Jour de fête (1949)

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Pourtant j’y croyais moyen pour celui-là, même au début, et ce malgré la nostalgie bien présente d’un village rappelant celui de mes grands-parents et plus généralement la France de Jadis. Après tout, une fête de village, c’est assez minime comme pitch. Mais nul besoin de pitch avec Tati, il capte la tendresse et la légèreté du quotidien comme personne et ça suffit déjà. Il se passe toujours un truc dans le plan. Je ne suis pourtant pas super friand de tout chez Chaplin et Keaton par contre avec Tati, ça marche à chaque fois pour l’instant. Les cascades ne sont jamais trop, elles flirtent toujours avec un quotidien fait de hasards simples et c’est d’autant plus frais et touchant.

« Alllez Françoais, la rapidité, à l’américaine, allez ! »

Le film commence comme un jour excitant où tout s’accélère dans le rythme campagnard, tous se préparent, et là je me souviens de la fête du villlage où il n’y avait qu’un manège et rien que d’approcher les chevaux de bois, ça faisait battre le coeur… Mm mh, Trêve de nostalgie, le film est malin comme un Tati et dès qu’il arrive en postier sur son vélo, c’est fou mais ça devient drôle, bien plus drôle que le simple humour campagnard de base, bien plus drôle que beaucoup d’autres choses inspiratrices de, ou inspirés par, ce film même. Personnage en opposition, François le postier va lui subir totalement le rythme effréné de cette journée festive, qui sonnera bientôt comme le signe du rythme de la modernité, de la compétition, de l’accélération, inspirés des américains. La mise en scène est déjà d’une précision diabolique sur ces thèmes de prédilection alors qu’on est censé être dans une simple comédie champêtre grand public…, plan de l’enfant qui court derrière les chevaux de bois dans le camion qui ouvre et ferme le film, symbole de la course moderne, attirante mais dangereuse. Cette modernité subtilement induite, confrontée à l’esprit bonne vieille France campagnarde en accord avec le rythme de la nature, les campagnards se couchent grosso modo quand il fait nuit, bouleverse leurs habitudes, remet en question leur rythme. Le tenancier a repeint ses chaises pour l’occasion mais la peinture n’a pas eu le temps de sécher. Les jeunes filles se font belles mais rentrent le soir les pieds en feu à cause des talons. La jeune fille qui en pince pour le gars du manège ne peut le posséder car il repart déjà sur la route avec sa femme pour accélérer le rythme d’une autre journée, d’un autre jour de fête dans un autre village.

Notre pauvre facteur subit l’air de rien, comme Monsieur Hulot le fera plus tard, tout ce qui va traverser cette journée intense et ça se prolonge avec le film sur les postiers américains projeté lors de la fête qui pousse François à réaliser une tournée mémorable. Bref, je ne sais pas du tout ce que je viens d’écrire mais sous ses allures simplettes de fête locale, ce Tati est encore une fois en béton armé. On voit même le niveau de mise en scène gagner en qualité à vue d’oeil au fil du métrage tellement il est trop fort le bougre.

« Pour ce qu’elles sont bonnes les nouvelles, on a bin l’temps de les r’cevoir. »

Ah si, je voulais parler aussi des dialogues ajoutés plus tard par dessus les images. Là où ça paraît très souvent maladroit, ça devient avec Tati une véritable marque de fabrique où les images sont ainsi encore plus proches du quotidien alors que les dialogues ne laissent qu’une impression, une thématique que le spectateur interprète comme il le sent selon son affinité avec les images, ce qui rend les films de Tati encore plus vibrants. Les personnes dans le cadre discutent régulièrement de choses et d’autres sans que cela ne paraissent dans les dialogues et inversement, des dialogues sont ajoutés lorsqu’une personne est de dos pour transmettre presque une pensée. Comme cette vieille mémé toute courbée qui sert de fil rouge, indestructible observatrice du quotidien.

Bref, ça foisonne de partout.

A link to the past : parce que je pensais à Zelda lorsque François arriva et qu’il commença à enchaîner les petites missions pour faire plaisir aux villageois.
Un lien vers le passé : parce que boudiou, c’est y pas du film bin d’chez nous ça ma p’tite dame de c’tour !
A link to the poste : parce que la poste représente la rapidité de la transmission de l’information qui s’emparera du monde moderne, là où François tente d’accéder avant de finalement reprendre son rythme amical et aider les gens tranquillement au gré de sa tournée, comme battre le foin au rythme de la nature tandis que la jeunesse reprend le flambeau et court après les chevaux en furie du futur.

http://www.senscritique.com/film/Jour_de_fete/critique/31992492

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