Breaking Bad (2008)

breakingbad

Forming good

4-75

Breaking Bad m’a un peu fait penser à GTA par moment… Je ne sais pas si ce sont les longues routes du Nouveau Mexique, les mexicains ou quoi mais rien qu’un auto-radio, une furieuse playlist et une caisse pour chaque personnage, ça sent l’authenticité. La Pontiac Aztek en deviendrait culte à elle seule tout comme les marques comme Los Pollos Hermanos ou Vamonos Pest ! aussi peu design soient-elles.

Comme dans un gros et vaste jeu vidéo, tu y restes aussi collé des jours entiers sans t’arrêter explorant chaque adresse, pour en ressortir bizarrement déphasé (ça c’est peut-être parce que j’ai tout regardé en quatre jours…*) avec la forte impression d’avoir vécu quelque chose de mémorable, l’histoire de Walter qui va petit à petit s’attaquer à conquérir l’underground de la plus involontaire des méthodes à la plus impitoyable des stratégies de caïd. Tout n’est pas comme dans GTA bien heureusement… Walter White est fait de toutes les nuances d’un homme ordinaire qui prend conscience une fois informé de sa maladie qu’il est temps de se bouger pour assurer l’avenir de sa famille, un peu « Vivre » de kurosawa mais version familiale quoi…

Tout comme Vince Gilligan et ses scénaristes, Walt prend un malin plaisir à te faire aimer puis détester toute chose et inversement, comme son cancer. Outre le duo principal magnifiquement opposé et complémentaire, la série s’articule plus encore selon moi autour des deux couples qui forment une famille unie par le lien entre les deux soeurs. Une famille « parfaite » en toute circonstance au nom de laquelle les secrets s’empilent et tout dérapage deviendra presque excusable. Jesse Pinkman le jeune dealer camé que seul Walt fréquente, est un électron libre qui a une influence parfaitement involontaire sur cette unité familiale, voir l’excellente scène du repas entre Skyler, Walt et Jesse qui montre à quel point Jesse est complètement inconscient de la situation réelle de Walt.

C’est fou comme Hank, le bourrin bon-vivant de la brigade des Stups, et sa femme Marie, la précieuse maniaco-dépressive cleptomane, sont d’abord perçus comme des chieurs en puissance qu’on a envie de frapper des mêmes préjugés appliqués aux inconnus insignifiants, alors que Walt rend presque admirable son envie de vivre et son ingéniosité, il y a du Mac Gyver là-dessous, tout comme Skyler est altruiste et souriante. Et petit à petit, les choses se retournent délicatement d’elles même. Skyler se la joue de plus en plus perso et on en vient même à cultiver la folle envie de voir Hank chopper Walt, surtout une fois qu’il a enfin percuté qui est WW, là dans les chiottes de Walt, au beau milieu d’un repas de famille tout ce qu’il y a de plus habituel. On l’a tellement attendu ce regard effaré du beau-frère puis de la soeur. À partir de là, j’espérais à fond que Hank choppe Walt en beauté personnellement. Y a un putain de suspense permanent quoi.

Et c’est là que je soupèse toute la grandeur de cette série culminant lors de l’ultime saison, qui ne se cantonne jamais à ses squelettes pourtant récurrents, intro flashforward / prélude machin / twist truc / cliffhanger / générique / etc, du reste parfaitement utilisés. Même Skyler que l’on jurerait immaculée ou presque, devient la plus mystérieuse, alors même que son rôle s’efface sous le poids de la vérité, de la culpabilité et du trouble engendrés par son mari. Jesse, qui est un peu délaissé parfois proportionnellement à Walt, ne cherche jamais à attirer la sympathie du public. C’est un jeune paumé avant tout. C’est même lorsqu’on le soutiendrait le mieux qu’il est le plus mis de côté. La prestation d’Aaron Paul dans le rôle est à vif et il semble parfaitement judicieux de ne pas le surexploiter et même de le laisser régulièrement sans soutien, alors que nous pendant ce temps, pauvres impatients, finirions presque par apprécier de nouveau Walt alors même qu’il a procédé à toutes les exactions les plus impardonnables auparavant. Toute cette subtile balance psychologique que j’effleure à peine, dosée au millimètre par le temps de présence d’un personnage devant la caméra, est remarquable et constamment mise à mal, bousculant les idées reçus du spectateur sans se reposer sur de simples twists. C’est super bien écrit quoi.

