Les Proies (The Beguiled) 1970

thebeguiled

Le pensionnat des jeunes filles sévères

4-50

Largement réévalué depuis son échec commercial et critique initial, grosse plus-value et petite diffusion, culte bien ancré, ambiance lourde assurée, les attentes sont donc forcément hautes. L’affiche est belle et ce gros plan donne bien envie en plus. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que « Les Proies » ne fait pas les choses à moitié ni comme les autres. En commençant directement par un Eastwood, Yankee blessé, retors et vicelard, qui embrasse une gamine de douze ans dès la troisième minute, il y a de quoi paniquer d’emblée. Imaginez un public composé d’ados en attente du prochain western d’action de la star et de femmes libérées venues se divertir…

En forme de huis-clos psychologique resserrant lentement son étau, un petit harem va se constituer autour de Clint, qui ira très loin (pour dire, j’ai même penser au « Couvent de la bête sacrée » dans le genre bon gros huis-clos blasphématoire) mais tellement l’air de rien, avec douceur, en parfaite sainte-ni-touche même, poussé par les hormones en ébullition de Clint qui infestent littéralement toute la baraque du sous-sol au grenier.

J’ai un peu pensé à « Misery » aussi sauf qu’il n’y a pas de gentil et de méchant. Tout le monde est à la fois sacrément humain (voire légèrement caricatural mais ça passe super bien) et entièrement déformé par cette guerre à l’agonie mais toujours là, présente par sa seule odeur méphitique. Ses relents nauséeux de soldats devenus des bêtes de survie en rut restent distants mais imprègnent néanmoins copieusement la maison de jeunes filles où échoue Clint, Caporal John McBurné mystérieusement blessé. Pour ne rien gâcher, sa position centrale est ultra ambigüe. Réfugié dans ce pensionnat en plein territoire confédéré, il démontre de suite un puissant instinct de séduction manipulatoire tout en douceur qui embrouille encore bien davantage la situation. Et si une des patrouilles sudistes essayait de s’introduire et découvrait l’ennemi en son sein ?! Et comment pourraient réagir ses frêles jeunes filles ?! Et saurait-t-il les protéger si des Yankees arrivaient !? Et que va-t-il se passer avec la belle esclave ? Etc. Les hypothèses fusent.

Coupées du monde mais non loin du front, nos six bonnes et jeunes chrétiennes et leur bonne et vieille directrice sont toutes autant en manque d’homme qu’imprégnées de l’instinct de survie teinté de foi qui sied en temps de guerre. C’est un peu « La barrière de chair » sauf que le soldat tombe dans un pensionnat au lieu des prostituées… Ouais non. Géraldine Page et Elizabeth Hartman à fond, d’abord méfiantes, basculent progressivement vers une seconde moitié tout en non-dits suggérés de folie perverse. Délicieux.

Clint est parfait, la mise en scène prenante, les dialogues ciselés, la tension et l’humour cynique permanents, on pourra redire sur les directions un peu faciles et rentre-dedans d’un scénario tout de même assez simpliste mais ça met sa claque comme rarement dans son genre. À l’aide de fondus enchaînés bien insistants, Don Siegel ajoute brutalement quelques voix-off de pensées secrètes, quelques brefs flashbacks de passé du héros et quelques inserts de fantasmes rêvés. Je ne sais si c’est une demande d’Universal pour rendre le tout un peu moins perturbant mais ça marche pas en tout cas, c’est encore plus cinglé !

http://www.senscritique.com/film/Les_Proies/critique/17759557
beguiled-1970

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