The Walking Dead (2010-2015)

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À gore perdu.

3-50

Le carton médiatique absolu, la série qui met tout le monde en désaccord, à même de balancer autant de jouissance que de crispation. Malgré ses nombreuses tares, j’aime The Walking Dead, ce serait mentir de dire le contraire vu que j’ai illico commencé le Comics dès que je suis arrivé en bout de saison 5 pour comparer, et que ça m’a même motivé à recommencer la série, pour recomparer en attendant la saison 6… Le zombie, c’est tellement ultime, tellement porteur dans ses thématiques, si résonnant avec notre époque et si prenant traité sérieusement que j’ai englouti TWD comme un mort-vivant en quête de bouffe, avec le gras et les abats.

Le travail d’adaptation entre les deux médias est assez colossal. De la liberté de traitement offerte par le support papier comparée au cahier des charges d’une énorme série telle que Walking Dead, voulue aussi transgressive, il ne reste finalement que des lieux, des noms, des bouts de personnages et quelques évènements précis. Sorti des premiers tomes assez fidèles, la BD est rapidement beaucoup plus sombre, complètement anti-héroïque, très portée sur la psychologie ébranlée et changeante de ses personnages beaucoup plus nombreux et instables et les évènements y sont directs, écrasants, beaucoup trop drastiques pour être montrés tels quels à l’écran. La série se concentre sur le suspense avant tout et n’hésite pas à fusionner plusieurs personnages en un seul pour en réduire le nombre et en accroître la dramatique et l’héroïsme. Hershel est un exemple frappant qui non content d’être sage, patriarche, médecin, cultivateur, philosophe et croyant est aussi celui qui se fait amputer dans la série. Dans le Comics, Hershel est plus nuancé, plus comme tout le monde, un bel enfoiré. Les deux médias sont assez complémentaires car très différents dans leur approche et finalement peu comparables.

Une série au gigantesque potentiel de survie zombiesque donc, qui se regarde pourtant bientôt comme « Lost », presque par masochisme, dans l’attente nourrie qu’il se passe quelque chose de significatif, quitte à engloutir des heures de « psychologie fine » autour d’un bivouac accompagnées de son chapelet de gore gratuit. Le découpage méticuleux et systématique d’un épisode par petit groupe de personnages creuse encore une attente artificielle qui ne vise qu’à bassement se repaître des quelques moments où ils vont enfin se rejoindre et éclater le danger. Le concept de horde de zombies quant à lui, genre petite attaque groupée, est la meilleure excuse trouvée pour découper le récit et l’étirer à l’infini.

Jusqu’au moment où on y est, le plus souvent en fin de saison, il se passe quelque chose de significatif attendu depuis au moins huit épisodes. Shane n’est pas bon pour le groupe – Hershel tient trop à sa ferme – les médicaments vont arriver – les zombies vont forcer la prison – Le gouverneur va attaquer – Ils vont arriver à Terminus, etc. Ces moments clés tant attendus sont finalement décevants, une simple tranche du gâteau espéré, car tout ne fait que perdre son sens profond à mesure qu’il s’étire : la survie et pourquoi ? Y a-t-il un espoir ? Qui sont les monstres ? Avons-nous changé ? La question de la survie n’a plus de raison d’être après quatre saisons d’héroïsme pimpant. C’est le paradoxe Walking Dead. Je veux savoir ce qu’il va se passer mais je suis déçu…

Par exemple, Rick et son (insupportable de) fils repoussent une horde à priori inarrêtable qui a forcé les grilles de la prison avec seulement deux AK47 et juste après, tous les gentils s’enfuient alors que tous les attaquants zombies et humains sont déjà morts dans la même suite de plans. La scène tant attendue explose toute logique de survie et passe pourtant par on ne sait quel miracle.

L’urgence bien déroulée des premiers épisodes grâce à un agréable mixe entre une certaine fidélité au Comics et toutes les scènes clés du genre mises bout à bout, s’évapore copieusement dès la ferme d’Hershel où ça brasse du psychologique à outrance au détriment du mouvement qu’imposerait le vrai danger. La tension devrait vraiment agir sur les personnages, pas faire semblant, pas juste suivre une suite de moments de vengeance à venir plus ou moins devinés (Sophia où es-tu ?…) d’où cette impression permanente et typique d’être mené par le bout du nez.

Un tel va bientôt mourir, ça se sent parce qu’il est trop faible ou au fond, il est mauvais, il a fait du mal à un moment donné, a mal juger de la situation, n’est pas assez altruiste, est devenu un animal, n’a plus la foi ou la véhicule par son décès. Shane ouvre la voie au seul ressors psychologique sous-jacent répété inlassablement : le bien doit triompher. Un tel perd quelqu’un pour exprimer sa colère et s’endurcir mais ne change jamais réellement d’attitude. Rick reste le leader du bien, Daryl l’archer bras gauche du bien, Michonne le samouraï bras droit du bien, Glenn est Passe-Partout, Maggie la plus belle, Hershel Dieu et le Gouverneur le Diable. Aucun personnage n’évolue d’une brindille. Au mieux, certains sont rapidement et vaguement ambigus. Il ne faut pas trop froisser la logique du bien et du mal. On nous ballade ainsi tranquillement pendant une saison pour comprendre la petite maison dans la prairie, deux saisons pour gérer un méchant et une saison pour arriver à Terminus. C’est assez abusé, surtout comparé à la dissolution totale des personnages de la BD.

