Seven (Se7en) 1996

seven

Avec spoilers.
3-75

Je me souviens encore sortir du cinéma en 96 violemment claqué de façon inédite, pas une claque usuelle. Ce film était oppressant, suintant, dégoulinant, désagréable, répulsif et pourtant convaincant. Morgan Freeman était aux petits oignons. Tout comme dans « Les évadés », la véritable empathie pour son personnage faisait de lui celui vers qui on appelle à la raison. Aide-nous à triompher du mal Morgan ! Fincher se concentre d’ailleurs énormément sur Freeman. À l’époque, le bon gros twist final avait terminé de me faire lâcher un : woaw, trop bien. J’avais rien vu venir.

Comme la jeunesse et la naïveté sont belles…

Revoir « Seven » beaucoup plus tard me fit bien comprendre une chose, ce que Fincher avait alors appris à tous les futurs rois de la formule : un bon gros twist final peut justifier en beauté toutes les horreurs gratuites qui ont précédé si c’est bien mis en scène. Et avec les effets savamment dosés tel que Fincher savait les pratiquer, c’est tout de suite plus respectable.

Je tente de m’expliquer… C’est impeccablement filmé cette ambiance de ville qui pourrit recroquevillée dans des appartements dignes de créations gore d’avant-garde, tant et si bien que tout tend vers cette affaire, tellement hors norme qu’elle occupe tous les esprits. Mais le propos en lui-même est basique et d’une paresse infinie. Fincher a tellement confiance en l’impact de son tueur qui ne dit que « un cadavre par jour pendant une semaine » qu’il ne daigne pas développer ses personnages au delà des répercussions de l’affaire sur leur tranquillité.

À mon humble avis, il y a une différence fondamentale entre « Le silence des agneaux » et « Seven ». À côté de la mise en scène de tout premier ordre, les personnages du « Silence… » existent en profondeur et ne racontent pas les lieux communs d’un « Profiler » couverts par une affaire qui se déroule avec rythme mais n’évolue jamais vraiment hors du simple monde pourri qu’elle dénonce. Le tueur n’y a aucune profondeur.

Morgan Freeman est un vieux loup en fin de course aux idéaux enterrés depuis longtemps qui sait que tout cela est trop dangereux pour le jeunot. Le jeunot dit avoir de l’expérience mais n’est qu’un jeunot tout ce qu’il y a de plus idéaliste de chez idéaliste, point.

Morgan Freeman ne sort que des banalités. Ça se résume à Brad qui sort « mais c’est un fou ! » et Morgan qui dit « Non, il est intelligent »… Ils passent toute une soirée à travailler sur l’enquête chez Brad, et Morgan qui fait son philosophe de l’enquête à l’écoute finit par lâcher au bout de la nuit : « tu vois les yeux entourés de rouge de cette femme sur cette photo » qu’on ne voyait tellement qu’eux dans la pièce qu’on a oublié d’en parler toute la soirée, et bien « c’est un indice. »… Woaw.

Morgan : « Vous devez vous demander, qu’est-ce qu’il a bien pu étudier pour en arriver là ? où est-ce qu’il en est actuellement ? » Woaw, merci Morgan !
« Peut-être à Jack l’éventreur ! » ahah, drôle Morgan !

Morgan va dans une super bibliothèque ultra cinégénique surveillée par 5 gardiens qui jouent au poker et écoutent de la musique classique. Et en fait, il y va pour lire « La divine comédie » en regardant des images médiévales d’humains s’ouvrant le torse au milieu de bêtes démoniaques… Woaw.

Kevin Spacey impeccable est au zénith de son personnage préféré de psychopathe intelligent. Mais dans la même matinée, Kevin se taillade les doigts, tue une femme puis une autre, puis envoie un colis par transporteur en express avant de se présenter au commissariat les mains recouvertes des 3 sangs différents, woaw. Comment il a fait ça ?! Alors qu’il paraissait si mystérieux et profond dans sa démarche, Kevin veut juste finir son trip des 7 péchés capitaux.

Brad Pitt est constamment en mode sur-émotif, prenant la mouche pour tout et n’importe quoi, à part ça, on apprend bien peu de lui qui ne pense que réussite et de sa femme qui n’aime pas cette ville. Aucune scène d’intimité hormis le dîner où ils rigolent sur le métro qui fait tout bouger qu’ils avaient pas vu ça lors de la visite, ahah, trop drôle Morgan, l’empathie est du côté de Morgan qui fait copain copine avec Gwyneth.

Hormis cette ville visuellement malsaine, il n’y a aucun approfondissement du thème principal du monde pourri par les 7 pêchers capitaux hormis quelques titres de livres évocateurs. Tout le monde subit simplement la galerie d’art proposée par Kevin. Et avec ceci, on veut nous faire passer la perfection du plan achevé avec une autre approximation ni vue ni connue : dans la logique très carrée de Kevin, si Brad est la colère, sa punition devrait être sa mort et non celle de sa femme qui n’a rien fait et est tout sauf la colère. Admettons que ceci soit un détail de pinaillage.

C’est un peu le mal que je pensais de Seven avant de le revoir hier soir et de me laisser malgré tout prendre au jeu. Parce que grâce à l’indic du FBI, l’action n’est pas oubliée et je me suis souvenu ma claque d’antan. Lorsque l’important, c’était de capturer le tueur, et que par l’habileté de Fincher, il était invisible mais jamais loin et croisait même nos deux héros et s’échappait malgré tout, laissant la récompense de la découverte de son appartement plein de trucs et de bidules inutiles mais c’est pas grave, on a vraiment frôlé le tueur. Et donc, lorsqu’il débarque de lui-même plus tard : woaw.

Et c’est quand même super bien mis en scène et déroulé avec la même tension que le « Silence… » et je ne peux décemment pas lui mettre moins que Robin des Bois avec Costner… Oui, parce que j’ai la faiblesse de penser qu’un blockbuster crétin mais divertissant peut m’apporter autant de plaisir qu’un film culte impeccablement réalisé et joué mais qui se donne des airs profonds qu’il ne fait que survoler.

Avec cette séance toute fraîche, je le réévalue donc à la hausse, pour les acteurs et ses grandes qualités charmeuses qui inspireront un nombre incroyable de réalisateurs et de game designers à venir. Mais ça ne m’empêche pas de penser que le propos ne pousse pas si loin qu’il le prétend hormis le beaucoup trop facile : ouais le monde est plein de pourritude mec.

ps : y a de la belle orchestration expérimentale et même de la belle musique qui fait POUIIIINN.

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http://www.senscritique.com/film/Seven/critique/1435706

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