Brève Rencontre (Brief Encounter) 1945

briefencounter

Love on the brief

3-75

Alors il est comment ce petit classique du mélo britannique de 45 ? Et bien il est très bien ma petite dame. Oui vraiment, si le cinéma est comme une hypnose, « Brève rencontre » en est un bel exemple. Parce que tenir aussi bien le coup sur une histoire d’amour impossible aussi bêtement simple, chers classiquiens, vous tendez sérieusement le bâton pour vous faire battre avec celui-là tout de même. J’imagine aisément le blockbusterien ou même le bisseux pur et dur se ramener dans le coin lâchant un bon gros « non mais c’est quoi ce film de tarlouze sérieux ? ». Simple intuition.

Sur le chemin de retour du travail, Laura, une femme mariée, intelligente et aussi aimable que pincée rencontre brièvement Alec Harvey, un médecin très bien élevé et lui aussi marié. Ils se croisent notamment au bistrot de la ga… Ah non, c’est un salon de thé !? Un salon de thé dans une gare sérieux ? Sont fous ces anglais.
Femme très sensée à la vie réglée comme du papier à musique, elle tombe par hasard follement amoureuse tout comme lui. De fil en aiguille, ils passent plusieurs jeudis après-midi de suite ensemble commençant par un cinéma pour finir dans des lieux beaucoup plus équivoques comme un pont en rase campagne, ooooh, et même ***spoiler*** l’appartement d’un pote médecin ! Aaah le polisson. ***spoiler*** C’est du chaud bouillant donc. Il s’embrassent sur la bouche carrément et tout.

Mais comment gérer ce sentiment incontrôlable qui les assaille et les agite tout autant qu’ils pouvaient vibrer dans leur espiègle jeunesse ? Comment peut-elle gérer cette situation impossible avec ses deux enfants chéris et son mari assez terre à terre mais si bon avec elle ? Comment vivre cet amour fou sans mentir ni se cacher des autres quand on a déjà construit quelque chose d’aussi stable, confortable et sécurisé ? Pas de réponses toutes faites ici et autant de questions que l’Homme moderne a tendance à prendre par dessus la jambe préférant un plus fun « bin moi, je me la fais, on gèrera plus tard ! »… Là, ça ferait un film.

Ici, c’est du mélo épuré, matriciel, préventif presque, avec Celia Johnson et Trevor Howard, deux acteurs pas forcément canons physiquement mais David Lean ne fait pas dans le mannequinat. Ce sont des professionnels qui savent jouer, c’est leur boulot exclusif même ! Pas d’être beaux au regard pensif, fashions ou bons fêtards, de bien jouer juste ! c’est du cinéma coco. Donc, ils sont blindés de talent, touchants de sincérité et la mise en scène est vraiment sur eux, caresse leur visage, enveloppe le tout d’une gare de nuit d’où ne surgissent que quelques lignes de lumières franches et autres fumées mystiques.
Deux amoureux, deux foyers, une gare et aucune possibilité. L’impasse s’étire de tout son long plongeant dans les pensées de Cella Johnson par flashbacks pas forcément nécessaires mais stylés.

(Et mince, c’est quand même le summum du cul-cul ce truc !
Même pas. Borzage est bien pire et lui ne fait que des chefs d’oeuvre…)

Il y a une force tranquille dans « Brêve rencontre », un charme tout en douceur, un humour guindé, un amour sincère, David Lean a déjà tout d’un grand quand il s’agit de traduire par l’image des sentiments vitaux enfouis. Les plans de gare et gros plans de Laura agitée ou d’Alec amoureux sont d’une grande maîtrise.

S’il y a un truc qui m’a vraiment gêné, c’est la place énorme faite à Laura et donc le non-approfondissement total du médecin joué par Trevor Howard. Il est médecin et c’est à peu près tout ce qu’on sait. On ne voit jamais sa propre vie et il ne fait que dire « ouais mais trop comme toi. Tout pareil. Moi je t’aime trop et toi aussi donc ouais ! … Mais trop dur aussi, ouais t’as raison, comme toi. »… Même son visage semble secret. Quelque part, ça le rendrait presque suspect.

Ah ouais, en fait d’un certain côté, c’est pas mal de n’avoir que son point de vue à elle… C’est ce qui amène mieux encore cette culpabilité, ce doute franc sur l’amour qui plane et pèse de toute son interdiction, étiré sur 1h30, où le mensonge pourtant exceptionnellement utilisé devient un fardeau impossible.

Avec une galerie de solides seconds rôles, une belle musique, symphonique très douce et un texte qui a des choses à dire sur l’amour, ça fait beaucoup, mais il m’a quand même manqué quelque chose pour être touché par la grâce. C’est une relation plus théorique que réelle j’ai trouvé. Les sentiments sont plus joliment exposés que vécus peut-être. Et puis c’est quand même du giant Bisounours hein. Mais, c’est du solide et c’est beau.

ps : Hé le chef de gare, c »est le gars de « My Fair Lady » ! je l’ai reconnu ! Ouais, c’est comment déjà ? Stanley Holloway ! J’adooore commencer à reconnaître des acteurs seconds rôles en explorant un cinéma, le kif…
SC

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