Equus (1977)

equus1977

L’enfant sans tort.

3-50

Toujours un plaisir de découvrir un nouveau Lumet. Rien que ça vaut déjà le coup. Huis-clos ou presque, étouffant et morne, il est aisé de comprendre pourquoi cette adaptation d’une pièce de théâtre n’a pas rencontré le succès tant sa couleur est le gris. Introduit sans prévenir par un monologue perturbé de l’excellent Richard Burton, l’atmosphère tendue annonce directement que, comme de coutume ou presque, Lumet va, avec grand intérêt et sans aucune tactique commerciale derrière, dérouler sérieusement son propos et ne pas partir en cacahuète pour épater la galerie. C’est assurément une oeuvre personnelle et bavarde.

Cette histoire de psychiatre pour enfants peu à peu perturbé par l’amour pour le cheval quasi mystique de son jeune patient blondinet, Alan, enfoncent pas mal de portes ouvertes, il faut bien le dire, indéniablement. Mais la réflexion n’a pour autant rien de survolée et l’ambiance prend bientôt le dessus pour laisser une impression très loin du glauque tel qu’on l’entend aujourd’hui. Mise en scène minimale et théâtrale, monologues fiévreux et psychanalyse introspective se mêlent dans un maelstrom sombre mais jamais construit pour balancer du sale. Le blondinet est dérangé mais loin d’être fou. Il ne fait que dissimuler ses inavouables fantasmes derrière son attitude cloîtrée, garçon d’écurie à l’horizon social éteint depuis toujours.

L’histoire n’est pas franchement développée comme telle non plus et c’est tout le bagage théâtral de Lumet qui est ici à l’oeuvre, notamment par l’éclairage et les décors. À la manière de « Piège mortel » ou « The Offence », on ne bouge pas ou presque de deux ou trois lieux forts, le cabinet et l’écurie en particulier, lieu saint porté aux nues par le gamin. Ses parents, une bourgeoise pieuse et rigide et un moustachu de base pas très communicatif sont aussi fautifs sous leur normalité presque effrayante des déviances de leurs fils. Superbe scène où le père surprend son fils au passage.

Flanqué de nombreux monologues analytiques à priori pompeux, le film de Lumet installe un cocon malade où Richard Burton derrière son expérience et ses principes, va découvrir un autre monde si passionné et vivant qu’il remettra en question le bien fondé de sa profession. Ce n’est pas le Centaure, la bible, le calvaire ni même la mythologie grecque qui scelle vraiment le jeune Alan, mais plutôt un monde reclus de fantasmes qu’il s’est créé de toutes pièces par ses propres interprétations, avec son dieu à lui qu’il touche du doigt lorsqu’il monte nu et à cru. Quelle différence tout de même, entre le traitement d’un « Mysterious skin » vu récemment, brutal et moderne, et la poésie du glauque qui transpire ici sans jamais rechercher l’effet choc. Rien que pour ça…

http://www.senscritique.com/film/Equus/critique/11195514

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