Liquid Sky (1982)

liquidsky

3-50

Un minuscule vaisseau spatial se pose en altitude sur le toit d’un appartement new-yorkais, non loin du World Trade Center. À l’intérieur de ce vaisseau, une présence plus suggérée que montrée en quête de drogue forte, tout opiacé stimulant le cerveau en particulier l’héroïne, nourriture essentielle à sa survie. Il prend pour cible un couple de mannequins photo bisexuels, Margaret et Jimmy, joués par la même personne, la platonique Anne Carlisle, sorte de princesse bafouée du métier. Bientôt, l’extraterrestre découvre que l’orgasme est une bien meilleure drogue que l’héroïne et va donc préférer suivre la pauvre Margaret plutôt que Jimmy le jeune drogué.

Mannequin aux allures dépravées, harcelée à chacun de ses jobs, abusée par beaucoup, moquée par tous, Margaret a la punk attitude bien ancrée et tente de nier les « viols » qu’elle subit quotidiennement. Elle se protège derrière sa frigidité ce qui aide au passage pour la sauver de l’emprise mentale de l’alien, mais a aussi pour effet de tuer ses amants lors de l’orgasme… Copieux le truc.

Qu’on ne s’y trompe pas, le montage en parallèle et l’ambiance à la Warhol suggèrent plus qu’ils ne montrent. On n’est pas dans « Hidden », loin de là. L’entité extraterrestre n’interagit pas, n’a aucune représentation physique si ce n’est sa soucoupe et un montage graphique en superpositions qui forme une sorte d’oeil oppressant sur nappe de synthé furieusement atariesque. Il ne communique pas et tout cela le rend d’autant plus mystérieux.
L’ambiance est bien calée entre l’essai expérimental sci-fi à faible budget et une représentation assez sordide de la mode new-yorkaise underground alors en plein tourbillon de décadence no life. Pas de trash pour autant, c’est plus une question d’humeur ambiante. Surtout avec en prime la petite chanteuse indé, improbable mélange kraftwerk / slam forieux, et sa beatbox préhistorique en bandoulière de la taille d’une glacière. Assez spécial le truc…

Le tout baigne dans une surenchère de séance photo fashion 80s, de fumée, de néons fluos, et d’une bande originale new wave / cold wave minimale composée par Brenda Hutchinson et Clive Smith sur un Fairlight CMI, soit un des premiers synthé sampler (merci wiki). Des filtres en négatifs s’ajoutent lors des passages dits de la « vision Predator / tu t’es fait baiser, t’as droit à un cristal dans le crâne ». C’est tout moche parfois mais sinon c’est typiquement dans le trip neon 80s. Beaucoup d’autres plans nocturnes avec couleurs pétantes, mannequins design peinturlurés et drogués, équipe photo droguée, reporter, etc, ont franchement du style malgré le côté ringard du truc.

C’est lent, poseur, bizarre, clairement mal joué, souvent ridicule, mais en même temps puissamment assumé et hypnotique. Et c’est un bel exploit de rendre ça stylé parce que le scénario, c’est limite « The Cat » de Nam Lai Choi, soit un des plus gros nanars que la terre ait engendré. Le réalisateur, Slava Tsukerman, son unique film ou presque, parvient à en faire un objet schizophrène intéressant dans sa dénonciation du vide affectif propre à la vie urbaine d’une jeunesse en décalage, grouillante, vaine et noctambule. Bon petit film culte d’une minorité et d’une génération où le sexe, thème assez omniprésent, a aussi le bon goût d’être suggéré. Un film graphiquement affirmé à l’ambiance représentative d’un courant bien digéré.

ps : liquid sky est un des noms donné à l’héroïne par le milieu à cette époque.

http://www.senscritique.com/film/Liquid_Sky/critique/26024105

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