Night Call (Nightcrawler) 2014

nightcall

Network 2.0

4-50

Quelle belle surprise.

J’attendais pourtant le glauque gratuit à des kilomètres, cet arc récurrent tendu tout entier vers l’effet choc « réaliste », écrasant un récit vidé de sens sous couvert d’un personnage mystérieux qui ne se révèle souvent que simple psychopathe. Tout a pourtant l’air de ça dans « Night Call » et je me bouchais d’abord le nez de peur que la suite n’empeste. Toute cette hype autour de L.A. esthétisé et ces protagonistes toujours proches du désespoir final qui mettent dix minutes à faire quelque chose de sensé, tout ce matraquage déployé pour exposer les desseins d’un être antipathique jusqu’à la moelle, ça fait peur.

J’attendais donc fébrilement Jake Gyllenhaal, talentueux depuis le début (« Donnie Darko » / « Zodiac ») mais toujours trop penaud et souvent fourré dans des films lourds aussi… En équilibre précaire, rôle à Oscars, les yeux exorbités, les joues creusées, le mental d’acier en perdition, il y est troublant, électrique, terrifiant.

Pas d’esthétisation à outrance ni de mise en scène trop voyante mais une adaptation naturelle de la caméra aux nécessités de la scène et un rythme bien géré, c’est plaisant. Cette ambiance éthérée capturée entre de multiples objectifs sied à merveille à ce mental en phase terminale de déshumanisation qui nage comme un poisson dans l’eau dans cet environnement devenu plus qu’un bac à requins, une mare de mauvais goût vendeur.

Il n’y a plus de longues tirades enragées lancées au spectateur comme dans « Network ». Le spectateur ne veut plus qu’on lui explique ni même qu’on lui démontre, il veut voir et ressentir. Il faut lui mettre le nez dans le caca pour espérer une réaction, insister sur l’exploitation de ces phrases tactiquement commerciales et cette négociation permanente du prix pour mieux goûter le malaise profond qui naît face à Lou, parfaite démonstration de la dégénérescence du terme d’ascension sociale, d’autant plus en phase avec le rapport de consommation gargantuesque entre l’information des chaînes télé et le public. Dan Gilroy démontre des rapports professionnels en place efficaces autant qu’inhumains. Lou est un monstre, un produit mutant, le héros en deviendrait l’être « normal », l’assistant. Je reste presque certain qu’un Lou, aussi taré soit-il, est parfaitement capable de réussir en vrai.

Bon après, tout n’est surement pas si parfait, ça se répète pas mal sous le crescendo et la psychologie des personnages reste assez sommaire, un très méchant, un très gentil, une soumise et une impuissante… Mais, ça passe carrément bien.

Vraiment, quelle belle surprise.

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Concernant l’objectif du réalisateur à cuter l’instant du bébé en live pour ensuite monter un faux suspense dans la scène télévisée qui suit et ainsi jouer à son propre jeu avec le spectateur, l’effet trop souvent gratuit me semble ici limpide à ma grande surprise. La question est de savoir si nous spectateur avons eu l’envie de savoir ne serait-ce qu’un instant, plus que l’envie de voir ou non un bébé. (Par extension de m’écrier intérieurement : « c’est une pu&µ!§ de scène, ce qu’il filme !! » quand la poursuite en voitures démarre. Surprenant venant de quelqu’un qui a lâché sa télé depuis un bail pour cause d’overdose de real-tv.) Tout le poids du personnage de Lou pèse de par sa logique aussi dérangée qu’implacable. Nina qui devrait être le requin de « Network » n’est plus qu’une serpillère condamnée à s’agenouiller devant la puissance de Lou passé à côté de toutes les étapes socialisantes pour mieux en ressortir seul Roi de la réussite, parfait autodidacte 2.0 accompli, égoïste autocentré par excellence.

SC

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