Entre ciel et terre (heaven and earth) 1994

entrecieletterre

La Déchirure

4-25

Ce film m’a tellement soufflé qu’il m’a fait revoir « Né un 4 Juillet » puis « Platoon » à la suite me demandant si Oliver Stone pouvait s’avérer plus subtil que dans mes souvenirs de jeunesse adulés. J’ai clairement un gros faible pour Oliver Stone et son énergie de chorégraphe derrière la caméra, en dépit de son goût grandissant exponentiellement tout au long de sa filmo pour marquer le spectateur par sa mise en scène spectacle, véritable show remuant prompt à mettre l’emphase sur les archétypes.

Revoir « Né un 4 juillet », c’est se rappeler pourquoi Tom Cruise en obnubile le souvenir tant il cannibalise le film s’arrachant grandiloquent de sa chaise roulante pour le discours de Stone, dans des crises d’emphase assurément lourdes, mais habitées. Tout un film pour passer du patriote à l’anti-militaire tout de même…

Dans « Platoon », ça passe toujours. Le film se centre sur l’escouade, de sa coolitude à ses penchants les plus noirs. Les solutions de facilité dont celle qui consiste à opposer Barnes à Ellias n’ont jamais aussi bien montré l’union qui construit et définit le réalisateur, à la fois bourrin et peace, à travers deux superbes acteurs de guerriers rebelles, Tom Berenger et Willem Dafoe, par le prisme d’un Charlie Sheen un peu trop angélique mais très cool. L’escouade est définitivement culte (Big Harold, Rah, Bunny, King, O’Neill, Johnny Depp, etc) et leur calvaire en conditions presque réelles transperce l’écran. Le final en particulier n’a rien perdu de son intensité. J’ai adoré à l’excès cette vf mais je dois reconnaître que cette fois-ci, la vo passe mieux pour mieux saisir le véritable jeu des acteurs et non celui, immense mais plus léger, des doubleurs français. Il reste le côté bourrin qui peut clairement rebuter, mais bref…

« Entre ciel et terre » aborde enfin le Vietnam par un autre spectre plus vaste et m’a réellement permis de relier tous les films d’Oliver Stone, de donner une cohérence plus grande à tout ce qu’il expose trop hâtivement dans ses autres films préférant la démarche visuelle à grands coups de sentiments éléphantesques. J’aime ça chez lui, et il vaut mieux, mais il aurait manqué une dimension primordiale à Oliver si je n’avais pas vu ce film. Salvador en mieux.

Déjà, pour changer, il ne s’agit pas de l’histoire d’un américain qui fonctionne comme un alter-égo gonflé à bloc du réalisateur mais de l’histoire vraie d’une femme vietnamienne tiraillée entre sa famille, son pays et sa liberté, concentrée sur ses choix de femme et ceux de sa famille sur plusieurs périodes sombres du Vietnam, qui ne manquent pas, recherchant une porte de sortie tout en étant à l’écoute de ses proches, du souvenir de ses ancêtres et des valeurs d’unité qui bâtissent sa nation pourtant divisée. Devenu beaucoup plus familier avec l’Asie pour ma part, j’y ai d’autant plus retrouver un esprit d’apaisement et de détermination qui caractérise en particulier le peuple vietnamien.

Je pourrais pointer tous les raccourcis dans le récit chers à Oliver, la lourdeur de la voix off une nouvelle fois très présente, des flashbacks bordéliques en noir et blanc peu heureux, et aussi la lourdeur du discours binaire qui consiste à opposer christianisme et bouddhisme, pas forcément idéologiquement mais juste les opposer histoire d’insister sur le côté karmique des choses… Mais le réalisateur est ici plus intime, sincère, et touchant que dans tout autre de ses films, bâtissant une fresque certes rapiécée par moment, mais couvrant un large spectre humain, l’histoire vraie de Le Ly, une femme courageuse remarquablement interprétée par Hiep Thi Le, bluffante de sincérité, de naturel et de conviction. On retrouve aussi Haing S Ngor déjà excellent dans « La déchirure », impeccable, et Joan Chen pour qui j’ai toujours eu un faible depuis mon cher souvenir du « Sang des héros » joue parfaitement la mère de Le Ly (vo uniquement… Bon ok, elles parlent anglais mais quand même…).

Tommy Lee Jones arrive tardivement mais impose très vite son personnage et son talent. Entre ciel et terre est à mi-chemin, coincé entre les sentiments de fureur et de calme serein de son réalisateur. Il passe régulièrement d’un côté et de l’autre de la balance orient / occident offrant, je le confesse, des clichés mais aussi une belle quête de l’amour et un équilibre beau et puissant comme la vie.

Je me sens plus adulte que lorsque j’ai tout d’abord aimé et vibré devant les films d’Oliver Stone et pourtant c’est celui-ci moins réputé qui a su me rappeler pourquoi j’aimais toujours ce réalisateur malgré tous ses défauts.

Les images du Vietnam sont magnifiques. Et la musique de Kitaro surplombe (un peu trop généreusement mais) superbement l’ensemble, comme toujours chez Stone.

J’ai pleuré…

Bon, Apocalypse Now maintenant…

http://sens.sc/1c3vWsn
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