Oz (1997)

Oz

Zoo

4-50

Oz est avant tout une expérience qui consiste à mélanger les prisonniers les plus dangereux et réputés au sein d’un système de sécurité maximale aux objectifs de réinsertion sociale élevés, sur une base intraitable : violence = trou ou isolement + nouvelle violence = couloir de la mort. Et pourtant, tout le monde s’entretue pour y contrôler le trafic de drogue, garder son influence et faire de l’argent. Les prisonniers continuent leur vie de trafiquant alors même que toute perspective de liberté est anéanti. Oz démontre que cela finit tôt ou tard par les déstabiliser mentalement jusqu’à ébranler leurs convictions. Mais le système fait qu’il est extrêmement difficile de se sortir d’une spirale destructrice aussi puissante et ancrée.

Chacun, qu’il soit noir, blanc, jaune, gay, motards, irlandais, musulman, psychopathe ou que sais-je, innocent, vit à proximité de l’autre à Oz et est donc méchant, vicieux, hargneux, sous pression, anormal, malade, mauvais, use du mal et subit la loi de la survie qui imprègne les murs jusqu’à tomber dans les abysses et ne pouvoir remonter que par une foi retrouvée à ses côtés. La foi en soi et en l’Homme et non la foi religieuse qui n’est qu’un outil pédagogique ou presque au final, qu’il serait réducteur de prendre pour un simple pro-christianisme américain dissimulé. Religions, racisme, abus sexuels, drogues, meurtres, etc, ne sont que des ingrédients réels qui sont bien là et ne peuvent être occultés ni éludés au coeur de cette marmite du bien et du mal, notions toute relatives mises à mal tout au long de la série.

La réalisation brute de décoffrage, souvent austère, monotone et claustrophobe, justifie pour autant le cadre de la prison. Si j’ai un reproche à faire, c’est plus la tendance à se répéter, oubliant volontiers certains axes plus globaux aisément délaissés au profit des confrontations, des stratégies et autres traîtrises en cascade. Celles-ci tendent à devenir un moteur plus fort que tout, surtout à partir du moment où l’on comprend que quiconque peut mourir à n’importe quel moment, ce qui est très jouissif d’un côté, mais décrédibilise parfois les impacts extérieurs politiques, légaux, sociaux ou médiatiques et la force même de la prison d’Oz. Ça se finit souvent par un mort en gros… La plupart des protagonistes sont d’ailleurs très justement balayés d’un seul coup, emportés par le flot dominateur et oppressant de l’institut Oz ou jetés sur ses bas-côtés sans plus d’explication ni un gramme de liberté gagné. C’est toujours fait sans une once d’héroïsme ou de mise en valeur de qui que ce soit, sous une très belle peinture humaniste.

Malgré toutes ses qualités, Oz a tout de même tendance à répéter ses thèmes. À partir de l’arrivée de Querns à la tête de Em City, c’est à dire saison 3, j’ai senti une baisse de régime, un manque de renouvellement, une systématisation des complots, du nouvel arrivant victime du syndrome « tue quelqu’un pour moi si tu veux vivre », des mécanismes propres à la série, tout comme les interludes d’Augustus Hill sont de moins en moins pertinents, recherchés et supportables. D’ailleurs, saison 4, la plus faible amha, on croirait presque que la thématique « dur et sans concession sur lit d’humanisme » se repose sur ses propres principes. Par exemple, au début, on voyait une queue dans le champ par pur réalisme. Plus ça avance, plus on croirait que les producteurs ont demandé à ce que tout le monde montre au moins une fois sa queue histoire de… mmh, bref. À partir de la fin d’Adebisi, c’est plus gratuit. Il faut dire que Adebisi en imposait (non, je ne parle pas de sa queue) derrière sa nonchalance. Bon, parce que les apparitions et disparitions du père Cloutier, Dylan de Beverly Hills en plus, comme si c’était pas déjà assez anormal…, c’est déjà un peu bancal mais alors le tournoi de boxe recyclé plus tard en match de basket, le dressage de chien pour aveugle, les cours de chant ou la nouvelle libraire, c’est un peu entendu comparé à la puissance des deux premières saisons.

Oz reste d’une qualité globale rare avec beaucoup de personnages très intéressants heureusement, Schillinger, Alvares, Saïd, Keller et Beecher en tête de ligne des détenus. La série garde une très belle cohérence derrière ces quelques recyclages. Finalement, la dernière saison que je craignais trop sensationnaliste et déjà vue s’en sort plutôt bien. Le dernier épisode n’est pas transcendant mais démontre toute la solidité de cette série sur la longueur. Le final théâtral entre Schillinger, Beecher et Keller fait son petit effet après tout ce temps à se chamailler.

Lorsque Tobias Beecher et Ryan O’Reilly débarquent à Oz dans le premier épisode, Augustus Hill déclame : « Oz is where I live, Oz is where I will die, where the most of us will die. What we were don’t matter, what we are don’t matter, what we become don’t matter. Does it? » Tout était déjà posé. Les vies de ces anodins qu’on ne pensait pas voir survivre valent bien celles d’un caïd à forte réputation bassement trahi, lâchement sodomisé, ou encore piteusement étouffé par un travesti ou une vieille infirmière revêche.

Réunis dans cette prison où tous sont égaux malgré leurs différents, les détenus sans aucun avenir si ce n’est la mort nous font part de leurs rêves, cachés en chacun sous le vernis de la violence, du sexe et de la drogue. La profonde humanité de Soeur Peter Mary, du père Mukada, de Tim Mc Manus, du Docteur Nathan, etc, fournie au prix d’énormes efforts et autant de souffrance et d’échecs, se situe au delà de la foi religieuse, apprend à connaître et à mieux comprendre les cercles infernaux qui enserrent ces destinées pris au piège dans un labyrinthe mental sans issue, belle image utilisée dans la dernière saison des conflits internes sans remèdes, omniprésents depuis le début et combattus avec un fervent idéalisme qui lui n’est pas vain, au contraire de la vie à Oz.

http://www.senscritique.com/serie/Oz/critique/30946509

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