Les loups (Shussho Iwai) 1971

the wolves

La fière histoire des Loups
3-75

Très bon Hideo Gosha, un des tous meilleurs même et malheureusement un des plus rares, que je sous-note allègrement comparé aux fans du réalisateur qui n’hésiteront pas à vous dire combien c’est un chef d’oeuvre. « Les loups » est un film charnière du Yakuza Eiga qui présente un contexte historique complexe et original situé entre la fin du yakuza féodal qui vivait d’honneur et de sang et l’émergence du yakuza purement businessman plus pragmatique avec les politiques et d’autant plus dangereux, pour faire simple. L’ensemble présente une large fresque centrée sur trois hommes sortis de prison un peu trop tôt au goût de leurs rivaux et par la grâce de l’empereur. Ils participent ensuite impuissants à l’union de tous les yakuzas en une seule organisation alors même que d’autres alliances plus secrètes s’opèrent. L’époque précède l’avènement de l’empereur Hirohito, une période instable où la nécessaire expansion du territoire passe par la construction du chemin de fer vers la Mandchourie, une manne économique où deux familles, les Kan’non-gumi et les Enoki-ya, tentent de se partager le gâteau sans s’entretuer, tous chapeautés par un administratif tout puissant en la personne de l’inamovible Tetsuro Tanba.

Porté par un Tatsuya Nakadai dans un de ses tout meilleurs rôles, plus mutique mais au jeu plus mâture que jamais, « Les loups » écorche intelligemment le code d’honneur yakuza et montre que même si tout le monde accepte la paix, les dits loups ne peuvent s’empêcher de prévoir de s’entredévorer dans une ambiance en apparence détendue faite d’apéros, de danse et de musique.

Au milieu, la belle et jeune fille de feu l’ancien boss respecté des Enoki-ya est amoureuse d’un fougueux yakuza, un des trois libérés prématurément, mais promise à un Kan’non-gumi. La trentaine bien tassée, Nakadai en fier et fidèle Enoki-ya ne manque pas de tendresse pour les deux tourtereaux et tente tout comme son aîné, le tout en gueule Noboru Ando, de sécuriser leurs arrières en danger. Pourtant, ils ne semblent pas si unis à la vue du film, constamment filmés séparément ou brièvement réunis sur plusieurs couches de situations indépendantes les réduisant à évoluer en vase clos de plus en plus contraignant. Un schéma plutôt classique du genre au fond, mais traité de façon toute personnelle et originale.

Avant le final explosif, l’action superbe, brève et très violente se manifeste surtout par le biais de deux femmes assassines oeuvrant en secret. Alors que tous les serments d’honneur, ultime fierté du yakuza, commencent à voler en éclats, le festival final annonce une grande fête, un mariage supposé et d’intenses minutes vengeresses.

Riche et étiré, le sens du cadre du réalisateur est à son meilleur à l’image de Goyokin, avec de longs plans magnifiques en bord de mer sur fond de carcasses de bateaux échoués et de looongues entrevues en intérieur ou extérieur. Hideo Gosha pousse la contemplation de l’instant lors de longs regards pour mieux relever la tension, parfois par un montage presque en patchwork de différents points de vue pour un résultat fort intéressant. S’y ajoute la musique de Sato Masaru entre le traditionnel et une pointe jazzy du meilleur effet, de même que les plans sur le vrai vieux chanteur et joueur de biwa qui se déchaîne lors du festival alors que les hommes combattent à mort en arrière-plan. Très beau passage de tambour aussi, qui montre une nouvelle fois l’importance de la musique au sein même du récit. Sympathique petite danseuse avec ombrelle aussi.

Bon après, je reste gentil quand même à défaut de l’être avec la note parce qu’il vaut le coup. Il y a bien quelques longueurs inutiles qui m’ont très personnellement déplu et trahissent une trame principale assez entendue mais j’ai un peu l’habitude avec Hideo Gosha qui s’étire souvent un peu plus que de raison à mon goût. En revanche, pour un fan de l’ambiance yakuzas comploteurs, placée de plus au crépuscule de l’ère féodale ce qui est plutôt rare, et surtout pour les autres aussi, j’ai notamment pensé aux amateurs de « La fille de Ryan » par exemple, pour l’importance symbolique du bord de mer et le sens du cadre digne de peintures impressionnistes, c’est une pièce maîtresse du réalisateur.

Un mot sur Kunie Tanaka au paroxysme du sidekick, boule de nerf plein d’honneur qui offre une prestation une nouvelle fois croustillante (et excessive) au côté d’un très grand Tatsuya Nakadai tout en retenu.

http://www.senscritique.com/film/Les_Loups/critique/4971807

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