Six Feet Under (2001-2005)

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Mortel

5-00

Bon, 5 c’est peut-être un peu beaucoup quand même pour une série à la bonne grosse base judéo-chrétienne classiquement altruiste qui t’explique longuement que le bien, c’est quand même mieux au fond, place constamment la famille au dessus de tout et assène sans fin l’ordre sous-jacent de vivre sa vie pleinement, de se socialiser et de procréer sous peine d’une solitude malheureuse et de terribles regrets inutiles, alors que tu larves pourtant oisivement dans ton canapé au même moment. Et puis, j’ai jamais mis la note maximale à une série aussi…

Dieu plane dans l’air souvent dans Six feet under mais plus volontiers sous une forme pragmatique salvatrice. Ici, il t’effleure avec un multivers insaisissable permettant de regarder la suite l’air de te dire « heureusement que c’est une série hein, sinon, l’histoire s’arrêterait là ». Là, il te fait rire ou vibrer avec ses multiples rêves excentriques ou troublants de signification et son approche directe de tous les tabous. Là encore, la mort est une brève respiration, une simple inspiration ou un étouffement brutal, un plongeon dans l’eau, matière aussi matricielle qu’insaisissable.

Les morts communiquent avec les personnages dans Six feet under mais sont aussi et davantage une part de personnalité qui se détache de la conscience et de la mémoire pour offrir une nouvelle perspective face à soi-même, un nouveau point de vue mésestimé qui se révèle. Le plus souvent, les morts sont l’émanation du tiraillement d’un personnage, un contrepoint psychanalytique qui influence plus ou moins consciemment les choix qui en découleront dans les flots puissants du hasard et des coïncidences du temps, qui lui n’existe pas bien entendu…

Belle et brillante, cette façon si typiquement HBO grande époque de voir les personnages, ce point de vue à la fois détaché, intime et éclairant à en devenir presque un Dieu téléspectateur, où comme dans la réalité, les meilleures solutions nous semblent apparentes jusqu’à contempler ensuite nos amis se planter magistralement et de soupirer : « mauvais choix », comme si nous les connaissions mieux que quiconque à force de sonder tous les points de vue alors que rien n’est sûr, que tout choix a sa raison propre et que toute conséquence ne peut être entièrement connue.

Après une époustouflante, intemporelle et presque irréelle saison 1, les liens se resserrent irrémédiablement. Les surprises se font plus prenantes et oppressantes avec l’attachement qui s’installe et le temps qui passe, et malgré les coups de mou et thèmes répétés certains en saisons 3 et 4, la fin approche et avec elle la certitude que ça va perler sur la joue un peu plus encore.

Ne nous laissons pas impressionner par le final tout à fait logique après tout et presque redondant et trop insistant… Tiens, je le revois de suite même… Non, je chiale encore plus, ça n’est pas normal cette série, trop humaine.

léger spoil évasif Pourrais-je revoir Six feet under sans regarder Claire et penser à son dernier regard (je t’aime Claire), sans une petite pensée pour Rico si plein d’énergie sachant qu’il terminera par une dernière croisière lascive, sans soupirer en se remémorant Ruth partir doucement (merveilleux plan), sans espérer encore au chevet de l’optimisme détruit de Nat, sans admirer la construction au forcing mais si profonde de Brenda, sans jeter un dernier regard à David qui subit un ultime choc, sans culpabiliser de perdre un temps précieux ?…léger spoil évasif

Formidables personnages chargés de présence joués par des acteurs devenus icônes, membres d’une famille en devenir, filmés brutalement mais toujours sans racolage. Formidables sujets d’expériences délicatement épluchés jusqu’aux tabous les plus sordides nappés de dialogues merveilleux de précision et de naturel sans jamais travestir son message de paix, de tolérance et de fumée éternelle (étonnante sur-présence du bang, objet « branché » par excellence à l’époque…).

Formidable Bande Originale large, profonde et prenante aussi.

Et toi l’artiste gaucho-anarchiste en herbe, ne sous-estime pas le républicain compréhensif, surement un peu crétin mais puissant de lucidité, qui t’expliquera pourquoi la guerre, c’est pas si grave tant qu’elle n’est pas chez toi (et que t’as assez d’argent pour survivre aussi c’est mieux…), et que la musique pop, ça peut aussi faire chialer. Arrête de faire la gueule tout le temps et de critiquer tout le monde, arrête d’arrêter de croire en ce monde de malade, va avec lui, tu seras très bien, un moment de ta vie au moins, tu verras.

ps : j’aurais aimé que Russell vienne expliquer à Claire que poser ses yeux ouverts photographiés sur ses yeux fermés révélait toute sa personnalité à cet instant et en un geste. Elle ne comprendra jamais vraiment exactement… Ou peut-être que si finalement. Ou peut-être que ce n’est plus important de savoir puisque c’est du passé maintenant. Cette série est si belle, à en rendre jaloux le cinéma.

SC

pps : on est le lendemain du jour où j’ai vu la scène finale de Six feet under et rien qu’en y repensant, j’ai les yeux qui piquent.

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