The Grand Budapest Hotel (2014)

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4-00

Oooouhhh, c’est si beau, si fin, ciselé, doux et acidulé, c’est du Mendl’s. D’ailleurs, ce n’est pas un hôtel sur l’affiche, c’est un gâteau presque. Comme ça s’ouvre tout seul avec une surprise dedans et pleins de couleurs avalées avec gourmandise. Comme ce dandy est magnifique avec son air de panache et sa coupe de vin presque sentis par nos narines, et cette pichenette mélancolique, et cette folie grinçante qui traverse l’Histoire dans un tourbillon d’improbables références, d’images fantastiquement classes, d’une malice finement distillée et de tout un tas d’autres trucs qualitatifs qui s’empilent telle une Religieuse verticale. Il y a du niveau de cinéma et Anderson est régulier, un vrai métronome, un horloger suisse. Un travail graphique extrême, subtil dégradé entre le perfectionnisme rectiligne acharné et l’innocence foisonnante et pincée, un air de contradiction, une approche aérienne et pimpante au dessus du sordide, un fond comme autant de couches de nuages. Une œuvre fraîche et charmante aussi accessible qu’élitiste qui passe toute seule avec un rythme savamment maîtrisé. Bref, une autre pièce de choix dans la filmo du réalisateur.

Malgré tout, une impression de tromperie, un peu comme les Tenenbaum. Un titre, une affiche et un début qui annoncent un hôtel omniprésent alors qu’il ne l’est pas, une présence humaine qui n’arrive pas ou difficilement, un scénario diabolique qui n’est qu’un prétexte amusant et un casting complètement fou (Soirse Ronan est trop belle…) tellement innombrable que personne n’en sort un grand rôle.

Non franchement, Ralph Fiennes et Tony Revolori prennent toute la place. Adrien Brody en méchant, c’est foutu d’avance pris par n’importe quel bout et tous les autres sont purement accessoires, hormis peut-être Harvey Keitel. Surtout comparé aux autres films du réalisateur où chaque second rôle est si spirituellement présent. Un avocat, un policier, un tueur, une vieille et une boulangère à peine effleurés, ça sent le consensuel tout de même, un léger fumet de « Grandmaster » oserais-je dire !… Ralph Fiennes est excellent comme toujours mais je ne puis être pleinement touché par son personnage si évanescent et décousu émotionnellement, et puis c’est tellement centré sur le comique absurde et le symbolisme précieux de chaque plan, de chaque note de musique, chaque mot luxueux, chaque lettrage imprimé, chaque mouvement que ce n’est qu’un jeu.
C’est un film ludique mais sans spontanéité pour moi, sans accident, entièrement calculé, et donc je ne trouve plus ça ludique en fin de compte… Et Ralph Fiennes ne suffit pas lorsque toute émotion est si absente et que tout n’est plus que conte imaginaire, des sensations expliquées en versets jusqu’aux pensées même. Tony Revolori est génial sinon. Et puis, c’est quand même constamment mirifique.

Anderson parvient généralement à m’émouvoir malgré sa distance froide pas toujours flamboyante pour tout le monde, pour percer la mélancolie juste en dessous et révéler une belle fibre émotive. Ici, c’est magnifique, rythmé et assez drôle mais ça ne me touche pas, c’est comme regarder une maison de poupée. C’est pourtant la plus magistrale mise en scène de Wes Anderson, superbe et inventive à chaque seconde, mais elle tend légèrement vers une posture ostentatoire vidé de ses personnages. Et puis, c’est pas à se péter de rire non plus hein, tout juste une petite poufferie de temps à autre…

http://www.senscritique.com/film/The_Grand_Budapest_Hotel/critique/31719279

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