Control (2007)

control2007

Limits of control

3-75

Première moitié puissante. Pour qui ne connait pas Joy Division ou connaît, peu importe, Sam Riley impose d’emblée Ian Curtis, fragile, romantique, perdu et pourtant si habité par la foudre créatrice, par sa présence incroyable et son physique tellement proche du chanteur. Anton Corbijn choisit l’angle d’approche esthétique qui se rapproche du plus classe vu dans un biopic de groupe. On découvre par hasard au milieu de la banlieue paumée de Manchester un groupe et un chanteur débarqués de nulle part. L’atmosphère fait planer le génie en attente d’explosion. La première chanson live et plus encore le premier passage télé te clouent directement au poteau avec cette musique si captivante magnifiquement rejouée en direct qui t’envoie de la superbe poésie dark à tour de bras. Sam Riley est scotchant. Samantha Norton est aussi parfaite en femme beaucoup trop amoureuse pour en vouloir à son mari ingérable malgré lui, alors qu’il fait tant d’efforts pour mener une vie normale. Mais c’est inutile, la gloire et l’illusion de liberté qui en découle l’appellent irrémédiablement.

Annik arrive ensuite. Elle est belle et tellement charmante à son tour. Mais pourquoi faut-il dès lors se concentrer sur ce trio amoureux pas non plus omnipotent dans sa vie ? * C’est beau, le mal-être est là, la mise en scène garde la belle tenue pour dépeindre cette chute si sombre vers l’irréfutable. Mais pourquoi pas un moment de processus de création ? Pourquoi pas d’histoire sur les relations entre les membres du groupe ? Pourquoi ne garder que la posture cool et mystérieuse que dégage le culte de Joy division et la mort de son chanteur pour tout miser sur l’amour et le mal-être qui marquent bien les chansons et le destin de Ian mais ne suffisent pas à tenir le niveau d’émotion de la première moitié.

Car, ça tourne en rond pas mal au bout d’un moment tout de même. L’intimité choisie comme point de vue du réalisateur contraste très bien avec l’explosion du groupe qui n’est jamais trop montrée et évite ainsi le superficiel. Mais n’empêche qu’on s’enfonce, on s’enfonce et on oublie un peu les autres et le reste. Le coach super badass sort juste quelques trucs cools de son chapeau alors qu’il y avait tant à dire sur sa relation avec le groupe. Bizarrement aussi, jamais on n’insiste vraiment sur les médicaments que le chanteur utilisait déraisonnablement. On le voit bien prendre les médicaments de sa grand-mère par pur goût de la défonce au début. Alors pourquoi ne jamais y revenir et rendre aussi innocent et candide un être fatigué par sa maladie et sa recherche vaine du bonheur ?

Je ne critique pas les qualités du film qui finit en superbe spleen et nous fait ressortir avec une profonde admiration pour le courage et le talent de ce chanteur et une irrémédiable envie d’écouter le groupe. Mais la musique de Joy division, ce n’est pas que Ian Curtis non plus. Hors, on a vraiment l’impression que les musiciens sont assez accessoires et que lui seul est le génie. Pourtant, outre la performance de l’acteur principal, la musique aide assurément à saisir l’humeur ambiante. J’aurais aimé qu’on en parle plus plutôt que de rester sur les problèmes amoureux de Ian, finalement si seul et tragiquement voué à disparaître. C’est l’axe de mise en scène et il est clairement tenu, j’en conviens…

* Sans doute « parce que le scénario est inspiré de la biographie écrite par l’ancienne madame Curtis, du coup, elle est un peu obnubilé par ça, elle n’a aucun rapport ou presque avec le groupe et les autres musiciens, ce genre de choses… » Merci @Judedalus, c’est tout de suite plus clair.

http://sens.sc/14qCou6
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