoindre au final. Malheureusement, ici, c’est quand même trop brutal à mon goût. Certains personnages sont à peine esquissés au profit du jeune maître et de ses deux gardes. Les dénouements qui surgissent finalement sont du coup un peu trop gros sabots pour être avaler avec grande émotion. Et j’ai failli carrément ne pas aimer avec le côté réalité pathos qui s’invite bien grassement.

Mais il reste toujours de beaux moments simples et charmeurs pour les cœurs sensibles, alors que les rêves et les espoirs se confrontent au réel avec un semblant de grâce et qu’un fond de dénonciation de la féodalité japonaise pointe son nez. Même si l’unique affrontement final qui tombe du ciel par pur hasard, comme beaucoup d’autres choses dans ce film, ne convainc guère de sa tension supposée par sa trop grande théâtralité, il reste toujours un instant ou un personnage est émouvant. Le cast n’est pas transcendantal non plus mais assure la prestation. Et je n’en ai pas encore parlé mais les deux gardes et surtout le lancier sont des plus sympathiques. Ce dernier est bien incarné par Chiezo Kataoka. Heureusement, parce que sinon, je n’aurais pas pu croire à ce personnage dépeint comme exemplaire qui n’est pourtant jamais auprès de son maître quand il le faut.

Une ballade joliment humaniste et bien mise en scène assurément, qui ne manque pourtant pas de charme mais ça ne m’empêche pas de le trouver largement surestimé comparé à sa réputation ultra flatteuse.


http://www.senscritique.com/film/le-mont-fuji-et-la-lance-ensanglantee/3741230268602062

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