L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford) 2007

jessejames-robertford

Dominik c’trop calme

3-75

Beau film à contre-courant des gros machins tout gras pour Andrew Dominik, réussite d’autant plus notable pour quelqu’un qui n’a réalisé que « Chopper » auparavant, soit un excellent petit film tordu, sorte de pré-Bronson psychologiquement violent, mais assez loin de la contemplation ici présente, même si une certaine fulgurance du conflit intérieur s’y retrouve.

(Semi) Western décrépi, atypique, original, maîtrisé et audacieux, d’ailleurs je me demande comment il a pu réunir un casting aussi balaise, pardon comment il a pu convaincre Brad Pitt ? En même temps, l’idée d’incarner Jesse James a dû lui plaire d’emblée, et belle révélation du jeune Casey Affleck pour l’interprétation assez flippante de son personnage (quelques légers tics familiaux et une voix un peu trop crevette par moment tout de même…) accompagné d’un excellent Sam Rockwell, magnifique soupe au lait attachant et d’un sympathique oeil de faucon redneck aussi.

S’y ajoutent encore une histoire beaucoup plus intéressante qu’il n’y paraît poussant l’affrontement rampant dans ces derniers retranchements jusqu’à l’ultime face à face dépouillé et une mise en scène transpercée de superbes plans d’une froideur implacable nappés d’une musique qui (semble-t-il) est aussi magnifique.

Il y a pleins de belles choses donc qui ont pourtant un peu de mal à accoucher d’une parfaite harmonie. Peut-être l’emphase sur cet ultime moment-titre thématiquement trop esseulé à force d’être essoré avant qu’il n’ait lieu. Inutilement labyrinthique, le film s’engorge aussi sur un trop plein de plans glaciaux ne laissant volontairement filtrer que quelques flous en arrière pour seule émotion tangible de la caméra, au désespoir infini constant. D’accord, c’est la fin, le crépuscule, mais est-ce pour autant nécessaire de rendre absolument tout aussi morose ? Oui, il le faut d’accord, mais il y a un moment où ce n’est plus du réalisme mais de la composition ad nauséum sur la même émotion du tiraillement vengeur.

PASSAGE GLISSANT
On pourra me rétorquer que je n’ai pas saisi l’insondable profondeur des sentiments mis en jeu, magistralement enfouis au fin fond des visages et que je devrais le revoir pour mieux comprendre. Mais t’inquiète, je les ai bien senti ces sentiments, justement trop presque ou pas assez d’un autre côté. Je l’ai même recommencé pour humer un peu plus ce parfum suicidaire qui rôde dès le début chez Jesse et cette admiration non feintée qui en dit déjà long chez Bob, qui n’a bien que deux faces sous sa lâcheté : de l’amour ou de la haine.

Sous ces silences inspirés, les personnages restent encore en surface sous couvert d’une puissante synthèse thématique en cours, la légende de Jesse James. L’exemple des seconds rôles volontairement effacés est assez parlant tout comme les personnages de Liddil et de Wood sont juste effleurés. Plus clairement, la voix-off tout comme les flashbacks et les trous volontaires dans la narration auraient dû être inutiles si c’était si pur et simplement raconté. (même s’ils sont pas mal c’est sûr puisqu’ils éclaircissent des pans entiers éludés, pour accroître le mystère t’sais).
FIN DE PASSAGE GLISSANT

Le principal reste les visages des acteurs tous très bons. Même si Brad Pitt fait quand même du Brad Pitt. Trop de crédits de charisme offerts avant même qu’il n’ait débuté la moindre performance (autre que son regard habituel) mais c’est bien l’un de ses meilleurs rôles amha.

Donc beau film solide mais tout de même légèrement trop étiré, enchevêtré et appuyé pour raconter cette histoire limpide après tout. Voix-off, ellipses et flashback sur lit de neige, champ de blé, souffle musicale émotionnelle et tartare d’horizon lointain amputent quelque peu l’entièreté et la portée des personnages qui ne semblent pas toujours vivre sous nos yeux ébahis.

SC

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