C’est dingue de voir à quel point aucun épisode n’est mauvais aussi. Il y a quelques redondances dans les sujets traités et quelques infimes baisses de régime mais chaque épisode apporte une pierre plus ou moins conséquente à l’édifice. Autant dire que ça devient absolument impossible pour moi de m’arrêter tant que je n’ai pas été au bout du bout, surtout vu l’évolution des personnages. C’est quasiment viscéral de finir au plus vite, comme un Resident Evil…

Il y a donc toutes ces nuances de caractères, du drame à l’humour noir éclatant, tout ce qui fait que l’orientation globale peut se permettre de camper sur des thèmes sombres sans frôler le bad trip. Les passages chez les camés sont d’ailleurs assez courts mais des plus saisissants à ce propos. Et en face, on a un crescendo de Boss ultimes, tous très différents, presque cartoonesques. Des seconds rôles déchaînés à l’importance croissante. Tuco, les jumeaux et Victor Salamanca pour commencer par la leçon de psychopathie aiguë, puis Guss, Saul et Mike pour la retenue et l’intelligence à déployer pour durer et s’installer sans faire de vagues, et enfin les rednecks néo-nazis et la businesswoman Lydia, improbable grand écart pour éclater et ridiculiser l’idée du marché jadis fierté régionale, en montrant de grands malades de la violence menés par une impitoyable femme d’affaires internationale très fragilisée. De nombreuses références à des films sont aussi disséminées. Il y a donc une certaine propension à l’exploitation, une folie qui différencie Breaking Bad du réalisme épuré de The Wire alors même que les thèmes humains abordés y sont tout aussi profonds. Cette balance réalisme cru / exploitation violente tue quoi.

L’ultime saison est plus sombre encore. Il manquerait presque de nouveaux personnages aussi foisonnants que Mike, Saul, Guss ou même Gale pour parfaire l’indispensable touche fleurie, il ne reste guère plus que Huel et un petit retour de Badger et Skinny Pete. Même Saul commence à devenir sérieux, c’est dire. Todd et Lydia ne sont pas franchement débordants de charisme hein… Pour autant, c’est encore meilleur pour finir en beauté. Le passage récurrent de la confection du produit par exemple, toujours monté en clip avec une musique enjouée, qui semblait au départ enrobé de noirceur cynique, devient pour finir tout ce qu’il y a de plus léger alors même que tout autour s’anéantit. Faire la meilleure cuisine finalement, c’était ça le vrai kiffe de Walt et Jesse. Cette saison 5 est celle des personnages principaux et vu jusqu’où ils nous emmènent, la maîtrise de la consistance du récit y est absolue. C’est la plus belle fin possible pour Walt perso.

Tellement de sujets intimes savamment développés et suggérés en plus du suspense et de l’action, le combat contre la maladie, la volonté de bien faire, les objectifs d’une vie, la loyauté jusqu’à ses formes les plus perverses, la remise en question, la connaissance de son environnement, les limites, parler, se taire, écouter, etc, etc, etc. C’est toute cette humanité que Walt perd peu à peu de vue pour devenir un étranger aux yeux de sa famille à mesure que Heisenberg émerge et balaie les relations père et fils, maître et élève, mari et femme, soeur et beau-frère. Bryan Cranston, bitch.

Les scènes de mort sont terribles aussi… Pour n’importe lequel, c’est toujours le met le plus unique proposé au menu.

Et quel plaisir de retrouver Dean Norris dans un rôle de flic aussi consistant.

Fucking series, bitch.

* Je ne suis pas très calé en séries post 2000 et j’arrive toujours à la fumée des cierges. Je ne sais pas comment vous faites mais je ne peux pas regarder une série avec un fil rouge tant qu’elle n’est pas entièrement terminée, exception faite de « House of cards » déjà commencée, ce qui est très embêtant puisque je suis actuellement bloqué, obligé d’attendre la suite comme… tout le monde. C’est ingérable, inacceptable presque ! J’ai l’impression qu’on me manipule, je ne sais pas comment vous faites pour patienter, plusieurs années même ! Il me faut absolument tous les épisodes d’une série sous la main de façon à enquiller le tout d’un seul coup, comme un gros film géant à embrasser comme un seul objet cohérent et fini. Heureusement, avec la maturité atteinte du médium, j’ai plein de superbes séries cohérentes à voir. ^^

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