Conjuring : Les Dossiers Warren (The Conjuring) 2013

theconjuring

3-25

Ce film surbuzzé et plébiscité parvient à deux choses presque, deux exploits. James Wan parvient à délivrer un film à peu près consommable sur un genre aussi sucé jusqu’à la moelle que la maison hantée/possédée grâce à sa mise en scène plutôt néo gothico-propre et James Wan parvient à consolider et même copieusement regonfler la valeur médiatique du couple Warren.

Je n’y connaissais rien à ces deux-là, approuvés par le Vatican qui n’a pas de section démonologie mais bon, et j’ai eu envie d’en savoir plus après le film, au point d’y perdre un après-midi, efficacité inodore du teasing à l’américaine. Comme beaucoup, j’ai donc cherché, lu ici ou là, avant de tomber sur cette page qui propose une vidéo YT de 45 minutes d’un entretien entre Andrea Perron, une des filles Perron victime des agressions démoniaques, et l’actuelle propriétaire de la ferme, Norma Sutcliffe, qui discutent volontiers des évènements qui se sont produits et s’y produiraient encore aujourd’hui. Ensuite, c’est un kilomètre de commentaires sur les démons et le pouvoir de Jésus. Je sais pas pourquoi, j’ai tout lu (donc ça va digresser dur).

Des européens, un mexicain et même un chinois interviennent aussi et font part de leur grande croyance aux attaques démoniaques, à ce moment, un allemand préconise de venir chez lui où il n’y a pas d’attaques de démons, juste des ovnis. À un autre moment, une question profonde parmi d’autres : « pourquoi un démon voudrait-il insulter la Trinité alors qu’il n’y croit pas ? »… ou encore « je n’ai pas vu une seule fois Ed Warren invoquer le nom de Jésus ce qui est un non-sens puisque tous le monde sait que le nom de Jésus est le plus puissant », on se croirait dans « Dune »…
C’est dingue comme les phénomènes paranormaux démoniaques ont une forte propension à se déclarer chez les catholiques, de préférence américains. Malgré le nombre de sceptiques sur la page, il y a toujours une horde de commentateurs, le plus souvent croyants mais pas toujours, du moins au départ, qui jurent croire au Diable et avoir vécu des expériences les plus réelles qui soient, tout en relativisant, souvent mais pas toujours, l’extrémité que peut atteindre le film. Certains jurent que c’était même pire, arguments à l’appui.

Le petit bonus, c’est une intervention écrite de Madame Norma Sutcliffe elle-même qui balance copieusement sur la famille Perron et hurle à la manipulation, expliquant que cette vidéo a été tourné peu après son emménagement et qu’elle a surtout parlé de quelques trucs étranges pour faire plaisir à Madame Perron, très motivée à dire la « vérité » pour sa part, mais que rien depuis ni avant les Perron n’est arrivé dans cette ferme. C’est même davantage le tintouin médiatique survenu après l’affaire et d’autant plus avec la sortie du film, qui l’effraie aujourd’hui, notamment une horde de curieux qui viennent flasher à tour de bras et s’introduisent sur leur terrain. Terrain ainsi souillé quotidiennement qui est un site classé depuis 1700 et quelques au passage, et ça aussi, ça la met en rogne, plutôt normal. Elle affirme aussi qu’après avoir fait des recherches sérieuses sur le passé de la maison, il n’y a aucune trace de meurtre sanglant, que la soit-disant sorcière n’en était pas une, que personne ne s’est pendu à la branche, etc, etc. Rien ne prouve que c’est la véritable Norma Sutcliffe derrière ce pseudo, d’ailleurs personne ne rebondira, mais sa fragile spontanéité et sa sincérité font peu de doutes me concernant. Surtout en regardant la vidéo où Norma peine à suivre le rythme de phénomènes qu’Andrea souhaite imprimer à son « reportage » dans la ferme même. Les commentateurs les plus férus auront d’ailleurs relevé une sorte de mouvement furtif lumineux qui traverse la pièce de droite à gauche à la 56ème seconde, et après vérification, il se passe bien un truc bizarre avec l’image à ce moment là ! Mmmh, recentrons si possible…

Après le canular d’Amityville révélé, qui en était bien un puis en fait pas vraiment, auxquels le couple Warren disait ne pas avoir participé puis finalement si quand même un peu, « The Conjuring » nous propose un portrait parfaitement idyllique et héroïque du couple de chasseurs de démons comme si de rien n’était. Leur crédibilité est ainsi miraculeusement redevenue intacte auprès d’un grand nombre de spectateurs comme par enchantement, par la seule force du « Based on the true story » assorti en prime d’un « believe it or not ». Il faut dire que Patrick Wilson et Vera Farmiga font super bien leur boulot pour nous offrir leur ultime visage de philanthropes. C’est sûr qu’avec eux, faire un musée d’objets hantés, une sorte de Disneyland du paranormal chez les Warren, c’est tout à fait logique, comment pourrait-il s’agir d’une simple affaire mercantile. Et la fille Perron qui écrit une trilogie et la sort en même temps que le film, c’est tout à fait crédible aussi. Mmmh, bref.

Résultat, c’est exactement ce que je craignais, j’ai préféré le tâcheron Charles Stewart et son très sympathique « Dark Skies » unanimement reconnu comme une bouse plutôt que la locomotive « The Conjuring » bien réalisé et super bien vendu mais sans intérêt inédit. Simplement parce que les personnages de « Dark Skies » existent davantage eux. Ils ont de vrais problèmes à régler, ils ont deux fils bien différents avec leurs problèmes à eux, ils refusent d’y croire le plus longtemps possible, ont honte, s’en parlent régulièrement tout en gérant le quotidien, se cachent de leurs voisins. Alors qu’ici, c’est ballon. La ferme isolée suffit à clore le débat. Il n’y a qu’un enchaînement d’évènements bien réalisés, bon montage sonore, bons acteurs de situations tout ce que tu veux, mais bien connus depuis des lustres, qui tombent progressivement, merci les 40 premières minutes des plus laborieuses, et jamais, on ne s’attarde vraiment sur la personnalité de la famille. À peine une scène nous présente le problème du mari chauffeur qui ne peut souvent revenir que le week-end et ce détail n’aura aucune incidence, comme tous les détails du quotidien de cette ferme qui disparaissent au profit d’un enchaînement d’effets de flip et de seconds rôles stéréotypés faciles à apprécier, l’asiatique geek et le flic moustachu. Sans personnage à comprendre et pour qui vibrer, il n’y a qu’une suite d’hommages au genre sans le véritable frisson du réel. Lily Taylor fait toujours bien la démone d’accord.

La mise en scène et les têtes avenantes du couple Warren passent bien mais n’empêchent pas une certaine austérité laborieuse empreinte de croyances en une mythologie catholique d’un autre âge doublée d’un jeu plutôt transparent. Le manque d’originalité du fond ajoute pourtant au côté hommage classique que Wan souhaite développer ce qui ne le rend pas trop désagréable au final. L’ambiance sonore crispante participe toujours à ses cadrages mouvants et oppressants. La photo quant à elle, aussi propre passe-t-elle, est tout de même assez fadasse.

La meilleure preuve visuelle que les Warren nous aient jamais offert est une chaise qui bouge, ce n’est pas rien, j’attendais presque la vidéo de la fille balancée aux quatre coins de la pièce avec toutes ces caméras.

La véritable poupée Annabelle fait super peur aussi :
https://thenypost.files.wordpress.com/2014/09/image0071.jpg

SC

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