Gummo (1997)

Gummo2
Gummo torii
2-50

Voilà donc le fameux Harmony Korine, ça promet

La poésie de l’étrange est pourtant bien là, les émotions contradictoires aussi. Je ne peux pas vraiment trancher net, même si j’ai eu envie.

Donc oui, je comprends et je ressens, sauf que non.

C’est très louable et bien joli cette ambiance de strip tease indépendant avec du sale, décadence quotidienne white trash de la ville paumée et sinistrée mais trop fashion spleen de la vie, bolosse c’est beau avec pointe de punk métal option trafic et tabassage de chats errants mêlé à la douceur de vivre, simplement, dans le délabrement, sans avenir, misère intellectuelle et matérielle, insalubrité et lassitude, et là je te mets un piano électro pour la légèreté.

Mieux encore, ce n’est pas non plus boursouflé d’ambition ou du moins c’est bien dissimulé. Il y a une authenticité mature indéniable et même bluffante qui se dégage, surtout pour un jeunot de 25 ans qui réalise son premier film.

Et c’est vraiment sans misérabilisme ni complaisance à la base qu’Harmony nous expose avec une certaine fraîcheur son nain black, sa teen albino, sa prostituée trisomique, ses jumelles blondes, ses frangins qui se cognent, ses kids sniffeurs de colle et tueurs de chats, ses grosses rouquines avachies sur la terrasse, etc, etc. Pas de jaloux, une scène chacun au moins…

Il arrive même à leurs adapter des vêtements et des coupes de cheveux impossibles mais tellement vraies, comme pour mieux toucher la beaufattitude américaine du doigt et te la rendre au top du cool, toujours avec pointe de poésie : hop, ton chapeau tête de lapin (petit jeune qui fait l’affiche mais qui, à la manière du train toqué de dodeskaden, est davantage un fil rouge secondaire peu vu au final).

Le portrait éclaté du quotidien de gens simples à travers une mise en scène variée et chercheuse, c’est beau…

Donc, il est temps de passer en mode connard insensible.

Bordel qu’est-ce qu’on se fait chier à n’en plus finir, c’est phénoménal. C’est pas pour être grossier, c’est vraiment un cri du cœur.

Y a pas d’histoire, y a pas d’enjeu, y a pas de dialogues construits, y a pas d’évolution des personnages, y a pas d’acteurs, Harmony lui-même et son caméo est le meilleur du lot. Je le savais pourtant, et j’étais préparé psychologiquement. Il n’y a rien qu’un Striptease en patchwork pendant 1h30. L’émission de télé est vraiment ce qui se rapproche le plus pour simplifier, avec un supplément massif de réalisation indé qui crie à ton cœur embourgeoisé : regarde comme je filme bien ces tranches de vie sans queue ni tête mais avec cohésion et sens comme c’est beau…

Une touche underground cool donc, et une contemplation de l’ennui qui font que c’est super indy cool avec des ralentis, des tremblements faussement amateurs, des gros plans chiadés, des images de caméscope pas belles, des cadres composés à grand renfort de focales savantes, des incongruités à foison, il aime ça les incongruités, des voix off sorties de nulle part, bientôt illustrées par des scénettes en décalage malin, elles aussi sorties de nulle part.

Mais non seulement, il se passe queue dalle mais surtout, cette non-complaisance de départ, cette neutralité spectatrice très louable finit par en devenir une de complaisance, et une massive même. Au bout d’un moment, y en a marre quoi, ça ne fait pas un film comme dirait l’autre, ça ne fait pas non plus un portrait satisfaisant et ça ne fait pas une ambiance aussi incroyable que survendue non plus. Découvrir une autre tête est ce que l’on peut attendre de mieux pour contrer la torpeur. Et chaque tête s’en va aussi vite qu’elle est arrivée hormis trois, quatre persos plus présents.

Putain de fashion indépendant contemporain qui fait s’émoustiller toute une frange de la population là où le beauf du trou du cru de Xénia te crierait lui-même que c’est chiant comme un dimanche pluvieux.

http://www.senscritique.com/film/Gummo/critique/8630382
Gummo

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Une réflexion sur “Gummo (1997)

  1. Voilà un film sur lequel j’ai beaucoup débattu à l’époque, lors de sa diffusion sur Canal+. Tu penses bien que je rejoins sur ton avis. Lors du visionnage, je n’avais pas trouvé le film inintéressant avec ses « freaks » mais m*rde quoi, faut arrêter le délire qui encense.

    Je reprendrais donc tes mots en ce dimanche pas vraiment pluvieux : « Putain de fashion indépendant contemporain qui fait s’émoustiller toute une frange de la population là où le beauf du trou du cru de Xénia te crierait lui-même que c’est chiant comme un dimanche pluvieux. »

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