Solaris (2003)

solaris2003

What else ?

3-75

Comme j’avais très envie de le revoir depuis longtemps, depuis que j’ai vu le Tarkovski encore plus, pour enfin savoir si c’est Solaris pour les nuls ou si j’étais trop jeune pour saisir le pipeau de Soderbergh, surement, ou si, ultime possibilité à peine envisagée, finalement peut-être que je l’aime toujours énormément ce film ?…

Je vois bien le côté Soderbegh, oui, oui, ça d’accord, je compatis, c’est lourd, supporter les flashbacks est une épreuve, c’est gros, clipesque, guindé, c’est creux dira-t-on également. Qu’importe, ce film me parle toujours, fort. Il a contre lui sa prétention, celle de s’appeler Solaris déjà, alors que le niveau de réflexion du film de Tarkovski (et du livre de Stanislas Lem) est juste inatteignable pour le réalisateur de « Sexe, mensonge et video » et de « Ocean’s eleven ». Contre lui son énorme penchant aseptisé, dépressif, triste, de la mise en scène aux décors, au rythme, jusqu’aux dialogues-mêmes, venteux, susurrés (hou que ça peut être énervant ça), et la beauté plastique des deux acteurs principaux fait qu’à un moment, on a peut-être atterri dans un monde de publicité pour le café finalement. Voir George Clooney les fesses à l’air sur un lit en train de flirter au lever, c’est un peu beaucoup pour un film qui s’appelle Solaris, je comprends bien.

Ce Solaris est avant tout une histoire d’amour mais aussi l’histoire d’un deuil. C’est là où je retrouve quelques chose de l’original dans une ambiance américaine surtout pas comparable. Tout est ici beaucoup plus simple et évident. Tout est expliqué et se comprend assez vite. Pourtant, je ne le trouve ni ennuyant, ni débile, ni creux.

D’entrée la musique ambient carillon cosmique de Cliff Martinez est magnifique, elle me touche profondément. Visuellement, l’aseptisation technologique, ça me parle. Coincés dans une base spatiale en orbite autour d’une planète phosphorescente émettrice d’ondes cérébrales hallucinatoires, ça me parle aussi même si c’est rebattu maintes fois depuis le Solaris original, de Ikarie XB1 à Sunshine en passant par Sphère et consorts. Ici comme à chaque fois, il faut se faire happer par l’ambiance de cocon fermé, perdu dans l’infini spatial où sont questionnés et confrontés l’amour, le deuil, l’existence, la foi, le choix et le souvenir, ou royalement s’emmerder.

L’histoire d’amour dépouillée au maximum et vague reste magnifique de sincérité, pas à sa surface dépressive, rigide et snobe mais dans ce qu’elle véhicule d’universel sur l’amour. Elle me parle très, très fort. Ce genre d’histoire d’amour compliquée faite d’allers et retours, à la fois froide, vivante et captivante explique les émotions qui s’agitent derrière le visage fermé d’un George habité.
***big spoil*** Il est réfléchi d’abord et élimine sainement la première apparition de sa femme. La fois suivante, il perd toute sa logique médicale et s’enfonce immédiatement dans son aveuglement à pouvoir récupérer un peu d’elle. C’est un peu gros dira-t-on ! Ça ne me gêne pas du tout. Même en ne souhaitant pas son retour consciemment, son inconscient le désire. Sa deuxième nuit est directement fatale pour sa santé mentale qui remonte plus de souvenirs et d’amour encore. ***spoil***

George est aussi secret et un personnage de cinéma qui n’existe que dans le cadre. Nul ne peut quantifier son amour et son chagrin et juger de ses réactions excessivement illogiques dans cet espace temps reculé et confiné où chaque émotion, chaque souvenir est à fleur de peau. Et George est très amoureux qu’on se le dise. Le souvenir de sa femme est d’ailleurs ce qu’il a de plus rationnel. ***big spoil*** Et ce souvenir incarné fera tout pour lui montrer la vérité. Son désir de retrouver sa femme est parfaitement amené visuellement jusqu’à la descente finale où ce qui semble d’abord monté comme un dernier souvenir de sa vie est en fait le premier de sa mort.***big spoil***

Natascha McElhone relève de l’hypnose, du sourire éclatant à la profonde incompréhension, puis la puissante lucidité, de sa nature inachevée, elle est faite femme. Et que dire de son regard… Le plan où elle ouvre les yeux au plafond face caméra est toujours glaçant, tout comme toutes les vues spatiales silencieuses et magnifiques.

Derrière les facilités trop explicites de la mise en scène de Soderbergh persiste une large vague de non-dits qui se savourent implicitement par les émotions justes et le questionnement des personnages qui me parlent fort malgré la très légère confiture. Jeremy Davies n’y va pas de main morte mais il est cool.

Je laisse donc sereinement Solaris dans mon top SF du nouveau millénaire avec des raisons en fait inexplicables mais un grand amour pour cette ambiance. On sent une volonté de Soderbegh de faire de son film une vibration à l’unisson, honnête et claire, à laquelle on adhère ou pas.

L’ultime scène gâche malheureusement tout… Il aurait fallu juste couper au début de la scène pour que l’oeuvre soit plus équilibrée et perde beaucoup de l’impression pompière qu’elle (peut) dégage(r). Mais bon, c’est Soderbergh, faut pas trop en demander non plus…

http://sens.sc/15z0FLg

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