Rango (2011)

rango

Lézardage hasardeux sur les arts

4-25

Oui, l’histoire est très con et mal fagotée. Oui, le lézard est gonflant à mythoner en lançant de sales petites blagues éculés, mais justement. Justement, c’est l’histoire d’un acteur mytho qui veut être le héros mais n’a aucune histoire intéressante à raconter ni ne sait dans quelle peau il est.

Alors tout le long du film, le lézard va essayer de rassembler ce qui est nécessaire pour faire son histoire, celle bancale et lourde. Les premières dix minutes expliquent parfaitement le mécanisme. L’animal en fait des caisses et ne connaît que les poncifs de l’aventure typique : « Un héros ne peut pas se réaliser dans le vide, ce qui manque à notre histoire, c’est un coup de théâtre intempestif qui propulse le héros dans un conflit ! »… Il est mauvais scénariste et il ne va pas nous lâcher avec ça jusqu’au bout.

Mais il a un bol de marcassin (ou de Jack Sparrow…).

Gore Verbinski prend appui sur ce point classique du super zéro pour lui envoyer du réel, la voiture fait une embardée et le terrarium est expulsé, et de l’imaginaire multi-référencé, le rêve Bagdad Café / Tueurs Nés / Arizona dream / etc qui suit, bien à lui eux (le réel et l’imaginaire du réalisateur, suivez je vous prie). Et le réalisateur de nous rappeler que c’est toujours l’histoire de son héros qui cherche son histoire et lui qui cherche sa propre histoire. Un peu comme dans Kung-Fu Panda ou les Indestructibles mais à un niveau plus tordu encore.

Avec ce même esprit, cette verve et ce rythme sans relâche qu’on lui connaît pour les « Pirates des caraïbes », le réalisateur interroge aussi Johnny Depp l’acteur, en commençant par la référence à Las Vegas parano toujours dans les 10 premières minutes. La métaphore…

Constamment, le film passe donc de la petite scène mal embouchée et mythonée plus ou moins drôle selon le talent d’acteur de Rango, et il s’avère que sa vibrante passion est aussi soutenue par un vrai talent d’improvisation, la scène où il construit sa légende dans le saloon, à une réalité humaine omnipotente plus profonde, la place de sa propre identité comme moteur de sa vie. Parallèlement, j’ajoute courageusement la nécessité de l’eau, sa place actuelle, son glorieux passé et son avenir toujours plus contrôlé. Ça fait très pompeux dit comme ça mais c’est fait avec une légèreté jouissive désarmante. Et en même temps, c’est clairement assez cru et noir : le tapir maître Falkor coupé en deux ou la grenouille adaptée depuis des lustres bouffée par l’aigle dès les 10 premières minutes (« Hijo de pu… »). L’Ouest sauvage, le vrai…

À partir de là, le film tient son socle qui interroge constamment la nature du héros entre réalité du réalisateur et imaginaire du lézard au far west animalier, ce qui lance son propre rythme, en dehors de la trame classique éculée. Jusqu’au moment où l’étranger rencontre son héros, symbole assez lourd mais logique du business hollywoodien qui encercle la vie du réalisateur. L’esprit d’aventure…

À côté de cela, je n’ai pu qu’admirer le niveau technique monstrueux déployé, en particulier la magnificence de toutes les innombrables textures quasi photo-réalistes avec ce quelque chose de typiquement beau dans la synthèse qui fait qu’à un moment, on ne voit plus des personnages ou des décors de pixels, mais de vrais personnages faits de matières en mouvement les rapprochant de la pâte à modeler, sublimés ici par des décors de Far West simplement majestueux, pourtant localisés en plein désert bordant Las Vegas…

Par dessus le tout, un nombre incalculable de seconds rôles moches, voire effrayants, l’oiseau avec sa flèche qui lui traverse le crâne carrément, et de figurants aux courtes mais nombreuses interventions en rafales qui vont du foireux au génial, et un conte enrobé de chants de hiboux mexicains sauce locale au rythme d’une bande originale de Hanz zimmer aussi efficace qu’un Django Unchained sans le côté reprise directe puisque ce sont toutes des compositions originales aussi fortement référencées que superbes, cf l’ouverture avec quelques notes de basse, qui fait directement sentir que la musique va porter tout ça comme il faut.

Ce n’est qu’arrivé à la fin que j’ai commencé à me demander : mais au fait, comment ils font pour avoir des pistolets à leur taille ? Car voilà, j’étais emporté dans l’imaginaire westernien du lézard. Bon la dernière partie est moins bonne ok…

Bref, je vois bien ce qui peut déranger dans Rango, ce qui lui vaudrait mon 7, mais là… Ça sort du tout-venant et c’est du caviar pour mon coeur d’aventurier rêveur avec un tas de scènes d’action absolument grandioses.

Dès la sortie du terrarium de l’habitacle, mon visage s’est illuminé pour cautionner l’envie de Gore Verbinski de s’amuser avec son héros, nous et son film, tout en proposant un niveau technique presque intouchable, ILM oblige.

Ou alors, j’ai un dangereux faible pour les productions Nickelodeon et toutes ses gueules cassées…

Juste dommage pour certains passages comiques bien lourds et l’insistance assez vertigineuse de la mythomanie du héros…

ps : le lézard est un caméléon…

SC

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