Les moments de frime au combat de nos héros sont aussi effroyablement malvenus dans ce contexte d’apocalypse. La menace zombie devient alors accessoire.
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Cette capture représente le danger qui surplombe, la soit disant vraie menace permanente, et justifie tout le reste. Cette menace ne dure souvent qu’un plan. Ensuite, ils font 50m à gauche dans les bois et on n’en entend plus jamais parler. Le danger ne peut être palpable si les zombies ne sont plus qu’un élément du décor soigneusement disséminé. Tout cela est bien souvent trop tranquille, surtout dans la forêt avec sa traditionnelle poignée de zombies égarés jetés en pâture à nos éviscérateurs des temps modernes, eux seuls qui savent si bien éradiquer le mal à coups de poignard dans le crâne. Le reste de la population n’est que docile chair à zombie à peine capable de se battre, le plus souvent ignorants de la moindre notion de survie s’ils n’ont pas reçu d’ordres précis ou ne sont pas voués à devenir un personnage plus présent.

Chacun tiendra donc plus ou moins longtemps selon qu’il croit ou non au faux suspense fabriqué. Personnellement, je continue à marcher comme beaucoup car je suis habitué à bouffer de la merde déjà (j’adore « Lost » à la base donc bon, voilà), j’y prends encore un insondable plaisir parce que c’est une série de fin du monde avec des zombies d’une, la psychologie des personnages évolue tout de même un peu après 5 saisons, à vitesse d’escargot certes mais il faut être patient, et je veux savoir ce qu’il se passe à la fin de la faim.

Après une saison 3 très décevante au potentiel fortement gâché ne sachant pas trop comment faire vivre le personnage du Gouverneur au delà de son objectif, la saison 4 revigorante trouve enfin un bon équilibre entre l’action et la dévastation psychologique mais nous fait tout de même bien poireauter jusqu’au point de rendez-vous final. La saison 5 débute sur Terminus, lieu très attendu, et ne dure finalement qu’un épisode. Ensuite, nos héros s’éparpillent encore, glandent à nouveau autour de quelques historiettes et deux, trois attaques de zombies, et il ne reste plus qu’à attendre qu’ils se réunissent pour péter des gueules et se sortir d’une grosse mouise.

Pourtant en saison 5, les personnages semblent enfin véritablement interrogés par le biais d’Alexandria, la ville des couilles molles. Enfin, Rick n’est plus vraiment le bien incarné. Il faut nécessairement se bouffer des heures pour commencer à aborder un développement plus complet, lorsqu’ils se décident à creuser davantage les conséquences de ce qu’ils vivent au delà des évidences. C’est aussi assez plaisant de découvrir du nouveau au détour de flashbacks qui expliquent des choses survenues trois saisons avant.

Les acteurs sont globalement bien dedans hormis pas mal de seconds rôles bien douteux en tête desquels la jeune Lizzie qui joue vraiment super mal la fillette perturbée… Le prêtre est pas mal non plus. Carl, n’en parlons pas… Sinon, il faudra m’expliquer pourquoi les survivants sont toujours des super bombes alors qu’ils disent bien à un moment que les plus belles ont meilleur goût. Au final, les meilleurs moments restent bien ceux extirpés de la BD, lorsque la violence brutale éclabousse des heures de discussion trop sages.

Il y a aussi plus insidieux dans cette série, plus malsain et apparemment plus anecdotique, une banalisation extrême de la violence. Tous ceux de ma génération m’en ont parlé plus ou moins explicitement. À notre époque, vous n’auriez jamais pu trouver un tel niveau de violence et de gore à part au rayon adulte du vidéoclub. Aujourd’hui, ça s’étale au grand jour devant des millions de jeunes téléspectateurs et ça semble inoffensif. La première scène de la série montre tout de même Rick shooter une gamine en pleine tête. Normal, c’est une zombie, c’est cool mais quand même. De plus, les effets gore sanguinolents, gros point fort, sont particulièrement explicites, ce qui se fait de mieux dans le genre, dans la droite lignée de Savini. Par la suite, ça se tasse un peu pour devenir plus ludique qu’autre chose mais ça charcle toujours sévèrement. Et le zombie justifie tous les sévisses et le reste, le pillage de maisons c’est super cool, la liberté d’errer à sa guise sans contrainte, le culte du shérif armé, le culte des armes, tout ce qui fait briller cette vie sauvage de rebelle survivant loin de ce monde et de ses nouvelles technologies, eux qui ne rêvent pourtant que de tomber sur des vestiges comestibles ou non d’un glorieux passé commercial.

Bref, ça aurait pu être la meilleure série de zombies de la terre sauf qu’on nous prend pour des jambons à étirer ostensiblement le show, le tout sur plusieurs années histoire de faire perdurer la machine en étouffant le peu qu’il reste de suspense. Mais il y a toujours ce quelque chose, cette envie basique, l’héritage américain sans doute, l’envie de voir le mal à l’oeuvre ou/et voir le bien faire le ménage quitte à piétiner ce qui s’annonçait comme au top de la crédibilité.

Fear of the walking dead, vas-y balance.

SC

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