Interstellar (2014)

Interstellar2

Et Nolan guette

3-25

Nolan est un destructeur de rêve, ça me semble impossible de ne plus le prendre en compte. Je lui étais pourtant tout acquis dès « Memento » qui me semble toujours son chef d’oeuvre. Pour un maître de la dissection du montage tel que lui, un sujet clinique lui sied à ravir. « Insomnia » ou « Le Prestige » montraient eux aussi une analyse méthodique dont le suspense fonctionne par le montage quasi scientifique d’une mystérieuse mécanique à l’oeuvre.

Dans « Inception » comme dans « Interstellar », Nolan aborde ses sujets les plus chers et les plus chers aux rêveurs, maîtriser les rêves lucides pour « Inception », traverser les corps spatiaux méconnus pour sauver la planète dans « Interstellar ». Ce sont les plus beaux sujets de SF du monde, à même de titiller l’imagination à l’infini. Mais Nolan ne fait toujours que disséquer et garde la subtilité d’un pancake pour ce qui est de faire murir des sentiments et des personnages. Heureusement que Matthew est encore une fois magnifique de présence. Le passage où il pleure devant ses messages est porteur avant tout par son jeu remarquable. Les autres sont d’une froideur polaire exemplaire, Anne Hathaway, ça va pas être possible, et Nolan laisse trop peu de sentiments se diffuser librement en émotion. Il met en place les émotions, les dispose en les expliquant inutilement alors qu’il suffirait de les laisser vivre, sans dialogue ni musique même. C’est super bavard pour un film dans l’espace, alors qu’il suffirait de ne mettre que les scènes évocatrices pour être transporter… Matt pourrait être un super personnage mais il explique tout son mystère en 30 secondes !

« Nolan est inhumain » titre une autre critique… Quand on a la possibilité de montrer trois mondes d’une autre galaxie incluant une traversée des deux corps spatiaux les plus inconnus de l’être humain, on pourrait peut-être éviter de prendre une première planète qui est un remix d’Inception avec une vague, une seconde planète qui est un remix d’Inception avec l’Islande et un dernier remix d’Inception avec un vaisseau pour la route. Visuellement, c’est la même idée, il n’y a pas de choses plus fantastique à montrer que ce ploiement de l’espace sur lui-même, cet horizon courbe. C’est beau comme architecture mais c’est fermé, fini. Et si le point fort du film était réellement de capitaliser sur la grande question de sauver ou non l’humanité dans ce futur presque post-apocalyptique, il ne fallait pas mettre deux planètes près d’un trou noir juste histoire de. « Ah au fait, maintenant qu’on est pas loin d’arriver, j’ai oublié de vous dire que deux des trois planètes sont en bordure d’un trou noir hein, ah ah, désolé, mais ça va nous poser des problèmes de temps relatif en plus, vus allez voir, ça va être cool »… Heureusement, il y a deux superbes moments de puissance évocatrice au delà des explications et du même effet visuel, la traversée du trou de verre et du trou noir. On sent poindre tout le mystère scientifique inexplicable que Nolan maîtrise parfaitement à montrer visuellement, malgré là encore l’effet « l’horizon courbe est universel les amis ».

Les films de Nolan repose sur ce montage scientifique du mystère, comme un chirurgien qui dissèque les grandes questions sans les laisser vivre ni titiller l’imagination, en cimentant l’inconnu par des réponses définitives. Il montre à voir par l’architecture. Le film entier est ainsi articulé sur un twist plus ou moins deviné depuis le début qui en plus ajoute l’amour à une équation scientifique… C’est pourquoi, je ne peux pas dire que ça me fasse rêver. Il n’y a plus de porte ouverte pour.

Ça pourrait marcher puisque c’est voulu réaliste. Mais quand on se veut réaliste et qu’une fusée challenger-like extirpe un équipage de l’attraction terrestre, on ne se sert pas d’un vaisseau type star trek pour quitter une autre planète qui a soit disant une gravité beaucoup plus élevée que la terre (non mais hey !!!). On peut aussi envoyer ses robots, frigos du futur ultra polyvalents, sur tous les terrains pour l’exploration avant de se faire chier à perdre des années de vie pour quelques minutes à terre, et se prendre le pied dans le seul caillou du coin.

Mais ce n’est même pas cette volonté de rationaliser visuellement le moindre rêve qui m’empêche de rêver avec lui, c’est surtout que Nolan joue la contemplation des sentiments et les explique la scène d’après parce que son scénario a prévu toutes les explications nécessaires. C’est super lourd. La belle musique de Zimmer est malheureusement encore une fois omniprésente et écrase toute possibilité supplémentaire de s’évaporer complètement dans le bain de l’infini gravitationnel et temporel. Au lieu de cela, on veut me rationaliser tout ça avec la force d’un amour à 110% et d’un humour à 60%. Et même privilégier les gros plans humanistes au lieu de la grandeur spatiale. Non.

Mais je suis tellement gentil que rien que pour avoir pu devenir cette odyssée dévastatrice de puissance que j’espère depuis toujours revoir au cinéma depuis 2001, je lui accorde 1 point de plus. :p

ps : Alors on va me dire, Gravity (ou même Avatar…) est beaucoup plus con. Oui mais Gravity ne prétend pas faire du Tarkovski.

http://www.senscritique.com/film/Interstellar/critique/36938503

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