Generation Kill (2008)

Know your enemy

4-50

David Simon et Ed Burns égal à eux même donc géniaux. Tout commence jeté abruptement dans le bain du réel, sans exposition, sans suspense, sans cliffhanger, sans rebondissement, en plongée in vivo dans la vie quotidienne de personnes déjà proches, de parfaits inconnus pour le spectateur. Les trois premiers épisodes de leurs séries semblent presque difficiles, trop fournis en personnages à assimiler, avec une certaine lourdeur du dispositif documentaire presque déstabilisante, d’autant plus ici où se présente une troupe entière de soldats plus ou moins interchangeables. Et puis, il ne se passe rien dans leurs séries en fait, rien dans le sens où une série l’offre habituellement.

Mais très vite, chacun s’étoffe considérablement et tout devient inexorablement passionnant. Ce n’est même pas l’attente des évènements ou du dénouement qui oeuvre, il n’y en a pas non plus, ce sont surtout ces Hommes si familiers et crédibles que l’on vit avec eux et vibre pour eux. Le spectateur se rapproche peu à peu du microcosme présenté à mesure que le quotidien se déroule de concert avec les personnages tel un documentaire. Plus encore, Generation Kill a des moyens non négligeables, on s’y croirait. Le cadre désertique, les files de véhicules de l’armée, les tanks, l’équipement, les armes, les explosions, etc, tout est plus vrai que nature.

Pris entre des ordres absurdes et leur indéfectible esprit de corps, les Marines de reconnaissance témoignent de l’absurdité de la campagne en Irak lancée par Mister W Bush. Il n’est pas question de suivre une horde de va-t-en-guerre prêt à dézinguer du « arbi » et à violer de l’indigène, mais de s’attacher à une petite frange expérimentée et un peu plus au fait de leur utilité dans l’armée pour mieux saisir l’incohérence de leur mission, le tout appuyé par une touche de normalité et donc une certaine identification supplémentaire en la personne du reporter de « Rolling Stones » brillamment interprété par ce bon vieux Beecher.

Eux si parfaitement entraînés à reconnaître le terrain avant de tout défoncer sont ballotés d’une mission illogique à l’autre avec pour seul objectif de tout défoncer. Problème, cette guerre n’a rien de traditionnelle et ne ressemble en rien à ce qu’ils ont pu connaître avant. Il n’y a rien à défoncer ou presque puisque l’armée et les armes de Saddam ne sont qu’un leurre pour justifier l’invasion éclair. Leur agressivité est alors d’autant plus mise à rude épreuve alors que leur mission patauge copieusement, que l’ennemi se sert bientôt de la population comme bouclier et que les morts ne sont plus que des civils innocents ou presque.

Toute l’ambiguïté d’un déferlement armé dans les pays du Moyen-Orient en général et en Irak en particulier y est démontrée de façon limpide, là où l’ennemi n’est plus identifiable et où les États-Unis étalent leur impuissance malgré leur logistique et leur force de frappe dignes de l’Empire. La série de 2008 identifie parfaitement le véritable danger, les réactions hostiles qui mènent au Djihad, quelle que soit sa patrie d’origine.

Sinon, je ne sais même pas comment on peut comparer ça à du sous Band of Brothers pour être franc. Band of brothers, cette série si géniale encensée pour son réalisme, c’est purement du Spielberg, du serial Soldat Ryan où tout est commode, lissé et tendu vers l’action, le retournement et le dénouement. Ici, nulle action comme finalité, nul suspense fabriqué, juste le poids du réel dans toute sa gravité, ses paradoxes et son absurdité, ce qui fait qu’aucune scène ne va chercher le spectacle. Personne n’est mauvais ni bon non plus à l’image de Godfather leur boss à tous. Chacun a ses positions, sa façon d’être et s’adapte au jour le jour par pure ténacité. Le casting, remarquable bien qu’inconnu au bataillon, est une nouvelle fois composé d’une talentueuse brochette de jeunes acteurs et la mise en scène y est de plus en plus bluffante, frappante même.

Peut-être moins profonde que les autres séries du maestro David Simon, légèrement moins vibrante car il est plus difficile de s’identifier complètement au parcours de ses Marines, et il y avait surement tant d’autres points obscurs à développer, Generation kill n’en reste pas moins une grosse claque de série de plus à mettre à son compteur.

ps : sinon ça n’a rien à voir mais je sais pas si vous avez déjà noté la tête du Général irakien Ezzat Ibrahim al-Douri, troublant lookalike de Bryan Cranston
SC

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